L’action de Colabor (GCL, à Toronto) a fait l’objet d’un volume de transactions élevé le vendredi ayant précédé l’annonce par le distributeur alimentaire du départ inattendu de son président et chef de la direction Lionel Ettedgui, en poste depuis à peine 18 mois. En agissant en amont de l’annonce officielle, des actionnaires ont ainsi évité des pertes de valeur considérables dans leur portefeuille.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La démission de M. Ettedgui a surpris les marchés, car la société est au beau milieu d’un processus de transformation. Il avait été embauché le 5 février 2018 dans le but d’optimiser le potentiel de la société. Il a remplacé Claude Gariépy.

À l’occasion de la publication des résultats du deuxième trimestre, pas plus tard que le 29 juillet dernier, M. Ettedgui réitérait sa volonté de poursuivre la transformation de Colabor. Il décrivait la vente récente de sa division Viandes Décarie comme figurant parmi les premiers éléments de ce plan de transformation. Rien ne laissait présager son départ.

Vendredi dernier, le 16 août, le prix de l’action de Colabor a entrepris une glissade sur un volume élevé de transactions. Il s’est vendu 1 039 100 actions de Colabor cette journée-là, plus de quatre fois le volume quotidien des 30 jours ouvrables précédents, a calculé La Presse.

Aucune communication officielle de la part de Colabor ne justifiait pareille activité. Ce volume inhabituel a été remarqué par les boursicoteurs, qui ont fait part de leurs questionnements la journée même sur un forum boursier.

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Le lundi suivant, Colabor annonçait la démission de son PDG, sans donner de motif.

Les actionnaires qui se sont débarrassés de leurs actions vendredi dernier ont eu la main heureuse en évitant de lourdes pertes.

L’action de Colabor a ouvert le matin du vendredi 16 août à un prix de 0,93 $ pour finir la journée à 0,84 $, une baisse de 10 %. À la suite de l’annonce officielle du départ du PDG, le lundi 19 août, le titre s’est effondré, cédant jusqu’à 43 % de sa valeur et reculant jusqu’à 0,53 $. Hier, le titre de GCL se vendait 0,64 $, en recul de 31 % depuis l’ouverture de la séance du 16 août.

Une personne proche de l’entreprise qui a accepté de parler à La Presse à la condition de ne pas être nommée parce qu’elle n’a pas le mandat de parler aux journalistes a elle-même constaté le sursaut d’activité sur le titre de Colabor le vendredi 16 août. Elle a dit espérer que l’Autorité des marchés financiers (AMF) jette un coup d’œil là-dessus, enquête au besoin et sanctionne les fautifs dans le cas où des délits d’initiés auraient été commis.

Du côté de l’AMF, la porte-parole Caroline Trottier dit que l’organisme n’indique jamais si elle enquête ou non sur une entreprise pour des entorses possibles à la Loi sur les valeurs mobilières. Ce qui est faux, le gendarme boursier ayant publié un communiqué le 15 novembre 2018 pour annoncer qu’il enquêtait sur Bombardier. Il a terminé cet examen le 26 avril dernier, concluant à l’absence d’infraction à la loi.

Mme Trottier n’a pas été en mesure d’expliquer à La Presse hier cette politique du deux poids, deux mesures.

La société Colabor, dont le siège social est à Boucherville, n’a pas rappelé le journaliste de La Presse malgré son insistance au cours des 48 dernières heures.