Avec l’once d’or qui a dépassé les 2000 $ pour la première fois, il devient soudain plus tentant de ressortir ses vieux bijoux. Où pouvez-vous les vendre ? Que savez-vous du mystérieux monde de l’or ? Suivez le guide.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

L’or et ses mystères

Il n’a jamais été aussi tentant de vendre son or. Pour la première fois, l’once d’or a franchi la barre des 2000 $ CAN en août dernier et se maintient depuis dans cette zone. Est-ce le bon moment pour vendre ? D’abord, quelques explications sur le mystérieux monde de l’or.

Le cours de l’or n’a pratiquement pas cessé de grimper depuis un an. Ce cours est officiellement établi à Londres, deux fois par jour, par la London Bullion Market Association (LBMA), par un processus complexe tenant compte des principales places de marché internationales et basé sur l’offre et la demande. Fait à noter, c’est en septembre 2011 que l’or a atteint son sommet historique de 1771,85 $ US l’once. Mais ce mois-là, le dollar américain était exceptionnellement faible, valant 0,95 $ canadien. En août 2019, le cours de l’or était bien plus bas sur les marchés mondiaux, autour de 1500 $ US. Mais le dollar américain, lui, valait 1,33 $ CAN.

31,1035 : poids, en grammes, de l’once d’or, dite « Troy ». L’once régulière pèse quant à elle 28,35 grammes. La persistance de cette particularité, qui date du XVe siècle, est un mystère.

Tensions et pétrole

Valeur refuge par excellence, l’or voit régulièrement son cours grimper en période de crise ou de tensions commerciales. L’affrontement entre la Chine et les États-Unis expliquerait la plus récente flambée, selon de nombreux experts. La faiblesse du dollar canadien, quant à elle, est généralement associée au cours des ressources naturelles, en premier lieu le pétrole. Quant à la hausse de 2011, il s’agirait tout simplement d’une bulle spéculative qui a éclaté début 2012.

190 040 : estimation, en tonnes, des quantités d’or qui ont été minées sur Terre depuis l’apparition de l’être humain. Les deux tiers ont été extraits depuis 1950.

Source : World Gold Council, 2017

PHOTO FOURNIE PAR ARCHIVES NATIONALES DU CANADA

Des chercheurs d’or près de la rivière Klondike, au Yukon, vers 1900-1901

Les principaux détenteurs institutionnels (en tonnes)

États-Unis : 8133

Allemagne : 3369

FMI : 2814

Italie : 2451

2016 : année où la Banque du Canada a vendu ses derniers lingots d’or. L’institution se délestait de ses réserves depuis des décennies, expliquant vouloir diversifier son portefeuille en investissant dans des actifs plus faciles à négocier sur les marchés.

57,4 tonnes : production d’or au Québec en 2017, pour une valeur de 2,8 milliards. La province est le deuxième producteur au Canada avec 32,6 %, derrière l’Ontario où est extrait 43,2 % du métal.

Source : Ressources naturelles Canada

3246 tonnes : production mondiale d’or en 2017. Le Canada arrive au 5e rang, avec 5,4 %. Le principal producteur est la Chine, avec 427 tonnes, soit 13,1 %.

Pourquoi l’or est-il aimé ?

L’or, c’est un métal qui a accompagné l’histoire de l’humanité, qu’on retrouve dans pratiquement toutes les civilisations. Pourquoi ? Probablement parce qu’il est brillant comme le soleil.

Jean-Christophe Bédos, PDG de la Maison Birks

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Jean-Christophe Bédos, PDG de la Maison Birks

À quoi l’or sert-il en 2019 ?

Bijoux : 47 %

Investissement : 25 %

Banques centrales : 20 %

Technologies : 7 %

Total : 1123 tonnes (+ 8 % par rapport à 2018)

Demande de l’or au deuxième trimestre 2019, selon le World Gold Council

Qu’est-ce qu’un carat ?

L’or étant un métal mou, il doit être allié à un autre métal comme l’argent, le cuivre, le platine ou le nickel pour être utilisable. La proportion d’or dans cet alliage est exprimée en carats, 24 carats étant la pureté la plus totale. Une bague de 18 carats contiendra ainsi 75 % d’or, celle de 12 carats, 50 %. L’indication du nombre de carats, appelée « poinçon », se trouve généralement sur la face intérieure du bijou. Et il ne s’agit pas d’une coquetterie laissée à la discrétion du bijoutier, précise Jean-Christophe Bédos. « C’est un poinçon officiel mesuré par les douanes, c’est extrêmement sérieux et la fraude est punie très sévèrement. »

À la recherche du meilleur prix

Bijouteries, comptoirs en tous genres, offres postales : les possibilités sont nombreuses quand on veut vendre son or. Quelle est la meilleure méthode ? Quelles précautions faut-il prendre ? Quelques conseils.

Valeur artistique

La grande majorité des acheteurs ne tiendront compte que d’un seul facteur, qui exclut la valeur artistique : le poids en or pur. « Quand je vois un bijou qui a un intérêt autre que son or, je conseille à la personne de le garder », précise Jamil Khazzoum, copropriétaire de la bijouterie Jamil, sur l’avenue du Mont-Royal. Si le bijou comporte des pierres précieuses, seuls un gemmologue et certaines bijouteries spécialisées pourront fournir une évaluation.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Si le bijou comporte des pierres précieuses, seuls un gemmologue et certaines bijouteries spécialisées pourront fournir une évaluation.

Calculer son or

Il faut d’abord en retirer toute pierre précieuse et ne peser que le métal — une simple balance de cuisine fera l’affaire pour une première évaluation. Le nombre de carats détermine la pureté de l’or : un or de 24 carats est pur, celui de 18 carats en contient 75 %, celui de 12 carats, 50 %. Une fois le nombre de grammes déterminé, consultez le cours de l’or, par exemple sur kitco.com. Attention : le cours affiché est celui de l’once Troy, qui pèse 31,1035 grammes.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La plupart des bijouteries garantissent l’achat de votre or au cours du jour, moins certains frais.

Bijouteries

L’option la plus simple et la plus sécuritaire pour le commun des mortels. De la petite bijouterie de quartier à la Maison Birks, la plupart garantissent le rachat de votre or au cours du jour, moins certains frais, après vérification d’identité et remplissage de formulaires. Il est préférable de prendre rendez-vous, indiquent les joailliers consultés par La Presse — c’est d’ailleurs obligatoire chez Birks. Comme tous ses collègues interrogés, Ralph Kelendji, copropriétaire de la bijouterie Diplomate, considère l’achat d’or des particuliers comme une activité marginale. « On fait ça une fois toutes les deux semaines, ce n’est pas si courant. »

Comptoirs

Qu’ils aient une adresse permanente comme les prêteurs sur gages ou qu’ils ouvrent des comptoirs ponctuels comme la firme International Auction, de Lévis, de nombreux commerces offrent d’acheter votre or. Fait à noter, certains tiendront compte de la valeur globale du bijou, et non seulement de son or. Il est recommandé d’en visiter plusieurs, les prix offerts étant très variables. « Nous, on présente toujours des offres intéressantes : on est une entreprise à but lucratif, mais on respecte le client », dit Sylvain Martineau, propriétaire d’International Auction, qui compte une quarantaine d’employés et organise des milliers d’événements chaque année un peu partout au Canada.

Envois postaux

SellGoldOnline.ca, CashForGoldCanada.com, CanadaGold.ca : les sites internet vous proposant d’envoyer votre or par la poste en échange d’un chèque abondent. Difficile de se faire une idée de leur fiabilité — aucun n’a répondu aux sollicitations de La Presse. Du côté de l’Office de la protection du consommateur, on ne dispose pas de statistiques sur cette catégorie de commerçants. Son porte-parole, Charles Tanguay, conseille toutefois la prudence. « Dans un premier temps, testez l’entreprise en ne vendant qu’un seul bijou, de peu de valeur, explique-t-il. Dans le cas d’entreprises qui offrent un service par la poste, vérifiez si l’entreprise a pignon sur rue et quelle est sa réputation sur le web. »

Refonte

Il s’agit d’une option moins connue et moins payante, mais qui ne manque pas d’attrait : au lieu de vendre vos bijoux, vous pouvez les faire fondre pour créer d’autres bijoux. « Ce n’est pas qu’un service de rachat où vous repartez avec votre chèque : il y a là une dimension poétique, un accompagnement du client qui est plus notre objectif, dit Jean-Christophe Bédos, PDG de la Maison Birks. C’est ce qui est merveilleux avec l’or : il se recycle à l’infini et peut vous rappeler votre mère, votre grand-mère, quelque chose de spécial. »

PHOTO BLOOMBERG NEWS

Au lieu de vendre vos bijoux, vous pouvez les faire fondre pour créer d’autres bijoux.