Wall Street a terminé nettement dans le rouge jeudi, les indices s’affaissant soudainement après l’annonce, inattendue, par le président américain de nouvelles sanctions commerciales contre la Chine.

AGENCE FRANCE-PRESSE, LA PRESSE CANADIENNE

Son indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a reculé de 1,05 % pour finir à 26  583,42 points et le NASDAQ, à forte coloration technologique, a cédé 0,79 % pour terminer à 8111,13 points.

L’indice élargi S&P 500 a lâché 0,90 % à 2953,56 points.

Signe de l’appétit des investisseurs pour des actifs jugés moins risqués et de l’anticipation d’une éventuelle nouvelle baisse des taux de la banque centrale américaine, le taux d’intérêt sur la dette des États-Unis à 10 ans a dégringolé à son plus bas niveau depuis novembre 2016, juste avant l’élection de Donald Trump. Il évoluait vers 20  h 40 GMT à 1,8997 %, contre 2,014 % la veille.

Les marchés ont été pris de court quand Donald Trump a affirmé sur Twitter que les États-Unis allaient instaurer à partir du 1er septembre des tarifs douaniers de 10 % sur les 300 milliards de dollars d’importations chinoises jusque là épargnées par la guerre commerciale avec Pékin.

Certaines sociétés spécialisées dans la distribution de biens de consommation ont été violemment affectées, le vendeur de produits électroniques Best Buy dégringolant par exemple de 10,79 %, la chaîne de grands magasins Macy’s chutant de 6,69 % et le vendeur de vêtements Gap plongeant de 7,90 %.

« On ne l’a pas vu venir », observe Gregori Volokhine, de Meeschaert Financial Services qui fait deux lectures de cette annonce.

« C’est le processus habituel de négociations, ce n’est pas la première fois » que Donald Trump lance des menaces pour forcer la main à la Chine dans les discussions commerciales qui durent désormais depuis plus d’un an, avance M.  Volokhine.

Mais avec son annonce, le président fait aussi, selon lui, « un pied de nez à la Fed », qui a, certes, décidé mercredi de baisser les taux d’intérêt mais pas suffisamment au goût de Donald Trump.

« Pour que la Fed fasse ce que Trump voudrait, qu’elle adopte une politique extrêmement accommodante, il faudrait que la guerre commerciale s’envenime », estime M.  Volokhine.

Washington impose déjà des droits de douane supplémentaires de 25 % sur plus de 250 milliards de dollars de biens chinois. Pékin a rétorqué en imposant en retour des tarifs douaniers supplémentaires sur quelque 110 milliards de dollars.

Plongeon du pétrole

Jusqu’alors l’administration américaine avait épargné les biens de consommation courante si bien que l’économie américaine, tirée par la consommation des ménages, est restée relativement à l’abri de la guerre commerciale.

Mais « ces 10 % de tarifs supplémentaires vont directement atteindre le consommateur américain », avertit Gregori Volokhine.

Maris Ogg de Tower Bridge Advisors remarque pour sa part que « les menaces n’ont jusqu’à présent pas vraiment porté leurs fruits car les Chinois semblent avoir un horizon à bien plus long terme que les Américains et ne voudront probablement pas apporter une victoire à Trump avant la prochaine élection présidentielle ».

« Tout cela alimente encore plus l’incertitude » autour de la guerre commerciale et de ses possibles répercussions sur la croissance mondiale, estime-t-elle.

Wall Street a aussi été vivement affectée par la chute du secteur de l’énergie dans le sillage du plongeon des cours du pétrole, de près de 8 % à New York. Le sous-indice représentant le secteur au sein du S&P 500 a reculé de 2,28 %. ExxonMobil s’est replié de 2,56 %, Chevron de 1,93 %.

Le secteur bancaire, qui pâtit généralement de la baisse des taux d’intérêt, a aussi lourdement chuté, le sous-indice le représentant perdant 2,32 %. JPMorgan Chase a cédé 2,64 %, Bank of America 3,88 % et Citigroup 3,95 %.

Les actions de Caterpillar (-3,71 %) ou Deere (-2,68 %), généralement considérées comme des jauges du commerce mondial, en ont aussi été pour leur frais.

Apple a perdu 2,16 %. L’administration Trump avait jusqu’à présent épargné des produits prisés par les consommateurs américains tels que les smartphones de la marque à la pomme fabriqués en partie en Chine. Ce qui ne sera plus le cas quand les nouveaux tarifs douaniers seront mis en place.

Au nord de la frontière

Au Canada, l’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a perdu 29,52 points, pour clôturer la séance à 16  377,04 points.

Le secteur de la santé a enregistré la pire performance de la journée, retraitant de 3,08 % avec les titres de plusieurs producteurs de cannabis. L’action de Cronos Group a notamment cédé 7,6 %, tandis que celle d’Aurora Cannabis a échappé 5,6 %.

Le secteur de l’énergie a rendu 2,2 %, tiré vers le bas par les actions de pétrolières comme Husky Energy et Canadian Natural Resources, pendant que le prix du pétrole brut lâchait 7,9 %.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 75,66 cents US, en baisse par rapport à son cours moyen de 76,06 cents US de la veille.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a perdu 4,63  $ US à 53,95  $ US le baril, tandis que celui de l’or a rendu 5,40  $ US à 1432,40  $ US l’once. Le prix du cuivre s’est pour sa part déprécié d’un demi-cent US à 2,66  $ US la livre.