(New York) Les entreprises spécialisées dans le cannabis avaient suscité l’euphorie à Wall Street en 2018 mais le secteur n’a pas grossi aussi vite que prévu au Canada et fait encore face à une réglementation indécise aux États-Unis, plombant sa performance en 2019.

Agence France-Presse

Les plus grandes sociétés cotées à la Bourse de New York, pour la plupart des producteurs canadiens de marijuana, ont déchanté.  

Canopy Growth s’affichait lundi soir en baisse d’environ 30 % sur un an, Tilray de 78 %, Cronos de 26 % tandis que le prix de l’action d’Aurora Cannabis a été divisé par plus de deux.  

Toutes enregistraient cependant un rebond de plus de 10 % mardi pour l’ultime séance de l’année.  

La désillusion a aussi frappé les principaux fonds négociés en Bourse (ETF) regroupant diverses entreprises du secteur, ETFMG Alternative Harvest perdant par exemple environ 30 %. Sachant que l’indice représentant les 500 plus grandes sociétés cotées à Wall Street, le S&P 500, a augmenté d’environ 28 % sur la même période.  

Des investisseurs avaient massivement spéculé sur l’engouement croissant pour la plante alors que plusieurs États américains autorisaient l’usage médical, et pour quelques uns récréatif, de la plante et qu’Ottawa se préparait à légaliser, en octobre 2018, l’usage récréatif du cannabis dans l’ensemble du pays.  

Mais au Canada, « la première année a pâti de la lente ouverture des magasins, des difficultés à concurrencer le marché noir, d’un manque d’approvisionnement, de réglementations différentes en fonction des provinces et de restrictions sur le type de produits pouvant être légalement vendus », remarque Jessica Rabe du cabinet DataTrek dans une récente note.  

Par la suite, les opérateurs canadiens ont fait face à « une demande décevante et une offre trop abondante », observe Bobby Burleson de Canaccord Genuity dans une note séparée.  

Parallèlement aux États-Unis, l’espoir d’une envolée des ventes de la plante, à fumer, à vapoter, à manger sous forme de bonbons ou à appliquer en crème, a déçu.  

« Les ventes de marijuana récréative continuent à croître fortement au Colorado », le premier État américain à l’avoir autorisé en 2014, relève Jessica Rabe de DataTrek. Et cette progression robuste du secteur au Colorado plus de cinq ans après ses débuts « explique pourquoi l’enthousiasme des investisseurs était initialement aussi enjoué. »

« Le problème est qu’ils se sont un peu emballés, ne comprenant par vraiment tous les enjeux réglementaires entre le patchwork des lois au niveau de chaque État (ayant déjà autorisé le cannabis) et une légalisation plus lente qu’anticipé » dans le pays, ajoute la spécialiste.

La loi fédérale considère par ailleurs toujours le cannabis comme une drogue dure, au même titre que la cocaïne, et les grandes banques, par crainte de poursuites pour blanchiment d’argent, rechignent à financer le secteur.  

L’agence chargée des médicaments aux États-Unis, la FDA, a par ailleurs encore souligné en novembre qu’elle ne pouvait pas garantir que la consommation du cannabidiol ou CBD, le principe non psychoactif du cannabis censé avoir des effets relaxants et anti-douleurs, était sans danger.

Divers scrutins en 2020, des référendums sur la légalisation du cannabis dans divers États et l’élection présidentielle en novembre, devraient influencer l’avenir du secteur.