Portefeuille fictif de La Presse: retour de l'incertitude

Comme au début de chaque trimestre, La Presse reprend sa consultation avec... (Photo Henny Ray Abrams, Archives Associated Press)

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Photo Henny Ray Abrams, Archives Associated Press

Rudy Le Cours
La Presse

Comme au début de chaque trimestre, La Presse reprend sa consultation avec quatre experts en répartition d'actifs. Pour la période automnale, nous leur demandons de revenir sur les faits marquants de l'été, mais surtout d'indiquer leurs attentes pour le trimestre qui s'amorce. Leur portefeuille fictif a été calibré à 100 000$, le 1er janvier. L'exercice consiste à formuler des recommandations pour faire fructifier ou pour protéger le capital d'un REER autogéré, avant frais de gestion. On remarquera que, sans changer le poids de leur répartition en revenus fixes et en actions, ils apportent tous, cette fois-ci, des modifications dans la composition de ces deux véhicules de placement.

S'il y a un fait économique et financier marquant du dernier été pendant lequel les événements géopolitiques ont créé bien des incertitudes, c'est bien l'appréciation du dollar américain.

En fait, il s'est redressé par rapport à la quasi-totalité des devises, l'exception étant, je vous le donne en mille, le schilling somalien! Cette appréciation aura permis aux gestionnaires d'engranger des gains de change alors que la poussée des grands indices a été stoppée.

Et ce ne serait pas fini, si on considère que la Réserve fédérale américaine (Fed) prépare les marchés à son premier resserrement monétaire depuis 2006 pendant que la Banque centrale européenne les prévient qu'elle pourrait étrenner sa planche à billets, si nécessaire, pour sortir la zone euro de sa léthargie et que la Banque du Canada vise tacitement la dépréciation ordonnée de notre monnaie pour stimuler les exportations.

Bref, nos quatre experts croient que le dollar canadien va sans doute tester le seuil des 85 cents d'équivalence avec le billet vert au cours des prochains mois, ce qui en incite trois d'entre eux à augmenter leur mise en actions américaines pour profiter du gain de change. Pas François Bourdon, cependant. Le vice-président et chef adjoint des placements chez Fiera Capital préfère ramener sa répartition en titres nord-américains à des niveaux plus près de ceux de ses trois collègues afin de miser davantage sur l'Europe. «On pense qu'il va y avoir une croissance en 2015 qui va surprendre, explique-t-il. On aime l'économie nord-américaine, mais avec un poids de 45 sur 65% de notre pondération en actions, c'est déjà beaucoup.»

Michel Doucet, vice-président, gestion de portefeuille chez Desjardins Marchés des capitaux, souligne que les marchés boursiers ont connu plus de 1150 jours sans correction, définie comme une baisse de 10% de la valeur des indices-phares. «Dans ce contexte, les actions américaines pourraient être les premières à se corriger et les premières à se redresser.»

Voilà pourquoi il déplace une partie de ses billes canadiennes au profit des actions américaines. Il ajoute que, si les règles de notre exercice le permettaient, il réduirait son encaisse, plutôt élevée, dès que le mouvement baisser aurait franchi les 4%.

Le retour de la volatilité

«On a assisté au troisième trimestre au retour de la volatilité», note pour sa part Vincent Delisle, stratège chez Scotia Capitaux. Il l'attribue à plusieurs événements comme l'offensive du groupe État islamique ou celle de la Russie en Ukraine, sans oublier les rebondissements dans les élections présidentielles brésiliennes. En outre, la Fed lance des messages qu'il juge un peu ambigus.

Au final, «le dollar américain et le S&P 500 vont mieux performer à court terme et en 2015». Il augmente donc sa mise en actions américaines au détriment des canadiennes et des émergentes. «Les marchés émergents ont besoin que la Chine soit forte. Or, elle ralentit», précise-t-il.

Stéfane Marion, stratège en chef à la Banque Nationale, fait observer qu'on assiste au premier cycle d'appréciation du dollar américain depuis 1994, ce qui signifie aussi le premier depuis l'entrée de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce, à la fin de 2001. «La Fed a dévoilé son jeu jusqu'en 2017. La fin de la détente quantitative va entraîner des mouvements de capitaux qui vont limiter la hausse des taux obligataires», prédit-il. Voilà pourquoi il maintient le poids très élevé de sa pondération en obligations et augmente légèrement celui en actions américaines.

Nos quatre experts ont eu le même réflexe dans le calibrage de leur portefeuille: ils diminuent le poids de leurs actions canadiennes.

«La baisse des prix des commodités et les difficultés des marchés émergents coûtent cher au Canada», souligne M. Bourdon qui continue de bouder les actions émergentes.

«Le TSX a connu un très bon premier semestre, mais ça se renverse depuis, observe M. Delisle. On vise des compagnies qui ne souffrent pas des prix des commodités comme CGI ou Magna.»

«Le TSX est devenu trop cher», renchérit M. Doucet.

«Je pense que les fondamentaux américains pourraient s'améliorer encore un peu», résume M. Marion.

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LE PORTEFEUILLE

Les quatre experts | F. Bourdon | V. Delisle | M. Doucet | S. Marion

Avoir au 1er janvier | 100 000$ | 100 000$ | 100 000$ | 100 000 $

Rendement au premier trimestre | 4,2% | 4,3% | 4,3% | 4,2%

Avoir au 31 mars | 104 160$ | 104 332$ | 104 252$ | 104 206 $

Rendement au deuxième trimestre | 2,9% | 2,6% | 1,8% | 3,3%

Avoir au 30 juin | 107 181$ | 107 054$ | 106 175$ | 107 642 $

Rendement au troisième trimestre | 1,5% | 1,5% | 1,7% | 0,9%

Rendement en 2014 | 8,8% | 8,7% | 8,0% | 8,7%

Avoir au 30 septembre | 108 808$ | 108 656$ | 108 006$ | 108 664 $

RÉPARTITION AU 1er JUILLET

Encaisse | 10% | 10% | 20% | 5%

Obligations (Dex Capital) | 25% | 20% | 10% | 35%

Actions canadiennes (S&P/TSX) | 30% | 23% | 15% | 33%

Actions américaines (S&P 500) | 25% | 24% | 30% | 12%

Actions EAEO (MSCI EAEO) | 10% | 15% | 20% | 7%

Marchés émergents (MSCI EM) | 0% | 8% | 5% | 8%

Pourcentage en actions | 65% | 70% | 70% | 60 %

RÉPARTITION AU 1er OCTOBRE

Encaisse | 15% | 10% | 20% | 5%

Obligations (Dex Capital) | 20% | 20% | 10% | 35%

Actions canadiennes (S&P/TSX) | 25% | 20% | 12% | 30%

Actions américaines (S&P 500) | 20% | 30% | 33% | 15%

Actions EAEO (MSCI EAEO) | 20% | 15% | 15% | 7%

Marchés émergents (MSCI EM) | 0% | 5% | 10% | 8%

Pourcentge en actions | 65% | 70% | 70% | 60 %

RENDEMENT TRIMESTRIEL DES INDICES

Encaisse | 0,2%

Obligations (DEX Capital) | 1,1%

Actions canadiennes (S&P/TSX) | - 0,6%

Actions américaines (S&P 500) | 6,1%

Actions EAEO (MSCI EAEO) | -1,2%

Marchés émergents (MSCI EM) | 1,4%




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