(Toronto et New York) Le principal indice boursier du Canada a connu sa meilleure séance en 14 mois, lundi, alors que les marchés nord-américains ont fortement rebondi dans l’espoir de voir les banques centrales abaisser les taux d’intérêt afin de stimuler une économie affectée par la propagation du nouveau coronavirus.

La Presse canadienne et Agence France-Presse

L’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a pris 290,21 points pour clôturer à 16 553,26 points. Il s’agissait de son plus important gain quotidien depuis le 27 décembre 2018.

Les marchés ont bondi pour compenser partiellement l’importante baisse enregistrée la semaine dernière — la plus importante depuis la crise financière de 2008.

Du côté de Wall Street, la moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a bondi de 1293,96 points, ou 5,1 %, pour terminer à 26 703,32 points, tandis que l’indice élargi S&P 500 s’est emparé de 136,01 points pour terminer à 3090,23 points. L’indice composé du NASDAQ a clôturé à 8952,17 points, en hausse de 384,80 points.

Les marchés ont profité d’un important rebond pour débuter la semaine, a estimé Craig Fehr, stratège des marchés canadiens pour la firme Edward Jones, à Saint-Louis, au cours d’une entrevue téléphonique.

« Cela s’explique par les attentes à l’effet que les banques centrales sont disposées à intensifier leurs mesures de relance afin d’aider l’économie à traverser ce ralentissement provoqué par le coronavirus », a-t-il dit.

La Banque du Canada devrait donner le coup d’envoi en abaissant son taux directeur principal dans le cadre de sa réunion prévue mercredi, ce qui mettra fin à une pause prolongée.

M. Fehr a déclaré que certains observateurs s’attendent à une diminution d’un demi-point de pourcentage. Le stratège chez Edward Jones estime toutefois qu’il est plus probable de voir la banque centrale opter pour une baisse d’un quart de point de pourcentage.

La reprise de lundi est survenue alors que les marchés se sont calmés face à l’escalade des craintes entourant les conséquences sur l’économie mondiale de la propagation du virus maintenant appelé COVID-19.

« Je crois que cela continuera d’être une situation qui va évoluer au jour le jour et que les marchés seront susceptibles de réagir aux nouvelles importantes », a indiqué M. Fehr.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 74,87 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 74,47 cents US de vendredi dernier.

Les 11 principaux secteurs du parquet torontois ont terminé la séance en territoire positif. Les hausses les plus marquées ont été observées du côté des télécommunications, des services et de l’immobilier.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole a grimpé de 1,99 $ US, à 46,75 $ US le baril, tandis que celui de l’or a pris 28,10 $ US, à 1594,80 $ US l’once. Le prix du cuivre a avancé de 5,5 cents US, à 2,60 $ US la livre.

Après un petit bond à l’ouverture lundi, les indices étaient pourtant redescendus temporairement dans le rouge après la publication d’un indicateur décevant sur l’activité manufacturière aux États-Unis.

Mais les investisseurs ont été rassérénés « par l’attente de mesures de soutien budgétaires ou monétaires », estime Karl Haeling de LBBW.

Ils semblent visiblement attendre « une sorte d’annonce sur une possible action coordonnée après la réunion téléphonique prévue mardi » entre les banquiers centraux et ministres des Finances du G7, relève-t-il.

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, et le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell dirigeront cette rencontre prévue à 7 h, les États-Unis présidant cette année le groupe des sept pays les plus riches de la planète, Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni.

Les ministres des Finances de la zone euro se réuniront aussi par téléphone mercredi à 8 h « pour coordonner (leurs) réponses », a affirmé le ministre français Bruno Le Maire.

Les acteurs du marché avaient déjà été encouragés par les promesses des banques centrales qui, de Washington à Tokyo, se sont engagées à monter au créneau si la propagation du nouveau coronavirus continuait à affecter durablement l’activité des populations et des entreprises.

M. Powell a pris vendredi l’initiative inhabituelle de publier un communiqué assurant que l’institution utiliserait les outils à sa disposition pour soutenir l’économie. Les investisseurs évaluent désormais à 100 % la probabilité d’une baisse des taux d’un demi-point de pourcentage – un geste rare – lors de la prochaine réunion de la Fed, selon l’évaluation des produits à terme de CME Group.

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a aussi assuré lundi que son institution ferait tout son possible pour « garantir la stabilité des marchés financiers ».

Apple flambe

De quoi rassurer un peu les investisseurs alors que le nouveau coronavirus frappe désormais au moins 69 pays et territoires. Il a forcé des usines à fermer, des entreprises à limiter drastiquement les déplacements professionnels, des compagnies aériennes à réduire leurs vols.

Nombre de multinationales ont déjà prévenu que leurs résultats financiers allaient en pâtir et des économistes révisent à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale.

Mais signe du regain de confiance des investisseurs lundi, le taux à 10 ans sur les bons du Trésor, qui avait plongé plus tôt dans la séance jusqu’à 1,028 %, s’est nettement redressé et évoluait vers 16 h 35 à 1,142 % contre 1,149 % vendredi.

Particulièrement affectés par la récente déroute des marchés, les géants du secteur technologique se sont fortement redressés, Apple flambant notamment de 9,31 %.

Les laboratoires pharmaceutiques étaient aussi en forme alors que plusieurs dirigeants du secteur rencontraient dans la journée le président américain Donald Trump : Pfizer a gagné 4,37 %, Merck 6,28 % et Johnson & Johnson 4,12 %.

D’autres entreprises susceptibles de profiter de la situation étaient aussi en hausse, à l’instar des chaînes de supermarchés où, selon de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, se ruent les Américains pour faire des réserves. Le spécialiste de la vente en gros Costco s’est notamment envolé de 9,96 %.