Une fusion profitable sur les rails

Une fusion avec le Canadien Pacifique n'est pas pour déplaire aux actionnaires... (Photo archives La Presse Canadienne)

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Paul Durivage
La Presse

Une fusion avec le Canadien Pacifique (T.CP) n'est pas pour déplaire aux actionnaires de la société ferroviaire américaine CSX (CSX). Le titre a bondi de 5,9% dans un marché par ailleurs toujours aussi difficile, à la Bourse de New York, hier.

Les porte-parole des deux entreprises concernées ont refusé de commenter le projet de rapprochement rapporté la fin de semaine dernière par le Wall Street Journal, rappelant leur politique de ne pas réagir aux «rumeurs de marché».

Selon l'influent quotidien financier, le CP a approché le troisième transporteur ferroviaire américain en vue d'une fusion. La même source souligne par ailleurs que CSX, qui est basée en Floride, est réticente à cette alliance. On ne sait pas si le CP entend revenir à la charge.

«Bien qu'une opération publique d'achat hostile semble ambitieuse et comporte des risques, c'est toujours un scénario plausible avec l'aide d'un actionnaire militant», a commenté hier l'analyste Fadi Chamoun, de BMO Nesbitt Burns. Le redoutable investisseur William Ackman, de Pershing Square Capital Management, possède 8,1% des actions du CP.

L'entreprise de Calgary a récemment dit être intéressée par des acquisitions pour répondre à la forte hausse du trafic ferroviaire suscité par le boom des énergies non conventionnelles en Amérique du Nord. «Est-ce que nous sommes prêts à envisager quelque chose? Comme je l'ai déjà dit publiquement: évidemment», rappelait le président Hunter Harrison le mois dernier.

«Pourquoi CSX? Je pense que la valorisation est attrayante, plus attrayante que d'autres chemins de fer», a commenté Keith Schoonmaker, un analyste de Morningstar, dans une entrevue à l'agence Bloomberg «CSX a vraiment été punie par le marché en raison de sa très forte exposition au charbon.» Le CP se négocie à 28,9 fois les bénéfices prévus, alors que CSX reçoit un multiple de 16,5 fois seulement.

À la Bourse, hier, CSX a pris 1,77$US, à 31,71$US. Le CP, qui est interlisté à New York, s'est affaissé avec le marché après avoir ouvert en forte hausse. Il a clôturé à 184,97$US, en recul de 2,3%. Le marché canadien était par ailleurs fermé pour l'Action de grâce.

Mastodonte

Un rapprochement entre les deux sociétés créerait un géant du rail en Amérique du Nord. Le Canadien Pacifique exploite un réseau de 14 700 milles de voies ferrées. Il se rend sur la côte du Pacifique, mais à l'est, il s'arrête à Montréal. Aux États-Unis, il dessert surtout le Midwest, mais seulement jusqu'à Kansas City vers le sud. Dans le nord-est, il va jusqu'à New York et Philadelphie. CSX est omniprésente dans les États de l'Est américain.

Le CP pèse 36,6 milliards US en Bourse, tandis que le CSX vaut 29,9 milliards US. Fusionnées, les deux entreprises arracheraient même au Canadien National son quatrième rang parmi les plus importantes capitalisations canadiennes, derrière trois banques. Aux États-Unis, le groupe serait la 64e valeur cotée.

Depuis la sortie de crise économique au printemps 2009, les actions du Canadien Pacifique ont plus que quintuplé de valeur. Le titre a explosé après que Ackman a tiré Hunter Harrison de sa retraite pour mener le redressement du CP. L'ancien dirigeant du CN, maintenant âgé de 69 ans, s'applique à confondre les sceptiques qui croyaient qu'un changement de voie ne pouvait pas se produire aussi rapidement dans cette vieille société.

L'entreprise de Calgary affiche d'excellents résultats en transportant toujours davantage de céréales et de charbon avec toujours moins de locomotives et de wagons. La croissance des revenus est assurée avec la hausse de la production industrielle au Canada ainsi que l'essor de la production de gaz de schiste et de pétrole lourd. Le transport de ces matériaux et des produits pétroliers est plus payant par tonne transportée que le transport intermodal de marchandises.

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RECOMMANDATION

Le CP est depuis longtemps un titre chouchou de la communauté financière canadienne. Fadi Chamoun, de BMO Nesbitt Burns, prévoit toujours une «superformance» sectorielle. Une fusion avec CSX générerait d'importantes synergies sur le plan administratif, croit-il. L'opération aurait peu d'effet sur la concentration et ne peut qu'augmenter la compétition, note l'analyste qui entrevoit déjà le feu vert des autorités.




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