(Paris) Les marchés européens ont fini en ordre dispersé, mais unanimes dans l’aversion au risque jeudi, devant des données américaines en berne qui promettent une sortie de crise plus lente qu’espérée malgré des esquisses de reprise de l’activité.

Juliette RABAT
Agence France-Presse

Les principales places européennes ont fini assez prudemment (Eurostoxx +0,15 %), mais dans le désordre. Paris a clôturé quasiment stable (-0,08 %), Francfort (+0,21 %), Londres (-3,34 %), Milan (+0,29 %) et Madrid (-1,11 %).

De l’autre côte de l’Atlantique, seul le NASDAQ (+0,85 %) se maintenait dans le vert. Le Dow Jones (-1,86 %) rebasculait dans le rouge tandis que le S&P 500 (+0,03 %) hésitait, les investisseurs s’inquiétant de la progression du chômage américain.

Indicateur le plus attendu de la journée, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis sont ressorties à un niveau toujours historiquement élevé pour la quatrième semaine d’affilée. Le chiffre de 5,2 millions de nouveaux demandeurs d’allocations chômage est toutefois un petit peu meilleur qu’escompté et inférieur aux 6,6 millions enregistrés la semaine précédente.

« Autant de destructions de postes en un mois que de créations en 11 années, voilà qui laisse songeur même si nous pouvons espérer qu’une bonne partie de ces emplois seront de retour d’ici la fin de l’année, sauf si le déconfinement est un échec », illustre Tangi Le Liboux, stratégiste chez Aurel BGC.

De jour en jour, les données en provenance des États-Unis ont de quoi mettre mal à l’aise.  

Les mises en chantier de logements privés aux États-Unis ont dégringolé de 22,3 % en mars.

Les résultats des grandes banques américaines Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Wells Fargo ont été marqués par les effets désastreux du virus au premier trimestre. Seul le géant de la gestion d’actifs BlackRock a limité les dégâts.

L’activité s’est fortement contractée et les acteurs de marché craignent que les conditions s’aggravent dans les prochains mois même si les efforts de soutien sont sans précédent.

Le pire à venir ?

Au gré des annonces macro et microéconomiques, les investisseurs saisissent que « cela va mettre du temps avant de retrouver un rythme normalisé de l’activité », observe Adrien Dumas, gérant actions à Mandarine Gestion, interrogé par l’AFP.

Même si « les marchés en Europe semblent se stabiliser un peu grâce à certains assouplissements des mesures de confinement dans la région, tout rebond à court terme de l’activité économique cette année est susceptible de s’apparenter à la conduite d’une voiture avec le frein à main serré, au mieux », juge dans une note Michael Hewson, un analyste de CMC Markets.

Selon la Maison-Blanche, les dirigeants des pays du G7 se sont engagés à travailler ensemble à la réouverture de leurs économies afin de « retrouver une croissance économique avec des systèmes de santé plus résilients et des chaînes d’approvisionnement dignes de confiance ».

Estimant que les États-Unis avaient probablement « passé le pic » des nouveaux cas recensés de coronavirus, Donald Trump devait présenter jeudi sa feuille de route pour la « réouverture de l’économie », et donner des directives pour chacun des 50 États du pays.

L’OMS a pourtant mis en garde contre un relâchement trop rapide des restrictions, jugeant que l’Europe reste « dans l’œil de cyclone » malgré les « signes encourageants » constatés dans certains pays.

Pour éviter le pire du fait de la récession historique que devrait connaître le monde cette année, certains pays pauvres devront bénéficier de l’annulation de leur dette publique, a estimé jeudi le président de la Banque mondiale David Malpass.

La Banque centrale européenne (BCE) a pour sa part annoncé une réduction temporaire des exigences de fonds propres des banques prenant des risques sur les marchés, pour maintenir leur capacité à fournir des liquidités.

Les prix du pétrole restaient toujours à des niveaux bas du fait de la pression d’une demande d’or noir en chute libre. L’OPEP table sur un effondrement « historique » de la demande mondiale de brut en 2020.

Le dollar continuait à se maintenir, renforcé par l’aversion au risque, tandis que les taux d’emprunt se stabilisaient.