Deux des six grandes banques canadiennes, la Banque Royale et la Banque Nationale, se démarquent avec un rendement boursier de 20 % jusqu’ici cette année. Un rendement deux fois supérieur à celui des autres institutions financières du pays depuis le 1er janvier.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Les titres bancaires canadiens traversent dans leur ensemble une bonne période depuis la rentrée, plus précisément depuis la présentation de leurs résultats trimestriels, à la fin d’août.

La Banque Royale – la plus grande banque au pays avec une capitalisation boursière d’environ 155 milliards – et la Banque Nationale – la plus petite du « Big Six » avec sa valeur boursière de 23 milliards – ont le vent dans les voiles. L’action de ces deux banques a atteint ce mois-ci un nouveau sommet des 52 dernières semaines.

Les statistiques immobilières canadiennes deviennent progressivement plus positives et la confiance fournie aux investisseurs par ces données est historiquement corrélée aux cours boursiers des institutions financières, évoque Scott Chan, chez Canaccord, dans un rapport publié plus tôt ce mois-ci. « Les taux hypothécaires ont baissé, ce qui stimule la demande pour les maisons », ajoute l’analyste.

Sur une base absolue, souligne-t-il, la Banque Royale mène la charge au pays au chapitre du total des hypothèques et des marges de crédit sur valeur domiciliaire (319 milliards).

De son côté, la Banque Nationale est la moins exposée au marché immobilier canadien, souligne Scott Chan, avec à peine 40 % de l’ensemble de son portefeuille de prêts consacrés aux hypothèques au pays.

Plusieurs facteurs

Comment peut-on alors expliquer la récente surperformance de l’action de la Banque Nationale ? Il faut y voir une combinaison de facteurs.

Canada


Une plus grande exposition des banques canadiennes au marché canadien fonctionne mieux à court terme, dit Scott Chan. Il fait notamment remarquer que la BMO et la TD, deux banques ayant d’importantes activités aux États-Unis, traînent la patte.

Québec


L’économie du Québec se porte bien et est même florissante. « Les fondamentaux de la province demeurent forts, ce qui offre une toile de fond favorable dans notre principale place d’affaires », soulignait à la fin d’août le PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon, en marge de la présentation des résultats trimestriels. « L’économie québécoise continue d’être très résiliente. Le PIB est en expansion depuis huit mois, la meilleure séquence depuis plus de 22 ans. » La création d’emplois au Québec cette année est aussi la plus forte depuis 2007 et l’accessibilité au logement demeure meilleure que la moyenne canadienne, ajoutait Louis Vachon.

Gestion du capital


L’assise financière de la Banque Nationale se renforcie avec notamment la vente d’actifs jugés non stratégiques comme la participation dans le gestionnaire d’actifs montréalais Fiera Capital et certains investissements étrangers. La Banque Nationale a vendu pour 128 millions de dollars d’actions de Fiera durant le troisième trimestre de son exercice financier. Louis Vachon a clarifié à la fin d’août la stratégie de la banque à l’international en précisant que les participations dans des groupes financiers en Afrique, en Mongolie et à l’île Maurice seraient vendues.

D’autres facteurs peuvent aussi contribuer à propulser l’action de la banque. Scott Chan croit que la Banque Nationale est la grande banque canadienne qui générera la plus forte croissance de ses bénéfices par action au cours du prochain exercice financier. Des facteurs plus techniques peuvent aussi servir d’indicateurs de croissance à venir.

« Des sommets historiques »

Le gestionnaire de portefeuille et spécialiste en analyse technique Charles K. Langford, de la firme CKL, souligne que le titre « vit des sommets historiques », mais que « techniquement parlant », il est dû pour une correction.

« Le volume est en baisse depuis la fin de septembre. Habituellement, ceci indique une fragilisation de la tendance à la hausse », fait-il remarquer.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

« Nos indicateurs techniques nous témoignent la même conclusion et l’imminence d’une correction dans la progression du titre. Toutefois, cette correction pourrait être initialement modeste proportionnellement à la hausse enregistrée depuis la fin du mois d’août. »

Charles K. Langford explique que l’action de la banque a complété une configuration en « w » le 29 août quand elle a franchi à la hausse le prix de 61,10 $. « Une telle configuration est universellement reconnue et commune dans les inversions de tendance. »

Un autre signal fort a été donné, précise-t-il, quand les moyennes mobiles exponentielles sur 7 et 27 jours se sont croisées à la hausse le 4 septembre.

La Banque Nationale n’a pas souhaité formuler de commentaires sur son cours boursier.