Une nouvelle journée rocambolesque a mené les marchés américains en territoire de correction, pendant qu’à Toronto, un pépin technique a coupé court à la folle séance. « Ça fait Mickey Mouse », a dit à La Presse un gestionnaire de portefeuille. Voici 10 choses à savoir sur des marchés mis à mal par le COVID-19.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

1 – Cinquième journée de baisse à Toronto

L’indice de référence de la Bourse de Toronto a plongé pour la cinquième séance consécutive, avant que ses activités soient interrompues prématurément, à 13 h 54, en raison d’un problème technique. L’indice S&P/TSX du parquet torontois rendait 324,48 points, soit 1,9 %, à 16 717,44. À New York, la moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a perdu 1190,95 points, soit 4,4 %, à 25 766,64 points. Le S&P 500 a aussi perdu 4,4 %, à 2978,76 points. Le NASDAQ s’est déprécié de 4,6 %, à 8566,48 points. L’indice de volatilité du marché américain (le VIX) a touché un sommet depuis 2015, et son deuxième plus haut niveau depuis 2011.

2 – Correction à New York

Les marchés américains affichent maintenant un recul atteignant jusqu’à 12,9 % par rapport à leurs sommets historiques, atteints la semaine dernière. Il s’agit désormais de leur pire semaine d’activités depuis octobre 2008, lors de la crise financière. En comparaison, le TSX n’affiche qu’une baisse de 7 % par rapport à son record de la semaine dernière. À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a perdu 1,64 $ US, à 47,09 $ US le baril.

3 – Panique à bord

« J’aime mieux des mauvaises nouvelles que la panique. Des mauvaises nouvelles, c’est un minimum gérable. La panique, il n’y a rien à faire », commente un gestionnaire de portefeuille dans une grande banque qui ne peut être nommée, car il n’a pas l’autorisation de s’exprimer publiquement. « Le marché cherchait une raison pour reculer. Les statistiques demeurent tout de même bonnes. Tant et aussi longtemps que le focus restera sur la peur, ça va continuer de planter. Le flash trading, ces algorithmes qui nourrissent les bears, n’aide pas. Il commence à y avoir des aubaines : Microsoft, Merck, Constellation Brands, MasterCard et Disney. Dans un mois, l’épidémie pourrait être contenue, les usines en fonction et le marché relancé avec l’appui des banques centrales. »

4 – La confiance s’érode

Mickael Dufresne, de la firme de trading Hessen, dit remarquer beaucoup d’éléments négatifs. « Le marché à tellement monté ces dernières années, l’élection américaine s’en vient, le COVID-19 semble de plus en plus sérieux et Goldman Sachs prédit que la croissance des bénéfices cette année sera effacée à cause du coronavirus. Ça fait longtemps que j’attends cette correction. Il va peut-être y avoir un rebond, mais je n’ai pas beaucoup confiance pour la suite. La confiance, c’est essentiel dans ce domaine. Ce que je fais actuellement est de vendre à découvert les titres qui n’ont pas encore beaucoup baissé et j’achète à court terme ceux qui semblent avoir subi une baisse exagérée. »

5 – République bananière

Les professionnels de l’investissement ont réagi fortement à l’arrêt des transactions en après-midi à Toronto après un pépin technique. « Ça fait Mickey Mouse », dit un gestionnaire de portefeuille qui ne peut être nommé en raison de la politique de son employeur. « Voilà un autre danger du trading : la technologie qui flanche », commente le trader indépendant Tim Gagnon. « On a l’air d’une république [bananière] », lance Voicu Valentir, du Groupe Cavaliro. Ce dernier craint le pire si la Bourse de New York devait débuter en forte baisse la séance de vendredi. « Les gens n’ont pas eu le temps de faire ce qu’ils avaient à faire jeudi », dit-il. « La volatilité et la quantité d’actions échangées à Toronto a causé des ennuis », déplore Mickael Dufresne, de la firme de trading Hessen. « On a toutefois pu transiger sur ses Bourses comme Chi-X et Aequitas. » En début de soirée hier, le Groupe TMX n’avait pas indiqué quand reprendraient les transactions. « TMX continue d’enquêter sur le problème avec les enregistrements de commandes sur le TSX, le TSXV et Alpha. Nous nous excusons pour les inconvénients », a affirmé la société dans une déclaration.

6 – Les rudoyés

Six titres québécois rudoyés cette semaine (de lundi à jeudi peu avant 14 h, au moment où le TSX a cessé de fonctionner)

BRP : - 18 %
Exfo : - 16 %
Air Canada : - 16 %
Theratechnologies : - 16 %
Redevances Aurifères Osisko : - 15 %
Pages Jaunes : - 15 %

7 – Une excuse

« Après six mois de mouvement haussier fort en Bourse, et même au-delà des attentes par rapport à l’économie, la soudaine multiplication des questions et des inquiétudes concernant la contagion du coronavirus à l’international, après la Chine, m’apparaît un peu comme une excuse pour déclencher une correction attendue », soutient Benoit Brillon, chef des placements chez Gestion de portefeuille Landry.

8 – Une pause santé

« Quoiqu’un peu brutale à très court terme, cette correction en Bourse ne m’apparaît pas comme le signal d’une fin de cycle économique, mais plutôt comme une “pause santé” dans un marché qui s’était beaucoup étiré de façon presque euphorique depuis le début de l’année », estime Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins.

9 – Le calme

« Ma première réaction serait de dire aux investisseurs de rester calmes et de demeurer investis, surtout si leur horizon de placement est à long terme », affirme Christine Robillard, planificatrice financière, Placements Manuvie/Conseil Privé Mansfield. « En attendant que l’impact économique du coronavirus se précise, et que les esprits se calment un peu en Bourse, ça m’incite à me tenir prêt à redéployer de l’encaisse vers des achats à bien meilleurs prix de titres que j’avais déjà en surveillance », indique pour sa part Michel Doucet.

10 – Occassion d’achat

Plusieurs voient en ce recul boursier une occasion d’achat. « En tant que gestionnaire de portefeuille axé sur le moyen et le long terme, je considère que ce soudain inversement de momentum boursier à très court terme pourrait s’avérer une autre occasion d’accroître des positions dans des titres que je surveillais déjà », indique Marc L’Écuyer, gestionnaire de portefeuille principal à la firme Cote 100. « Le moment est bon pour tirer ses premières cartouches, soutient Voicu Valentir, du Groupe Cavaliro, une firme d’investissement de Laval. « Il faut acheter de la qualité et se garder des munitions pour continuer à garnir son portefeuille. Pour ceux qui n’ont pas de liquidités, il vaut mieux rester au lit et attendre que ça passe. Il faut surtout éviter le secteur de la marijuana et du pétrole. L’occasion est belle d’acheter des actions d’Air Canada et des titres dans le secteur de l’énergie renouvelable », dit-il.

— Avec La Presse canadienne