(Paris) « On se sait plus s’il faut vendre ou acheter » : les gestionnaires de portefeuilles ne cachent ni leur lassitude ni leur agacement face aux déclarations intempestives du président américain Donald Trump qui accentue un manque de visibilité persistant.

Anne PADIEU
Agence France-Presse

Depuis plusieurs mois mais encore plus cet été, les opérateurs de marché désignent de plus en plus « l’élément Trump », dont la méthode de communication constitue un facteur de « stress supplémentaire » auquel ils sont soumis au quotidien.

« Ses principales décisions, il les a prises non pas en conférence de presse mais sur Twitter. Il faut que les marchés s’habituent à ces nouveaux modes de communication », souligne Alexandre Hezez, responsable des investissements chez Richelieu Gestion.

« On essaie de prendre de la hauteur mais honnêtement la réalité c’est que c’est très difficile d’avoir une vision constructive sur du court et moyen terme avec Trump », confie à l’AFP Frédéric Rozier, un gestionnaire de portefeuille.

Nervosité et réactivité renforcées

« Cela nous oblige à être constamment sur le qui-vive pour saisir des opportunités » car, de par son comportement à l’emporte-pièce, « Trump a renforcé la notion d’une gestion active » qui nécessite « une vigilance de chaque instant », poursuit-il.

« Trump est complètement imprévisible et peut changer d’opinion du jour au lendemain » relève Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. « C’est très compliqué à “pricer” », c’est-à-dire à intégrer sur le marché actions.

Celui-ci a pris l’habitude de réagir en écho aux tensions commerciales sino-américaines, se détériorant un jour puis rebondissant un autre en fonction des annonces de part et d’autre. Et généralement dans ce cas, les obligations réagissent à l’opposé, jouant un rôle protecteur contre les actions.

Le contexte volatil engendré par la guerre commerciale, « est accentué par la vitesse de transmission de l’information, notamment Twitter », souligne M. Dembik. « C’est un élément de stress. Un tweet, c’est brut ».

Les algorithmes se ruant sur les déclarations des uns ou des autres sur le commerce international, elles-mêmes reprises par les agences de presse, « ça va très très vite dans les mouvements mais in fine on alterne toujours le chaud et le froid », explique de son côté Alexandre Baradez, chez IG France.  

« Un tweet, c’est brut »

Au cours de cet été mouvementé sur les marchés, les boutades ont fleuri face à la méthode américaine qui envoie à coup de tweets bien ou mal placés « le marché en vrille » ou au contraire au septième ciel.

« On ne sait jamais s’il va se réveiller avec une mauvaise bouteille de coca », s’étrangle un gestionnaire obligataire basé en Suisse, alors que M. Trump venait de riposter du tac au tac vendredi aux nouveaux droits de douane imposés par Pékin, bousculant les marchés.

« Il fait sa petite cuisine et nous, on se pose des questions », souligne aussi Nordine Naam, un autre gestionnaire obligataire.

« Je pense que ses conseillers vont lui confisquer son téléphone afin de ramener un peu de sérénité sur les marchés financiers », ironise M. Rozier.

Peut-être sont-ils même passés à l’acte au sommet du G7 ? Le dirigeant américain n’a pas fait de vague alors que chancelleries et médias se demandaient de quelle manière il allait faire exploser l’événement.

Quoi qu’il en soit, à mesure que les tensions commerciales assombrissent les perspectives économiques mondiales, les attentes en matière de politique monétaire s’amplifient.

Mais sur cet autre sujet qui obsède à la fois les marchés et M. Trump, espérant une nouvelle baisse des taux, la corrélation entre actions et obligations change alors de régime.

Concrètement, si les mesures des banques centrales sont jugées suffisamment encourageantes pour relancer l’économie, les actions et les obligations montent en même temps. Dans le cas contraire, les deux marchés reculent en stéréo.

« Cela devient la norme », constate Eric Vanraes, gestionnaire obligataire chez Banque Eric Sturdza.