Deux actionnaires institutionnels québécois de Gildan ont acheté pour près d’un quart de milliard de dollars d’actions du fabricant montréalais de t-shirts et de chaussettes, après que l’action a plongé de 30 % en octobre.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Les deux plus gros actionnaires institutionnels de Gildan ont acheté pour près d’un quart de milliard de dollars d’actions du fabricant montréalais de t-shirts et de chaussettes. Cela est survenu après que l’action a plongé à la suite d’un avertissement lancé par la direction.

La Caisse de dépôt et placement du Québec et Jarislowsky Fraser ont acheté un total de 7 millions d’actions de Gildan peu avant la fin de l’année.

Ces deux grands investisseurs institutionnels québécois révèlent ces informations dans des documents déposés auprès de la Securities and Exchange Commission, précisant tous leurs titres listés sur des Bourses américaines détenus pour débuter 2020.

Filiale de la Banque Scotia, Jarislowsky Fraser a acheté 3 millions d’actions de Gildan après le plongeon d’environ 30 % le 18 octobre. L’action fait du surplace depuis ce temps.

Jarislowsky avait également acheté un bloc de 1 million d’actions de Gildan durant les mois de juillet, août et septembre.

Quand on a vu la chute d’environ 30 % et qu’on a vu qu’aucun des éléments qui étaient derrière ce repli n’était vraiment structurel, on a décidé d’accumuler plus agressivement.

Charles Nadim, gestionnaire de portefeuille et co-chef des actions chez Jarislowsky Fraser

« Il s’agissait d’éléments qu’on juge temporaires. Il n’y a aucun impact sur notre thèse à long terme. »

Gildan est un chef de file nord-américain dans les vêtements de tous les jours, c’est-à-dire des vêtements où il n’y a pas de risque de mode, dit-il. « L’industrie est en croissance et Gildan est le fabricant à plus faibles coûts. »

Les barrières à l’entrée sont assez élevées, ajoute Charles Nadim, parce que Gildan est un des seuls fabricants verticalement intégrés. « Gildan achète du coton à l’état pur pour faire du coton roulé à l’anneau. Gildan produit son propre fil et capture ainsi toutes les économies de la chaîne d’approvisionnement. »

Il précise que le segment des vêtements de sport est particulièrement intéressant pour Glidan.

« La direction signe des partenariats avec les Nike et Adidas de ce monde et profite beaucoup de tout ce qui est marque maison. Gildan fabrique des produits pour Walmart sous la marque George et sous la marque Kirkland pour Costco, par exemple. Gildan tente maintenant de répliquer en Europe et en Asie le succès obtenu en Amérique du Nord. »

Le repli brutal du 18 octobre est surtout lié à un segment d’activités précis.

Gildan avait fait savoir que la demande de vêtements à imprimer plus faible que prévu en Amérique du Nord et le ralentissement persistant des marchés des vêtements à imprimer à l’échelle internationale influeraient sur ses résultats trimestriels et que de ce fait les prévisions émises antérieurement pour l’exercice ne tenaient plus.

« Le tiers du chiffre d’affaires de Gildan provient d’un marché plus cyclique. Gildan vend des vêtements imprimables pour des événements ou à des entreprises qui les utilisent à des fins de marketing », souligne Charles Nadim.

« Quand il y a des disputes commerciales à un moment où le prix du coton fléchit subitement, ça crée de l’incertitude. Des distributeurs ont décidé de réduire leurs achats pour vendre leurs inventaires à la place. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. C’est arrivé en 2011 et en 2014. Ça ne dure pas longtemps », dit-il.

Selon lui, les investisseurs veulent voir un rebond de cette portion « plus cyclique » des activités de Gildan dans les résultats pendant quelques trimestres afin d’être rassurés. « Le titre se replacera alors », croit-il.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a de son côté comme politique de ne pas télégraphier ses stratégies au marché, rappelle le porte-parole Yann Langlais-Plante. « Cet investissement s’inscrit dans notre stratégie de gestion active », ajoute-t-il néanmoins.

Jarislowsky Fraser détient une participation de 8 % dans Gildan. Celle de la Caisse s’élève à 5 %.

Seulement 2 des 12 analystes qui couvrent officiellement Gildan recommandent l’achat du titre.

Les stratégies des grands

Découvrez les gestes significatifs des grands investisseurs institutionnels québécois au quatrième trimestre, alors qu’ils se positionnaient pour 2020.

Caisse de dépôt

Chef des marchés liquides : Macky Tall
Siège social : Montréal
Fait saillant : nouvelle bonification du placement dans Rogers Communications
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Achat de 4 millions d’actions de Gildan
Achat de 1,7 million d’actions de Snap
Vente de 2,2 millions d’actions de Mondelez

PHOTO DARREN CALABRESE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Après avoir acheté 4,9 millions d’actions de Rogers au deuxième trimestre et 3,7 millions d’actions au troisième trimestre, la Caisse en a acheté 2 millions au quatrième trimestre.

La Caisse continue de bonifier son placement dans Rogers Communications. Après avoir acheté 4,9 millions d’actions du géant canadien des télécoms au deuxième trimestre et 3,7 millions d’actions au troisième trimestre, la Caisse en a acheté 2 millions au quatrième trimestre. Les documents déposés montrent aussi que la Caisse a abaissé sa participation dans Manuvie en vendant 1,8 million d’actions en fin d’année. La Caisse avait vendu 1,3 million d’actions de cet assureur au trimestre précédent. Le plus important investisseur institutionnel du Québec a diminué de 92 % (- 2,6 millions d’actions) son investissement dans Dell au quatrième trimestre. La Caisse avait aussi vendu un bloc d’actions similaire de Dell au trimestre précédent. Le placement dans Uber est bonifié de 900 % avec l’achat de 79 000 actions et une « petite » position de quelques millions US dans DropBox est mise en branle.

Investissements PSP

Chef des placements : Eduard van Gelderen
Siège social : Ottawa (bureau principal à Montréal)
Fait saillant : bonification substantielle du placement dans CAE
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Vente de 8,9 millions d’actions d’Avantor
Achat de 1,1 million d’actions de Cenovus
Achat de 1 million d’actions de Fitbit

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP) – l’un des grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au pays – révèle avoir majoré de 215 % son investissement dans CAE avec l’achat de 1,6 million d’actions du fabricant montréalais de simulateurs de vol.

L’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP) – l’un des grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au pays – révèle avoir majoré de 215 % son investissement dans CAE avec l’achat de 1,6 million d’actions du fabricant montréalais de simulateurs de vol. Le placement dans Avantor a été abaissé de près de 40 %. L’investissement dans ce fournisseur d’équipement et de produits chimiques dans le secteur des sciences de la vie était auparavant la plus importante participation boursière de PSP. Le titre d’Avantor a enregistré une belle poussée en fin d’année. La position dans GE a été charcutée de 52 % avec la vente de 1,7 million d’actions. De « petits » investissements dans Fitbit et World Wrestling Entertainment ont été mis en chantier.

Fiera Capital

Chef des placements : Nicolas Papageorgiou
Siège social : Montréal
Fait saillant : bonification substantielle du placement dans Microsoft
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Vente de 3,6 millions d’actions de Colgate-Palmolive
Vente de 2,3 millions d’actions de 3M
Achat de 1 million d’actions de Bausch Health (ex-Valeant)

PHOTO TED S. WARREN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Fiera Capital a ajouté 1,8 million d’actions de Microsoft au quatrième trimestre, l’équivalent d’une hausse de 189 %.

Le gestionnaire d’actifs montréalais a ajouté 1,8 million d’actions de Microsoft au quatrième trimestre, l’équivalent d’une hausse de 189 %. Fiera a aussi bonifié de 45 % sa position dans la maison-mère de Tim Hortons (Restaurant Brands International) à la suite de l’acquisition de près de 1 million d’actions. La participation dans BlackBerry a diminué d’environ 50 % après la vente d’environ 700 000 actions. La participation dans Manuvie a reculé de 17 % (- 866 000 actions) et celle dans la Scotia de 12 % (- 750 000 actions). Le placement dans la BMO a été majoré de 45 % (+ 800 000 actions).

Jarislowsky Fraser

Co-chefs, actions : Charles Nadim et Kelly Patrick
Siège social : Montréal
Fait saillant : bonification de la participation dans Gildan
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Ajout de 1,7 million d’actions de Brookfield Asset Management
Ajout de 207 688 actions de la TD
Ajout de 547 881 actions de Manuvie

PHOTO MARK BINCH, ARCHIVES REUTERS

Pour le deuxième trimestre de suite, la firme qui porte le nom de Stephen Jarislowsky, et qui est aujourd’hui une filiale de la Banque Scotia, a acheté un bloc d’environ 1,7 million d’actions de Brookfield Asset Management.

Pour le deuxième trimestre de suite, la firme qui porte le nom de Stephen Jarislowsky, et qui est aujourd’hui une filiale de la Banque Scotia, a acheté un bloc d’environ 1,7 million d’actions de Brookfield Asset Management. Le poids de Manuvie en portefeuille augmente aussi pour le deuxième trimestre de suite avec l’achat d’un peu plus d’un demi-million d’actions de l’assureur. La firme a par ailleurs ajouté 185 000 actions de Restaurant Brands International (Tim Hortons) en fin d’année.

Letko Brosseau

Responsables des placements : Peter Letko et Daniel Brosseau
Siège social : Montréal
Fait saillant : bonification substantielle de la position dans Nutrien
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Vente de 1,7 million d’actions de Cenovus
Vente de 1,2 million d’actions de Celestica
Vente de 1 million d’actions de Precision Drilling

PHOTO JAMES MACDONALD, ARCHIVES BLOOMBERG

Letko Brosseau a doublé sa participation dans Nutrien (connue sous le nom de Potash Corp. avant sa fusion avec Agrium) en fin d’année avec l’acquisition de 1,5 million d’actions de ce producteur canadien d’engrais.

Le gestionnaire d’actifs montréalais a doublé sa participation dans Nutrien (connue sous le nom de Potash Corp. avant sa fusion avec Agrium) en fin d’année avec l’acquisition de 1,5 million d’actions de ce producteur canadien d’engrais. Les documents déposés auprès de la Securities & Exchange Commission indiquent aussi que Letko Brosseau a par ailleurs vendu près de 1 million d’actions de l’assureur Manuvie durant le quatrième trimestre.

Hexavest

Co-chefs des placements : Vital Proulx et Vincent Delisle
Siège social : Montréal
Fait saillant : début d’une participation dans Lowe’s (Rona)
Autres gestes significatifs au quatrième trimestre de 2019 Achat de 1 million d’actions de la TD
Achat de 1 million d’actions de Bristol Myers Squibb
Achat de 2,3 millions d’actions de Manuvie

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Une participation d’environ 50 millions de dollars US a été amorcée par Hexavest dans le quincaillier américain Lowe’s (Rona) au quatrième trimestre avec l’acquisition d’un bloc de 400 000 actions.

Une participation d’environ 50 millions de dollars US a été amorcée par le gestionnaire d’actifs montréalais dans le quincaillier américain Lowe’s (Rona) au quatrième trimestre avec l’acquisition d’un bloc de 400 000 actions. Le placement dans le concurrent Home Depot a de son côté été substantiellement majoré avec l’achat de 425 000 actions. La participation dans Nutrien a été bonifiée de 3000 % (+ 873 821 actions), celle dans la BMO a bondi de 700 % (+ 455 477 actions) et celle dans la Royale a augmenté de 300 % (+ 572 890 actions).

Méthodologie

Les grands investisseurs institutionnels sont tenus de déclarer à la Securities & Exchange Commission tous les trimestres le contenu de leurs portefeuilles d’actions qui s’échangent sur les marchés américains. Les titres de nombreuses entreprises canadiennes et québécoises se négocient aux États-Unis, ce qui rend intéressants les documents déposés par les institutionnels québécois. Ces déclarations sont suivies afin d’obtenir des signaux révélant l’endroit où les grands investisseurs décèlent des valeurs. Les documents portant sur le quatrième trimestre de 2019 ont été déposés dans les derniers jours, ce qui permet de voir comment les grands investisseurs de la province se sont positionnés pour commencer 2020.