Chaque dimanche de l’été, La Presse démystifie pour vous un concept économique ou financier.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La Chine nous paie, actuellement, des milliards et des milliards en tarifs chaque mois. J’adore ça.

Donald Trump, s’adressant au Congrès, le 25 février

Protection

Quand un pays décide d’imposer un tarif sur un bien produit hors de ses frontières, c’est pour favoriser ses propres entreprises. Le produit tarifé coûte plus cher et il est donc moins attrayant pour le consommateur, qui lui préférera un produit local.

Des oranges du Québec

En économie, la règle d’or est l’efficacité. Les entreprises cherchent donc à produire là où ça coûte le moins cher. « Les tarifs viennent perturber le fonctionnement de l’économie », explique Jocelyn Paquet.

Il donne un exemple limite : si le Québec impose un tarif de 3000 % sur les oranges de la Floride, il pourra être possible d’en faire pousser au Québec en construisant des serres et en les chauffant. À prix égal, les consommateurs québécois achèteraient des oranges québécoises. Ça coûterait cher et ce ne serait pas efficace sur le plan de l’utilisation des ressources, mais ce serait possible.

Le même raisonnement s’applique pour les voitures, les vêtements et les céréales venus d’un autre pays.

En baisse

Avec le temps, les droits de douane ont diminué dans les pays industrialisés.

887,3 milliards US

Le déficit commercial des États-Unis a atteint un sommet inégalé en 2018. C’est en principe pour le réduire que l’administration Trump multiplie l’imposition de tarifs.

Mais qui paie ?

Les tarifs sont imposés aux frontières, quand les produits arrivent dans le pays qui les impose. Ce sont donc les importateurs qui les paient en premier. Ces importateurs, souvent des grossistes, ont ensuite un choix à faire. Ils peuvent : 

• absorber les tarifs et réduire leur marge bénéficiaire • faire pression auprès du fabricant pour qu’il réduise son prix de gros • refiler les tarifs aux consommateurs en augmentant le prix de vente du produit.

C’est généralement la dernière option qui prévaut, parce que ni le fabricant ni le grossiste ne veulent réduire leurs profits, sauf peut-être si leurs ventes baissent de façon importante à cause des tarifs.

Où va l’argent ?

L’argent des tarifs perçus aux frontières va directement dans les coffres du gouvernement. Ce dernier peut utiliser cet argent pour aider ses propres producteurs touchés par les tarifs. L’administration Trump, par exemple, a imposé des tarifs sur la moitié des biens fabriqués en Chine et importés aux États-Unis. La Chine a répliqué en cessant d’acheter certains produits américains, dont le soya. Le prix du soya a chuté, et les producteurs américains aux abois ont reçu une aide d’urgence de 28 milliards de leur gouvernement pour pouvoir survivre.

Qui souffre le plus ?

L’impact des tarifs dépend beaucoup de leur durée. Une partie de la hausse est absorbée par la variation du taux de change. La monnaie du pays exportateur se dévalue automatiquement quand ses produits sont frappés de tarifs par un pays acheteur important. La dépréciation de la monnaie annule donc en partie l’impact des tarifs. Au début, fabricants et grossistes peuvent aussi absorber les tarifs sans augmenter le prix du produit. Après un certain temps, ils ne peuvent faire autrement que de transmettre le fardeau au consommateur en augmentant le prix. Le consommateur peut alors acheter un autre produit, fait dans son pays ou ailleurs, si c’est possible. Sinon, c’est lui, en fin de compte, qui paiera le prix gonflé par les tarifs.

Tout le monde perd

Les guerres commerciales freinent les échanges et les investissements entre les pays qui s’affrontent, mais aussi dans tous les pays qui ont des liens commerciaux avec eux.

Quand les deux plus importantes économies de la planète croisent le fer à coups de tarifs, comme c’est le cas avec les États-Unis et la Chine, tout le monde perd, explique Jocelyn Paquet, économiste à la Banque Nationale.

Le volume total des échanges internationaux est en baisse depuis deux mois consécutifs, ce qui n’est pas arrivé depuis la récession de 2008, souligne-t-il.