(Toronto et New York) La Bourse de Toronto a clôturé lundi en baisse de plus de 10,3 %, à son plus bas niveau en 14 mois. La dégringolade des prix du pétrole brut a déclenché un plongeon du secteur torontois de l’énergie.

La Presse canadienne et Agence France-Presse

L’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a perdu 1660,78 points pour terminer la journée avec 14 514,24 points, alors que le secteur de l’énergie a plongé de plus de 27 %. Dans ce groupe, l’action de Cenovus Energy a notamment rendu 51,6 %.

Les prix mondiaux du pétrole sont en chute libre après que l’Arabie saoudite a abaissé dimanche son prix de vente du brut, signalant le début d’une guerre des prix après l’échec des pourparlers de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avec la Russie, qui n’ont pas abouti sur un accord de réduction de production.

Aux États-Unis, les marchés ont enregistré lundi leur déclin le plus prononcé depuis la crise financière de 2008, alors que les craintes vis-à-vis du nouveau coronavirus continuaient de prendre de l’ampleur et que le plongeon des prix du pétrole causait un choc aux marchés mondiaux.

Le contexte a immédiatement fait renaître la perspective d’une éventuelle récession aux États-Unis, et laisse envisager la fin abrupte du marché haussier record qui s’est prolongé pendant 11 ans sur Wall Street, d’une façon que personne n’avait imaginée il n’y a que quelque mois.

La chute a été si marquée qu’elle a entraîné, en matinée, la première interruption automatique dans les transactions boursières en plus de deux décennies. Les actions européennes ont aussi enregistré leurs plus importantes pertes depuis la crise de 2008 et se trouvent maintenant dans un marché baissier.

À New York, la moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a perdu 2013,76 points, soit 7,8 %, à 23 851,02 points, tandis que l’indice élargi S&P 500 a perdu 225,81 points, soit 7,6 %, à 2746,56 points. L’indice composé du NASDAQ a reculé de 624,94 points, ou 7,3 %, à 7950,68 points.

Le S&P 500 a maintenant reculé de 18,9 % par rapport à son plus récent sommet, atteint le 19 février. Les actions américaines se retrouvent ainsi très près d’entrer un marché baissier, ce qui est défini comme une baisse de 20 % par rapport au plus récent sommet.

L’indice boursier italien de référence a plongé de 11,2 % lundi, tandis que ceux de l’Angleterre, de la France et de l’Allemagne ont tous perdu entre 7,7 % et 8,4 %.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 73,54 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 74,51 cents US de vendredi.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a culbuté de 10,16 $ US, soit 24,6 %, à 31,13 $ US le baril, tandis que celui de l’or a gagné 3,30 $ US à 1675,70 $ US l’once. Le prix du cuivre s’est défait de 5 cents US à 2,51 $ US la livre.

Les rendements des bons du Trésor américain ont plongé à des creux records, les investisseurs cherchant un refuge pour leur argent, même si celui-ci ne génère plus grand-chose au chapitre du rendement. Pour les bons du Trésor de 10 ans, ce rendement était de 0,59 % pour les bons à la fermeture des marchés. Au début de la semaine dernière, il n’avait jamais été inférieur à 1 %.

Selon Howard Silverblatt, spécialiste des indices chez S&P Dow Jones Indices, le S&P 500 a cédé au total 1870 milliards de dollars lundi et 5300 milliards de dollars depuis son record du 19 février. Rapportée à la population des États-Unis, la perte d’aujourd’hui correspond à 5682 dollars par habitant.

Les trois principaux indices de Wall Street ont perdu près de 20 % depuis leurs plus hauts atteints le mois dernier. Une baisse boursière de 20 % ou plus sur une courte période caractérise un « bear market », en référence à l’ours, symbole d’un marché démoralisé.

Pour la première fois lundi, un mécanisme d’interruption des échanges d’un quart d’heure a même été activé en tout début de séance, quand le S&P 500 a lâché plus de 7 %.

La place new-yorkaise s’est retrouvée assommée dès l’ouverture de lundi par l’effondrement des cours pétroliers, qui ont connu leur pire journée depuis la guerre du Golfe en 1991 en perdant environ 25 %.

En cause, la décision de l’Arabie saoudite d’adopter une politique de la terre brûlée en baissant drastiquement le prix de son or noir et en augmentant sa production, après l’échec de négociations en fin de semaine dernière avec la Russie.

Le président américain Donald Trump a d’ailleurs accusé sur Twitter Riyad et Moscou d’être responsables de la chute de Wall Street et s’en est aussi pris aux « Fake News » sans donner davantage de détails.

La propagation du coronavirus avec l’aggravation du bilan aux États-Unis, où l’on compte désormais plus de 500 cas de contamination et 22 décès, et dans le monde a par ailleurs continué d’affoler Wall Street.

Selon Alan Skrainka de Krilogy, les acteurs du marché « vont sans doute être plus prudents dans leurs activités ». « La limitation des interactions sociales va conduire à un déclin de secteurs comme le voyage ou les loisirs, qui se répercute sur le marché des actions. »

Les banques souffrent

Pour répondre à la panique qui s’empare des marchés, la Réserve fédérale a annoncé lundi qu’elle allait augmenter les montants qu’elle injecte chaque jour dans le marché monétaire, pour les porter à au moins 150 milliards de dollars quotidiens.

Selon l’outil de la plateforme boursière CME, 100 % des acteurs du marché s’attendent par ailleurs à une nouvelle baisse des taux d’intérêt de la banque centrale américaine à l’issue de sa réunion de politique monétaire la semaine prochaine.

La Fed avait déjà surpris les marchés la semaine dernière en annonçant une baisse inhabituelle d’un demi-point de pourcentage de ses taux.

Les grandes banques américaines ont particulièrement souffert de ces prévisions, une baisse des taux d’intérêt mordant sur leurs marges : JP Morgan s’est écroulée de 13,6 %, Bank of America de 14,7 % et Citigroup de 16,2 %.

De son côté, l’économiste en chef du FMI a appelé à « une réponse internationale coordonnée » pour atténuer l’impact économique de l’épidémie de COVID-19.

Signe de l’extrême frilosité des investisseurs, le taux à 10 ans sur les bons du Trésor américain s’écroulait. Il s’établissait à 0,5716 % après avoir atteint un plus bas historique à 0,3137 % dans la nuit de dimanche à lundi.

Les valeurs énergétiques ont quant à elles été les plus touchées par l’effondrement de lundi, le sous-indice les représentant au sein du S&P 500 tombant de plus de 20 %.

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