(Toronto et New York) Les marchés boursiers nord-américains ont de nouveau plongé, jeudi, en raison de nouvelles inquiétudes entourant la propagation du nouveau coronavirus et de son impact sur l’économie mondiale.

Ross Marowits La Presse canadienne
Juliette Michel Agence France-Presse

« Il y a clairement encore beaucoup de (volatilité) dans le marché », a commenté Mike Archibald, gestionnaire de portefeuille adjoint chez Placements AGF, au cours d’une entrevue téléphonique.

La Californie a décrété l’état d’urgence en raison d’un décès au virus maintenant appelé COVID-19 et le nombre de cas recensés a doublé du jour au lendemain à New York. De plus, la sénatrice Elizabeth Warren a jeté l’éponge et a renoncé à briguer l’investiture du Parti démocrate, ce qui donnera un élan à son rival Bernie Sanders.

Puis, le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a touché un nouveau creux inférieur à 1 % — un seuil psychologique pour les investisseurs.

« Tant que l’on ne reviendra pas au-delà de ce niveau de manière durable, je crois que la nervosité persistera sur le marché », a dit M. Archibald.

L’inconfort des investisseurs incite généralement ces derniers à se tourner vers des titres qui versent des dividendes, les obligations, l’or ainsi que les secteurs défensifs tels que les services ainsi que les fiducies de placement immobilier.

La Réserve fédérale des États-Unis et de la Banque du Canada ont été en mesure d’apaiser temporairement les inquiétudes en optant pour des assouplissements monétaires, mais l’effet n’a été que de courte durée, a observé M. Archibald.

À la Bourse de Toronto, l’indice composé S&P/TSX a abandonné 225,54 points pour clôturer à 16 553,99 points.

Du côté de Wall Street, les trois principaux indices ont reculé de plus de 3 %. La moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a dégringolé de 969,58 points, à 26 121,28 points, tandis que l’indice élargi S&P 500 a échappé 106,18 points, à 3023,94 points. L’indice composé du NASDAQ a terminé à 8738,6 points, en baisse de 279,49 points.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est transigé au cours moyen de 74,64 cents US, par rapport à son cours moyen de 74,67 cents US la veille.

Neuf des 11 secteurs du parquet de Bay Street ont terminé dans le rouge.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du brut a cédé 88 cents US, à 45,90 $ US, alors que celui de l’or a pris 25 $ US, à 1668 $ US l’once. Le prix de la livre de cuivre a terminé à 2,57 $ US, en recul de 1,3 cent US.

Compagnies aériennes affectées

Les investisseurs « savent gérer les mauvaises nouvelles, car ils peuvent les quantifier », remarque Quincy Krosby, stratège chez Prudential. « Gérer l’incertitude est beaucoup plus compliqué », ajoute-t-elle.  

Or avec l’épidémie du nouveau coronavirus, difficile d’anticiper à la fois l’ampleur de sa diffusion dans le monde et ses conséquences sur l’économie.

Combien de vols par exemple devront au final être annulés dans le monde ? Face à cette grande inconnue, les compagnies aériennes ont été particulièrement affectées jeudi à la Bourse de New York : United Airlines s’est effondrée de 13,25 %, American Airlines a plongé de 13,24 % et JetBlue a chuté de 10,81 %.

Cet affolement des marchés face au nouveau coronavirus ne devrait pas ravir le président américain Donald Trump. Il a fait des performances économiques des États-Unis et de la montée des indices à de nouveaux records l’un des principaux arguments de sa campagne de réélection à la Maison-Blanche.

Les Bourses européennes ont aussi connu une nouvelle séance chaotique jeudi, marquée par beaucoup de nervosité : Paris a perdu 1,90 %, Francfort 1,51 %, Londres 1,62 %, Madrid 2,42 % et Bruxelles 1,48 %.  

Licenciements ?

L’incertitude a également gagné le marché pétrolier, où le baril de Brent a terminé sous le seuil symbolique des 50 dollars pour la première fois depuis juillet 2017.  

Alors que l’offre d’or noir abonde dans le monde, mais que la demande en énergie pâtit directement de la crise sanitaire qui paralyse les transports et certaines usines, les 13 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ont proposé jeudi de réduire leur production de 1,5 million de barils par jour jusqu’à la fin juin.

Mais cette recommandation doit être, ou non, acceptée vendredi par les 10 partenaires extérieurs de l’organisation, dont la Russie. Qui semblait encore jeudi plutôt réticente.  

Anxieux, les investisseurs se sont tournés en masse vers les actifs jugés moins risqués.  

Signe d’une forte demande pour la dette des États-Unis, considérée comme une valeur refuge, car la probabilité que le gouvernement américain fasse défaut est très faible, le taux à 10 ans des bons du Trésor américains est pour la première fois passé sous le seuil des 0,9 %.  

L’or de son côté a grimpé à son plus haut niveau depuis 2013, jusqu’à 1674,74 dollars l’once.  

Le sentiment que les autorités à travers le monde montaient au créneau pour lutter contre l’épidémie et soutenir l’économie, comme avec la baisse des taux décidée en urgence par la banque centrale américaine mardi, avait pourtant permis de raviver un peu la confiance des investisseurs mercredi.

Mais « il reste encore beaucoup de questions autour de l’efficacité des mesures de soutien à l’économie face à l’ampleur mondiale du problème sanitaire », avance Patrick O’Hare de Briefing.  

« Le marché va continuer à attendre davantage de mesures de relance, ne serait-ce que parce que la propagation aux États-Unis – la plus grande économie du monde – ne fait que commencer », ajoute-t-il. Les courtiers de Wall Street ont été particulièrement sensibles à l’état d’urgence déclaré en Californie.

« Les entreprises ne sont pour l’instant pas trop entrées dans les détails, si ce n’est de dire que l’épidémie avait perturbé leurs chaînes d’approvisionnement et allait affecter leur activité », souligne pour sa part Mme Krosby.  

Si l’épidémie s’étend beaucoup, si les gens arrêtent de consommer, de sortir, d’aller au restaurant, « la question sera de savoir si (les entreprises) commencent à licencier du personnel », remarque-t-elle. Ensuite il faudra déterminer « quel sera l’impact sur les dépenses de consommation, sachant que ces dernières représentent aux États-Unis 68 % du produit intérieur brut ».