(Montréal) L’action de SNC-Lavalin a touché un nouveau creux en près de 15 ans, mardi, au lendemain d’une nouvelle sortie de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) au cours de laquelle le plus important actionnaire de la firme de génie a estimé que celle-ci devait procéder à des changements à tous les niveaux.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

À la Bourse de Toronto, le titre de SNC — qui valait plus de 45 $ en début d’année — a reculé jusqu’à 16,10 $ en début de séance, pour clôturer à 16,36 $, en baisse de 1,45 $, ou 8,14%.

Dans le cadre d’une conférence téléphonique visant à discuter de la performance du gestionnaire de régime de retraite au semestre terminé le 30 juin, son président et chef de la direction, Michael Sabia, a braqué les projecteurs sur SNC-Lavalin, avertissant que la multinationale devait faire preuve d’un sentiment d’urgence pour mettre fin à la traversée du désert.

«Ce que nous voulons voir et ce dont la société a besoin, c’est d’un changement global et progressif de la qualité de son exécution, a-t-il dit. Et cela est valable à tous les niveaux. Cela va de la politique des ressources humaines aux types de projets que la société entreprend.»

PC

Michael Sabia

Depuis le début de l’année, le bas de laine des Québécois, qui détient près de 20% des actions en circulation de l’entreprise, a vu la valeur de sa participation dans SNC fondre d’environ 700 millions. En date du 31 décembre, cette participation valait près de 1,6 milliard.

Bien qu’il ait répété à quelques reprises que la CDPQ est et restera «un investisseur à long terme dans SNC-Lavalin pendant cette période de turbulence», M. Sabia a indiqué lundi que la société devait «bouger rapidement».

En anglais, il est revenu à la charge une quatrième fois sur la question d’améliorer l’exécution, citant Thomas Edison : «Un plan sans exécution est une hallucination.»

Sans aller jusqu’à se prononcer sur une éventuelle tentative de prise de contrôle hostile d’investisseurs étrangers, M. Sabia a tout de même reconnu que la Caisse restait «toujours à l’affût» et que SNC-Lavalin était importante pour «l’écosystème d’ingénierie au Canada».

La CDPQ était sortie de sa réserve habituelle pour une première fois le 22 juillet, quand SNC-Lavalin avait lancé un troisième avertissement sur ses résultats depuis le début de l’année, pour publier un communiqué dans lequel elle signalait sa préoccupation en plus d’exiger des actions décisives. La semaine dernière, la firme a affiché une perte nette de 2,12 milliards pour son deuxième trimestre.

Dans une note publiée dimanche, l’analyste Derek Spronck, de RBC Marchés des capitaux, a fait le point sur une rencontre qu’il a eue avec le président et chef de la direction par intérim de SNC-Lavalin, Ian Edwards, ainsi que le chef de la direction financière, Sylvain Girard.

L’analyste a estimé que l’entreprise semblait savoir ce qu’elle devait faire pour redresser la barre, notamment en cessant de soumissionner sur des contrats à prix fixe, où les dépassements de coût sont généralement assumés par l’entrepreneur.

«Il ne fait aucun doute que les risques subsistent et que le redressement ne sera pas immédiat, avec d’autres potentiels éléments négatifs, comme des dépassements de coûts supplémentaires, des révisions à la baisse de la cote de crédit et une variabilité des résultats d’un trimestre à l’autre», a écrit M. Spronck.

Avec 3,4 milliards de contrats clé en main dans son carnet de commandes, les risques entourant d’autres dépassements de coûts sont «importants», a-t-il ajouté.