Le moment de se replier en défense est-il arrivé ou faut-il au contraire continuer de se montrer agressif en Bourse?

Mis à jour le 12 nov. 2013
Richard Dufour LA PRESSE

La question se pose étant donné la progression de plus de 20% du S&P 500 cette année combinée aux intéressantes mises à jour du marché américain de l'emploi et du PIB la semaine dernière.

La situation pousse plusieurs économistes à relancer la spéculation entourant le premier coup de frein qui sera donné par la Fed.

Quels secteurs performeront le mieux avant et après la fin de la troisième ronde de détente monétaire (QE3)?

Pour le stratège Pierre Lapointe et son équipe chez Pavilion, la question est légitime parce qu'il y a eu un changement de leadership des secteurs depuis le printemps.

«Alors que les secteurs défensifs ont mené la charge de la fin de la récession jusqu'au premier trimestre de cette année, les secteurs cycliques ont enregistré une meilleure performance que les secteurs défensifs au cours des sept derniers mois.»

Est-ce que la menace d'un ralentissement des rachats d'actifs par la Fed pourrait inciter les investisseurs à se tourner de nouveau vers les titres défensifs?

Les experts de Pavilion pensent que les titres cycliques vont continuer de performer mieux que les titres défensifs.

Pas de crise à l'horizon

Pour justifier cette affirmation, ils soulignent deux facteurs. Premièrement, il n'y a pas de crise économique à l'horizon qui justifierait un repli en défense. Deuxièmement, ils estiment que les deux premiers programmes de détente monétaire de la Fed (QE1 Et QE2) ont été arrêtés de façon hâtive. Cette fois-ci, disent-ils, la Fed va commencer à bouger lorsqu'elle sera convaincue que l'économie est suffisamment forte pour prospérer par elle-même sans son aide.

En compilant des données historiques, Pavilion fait valoir que les mois qui précèdent la fin d'un programme de détente monétaire sont généralement positifs pour la Bourse. Toutefois, un repli est observé au cours des mois suivants.

«La bonne nouvelle est que le marché boursier atteint habituellement un niveau plus élevé un an après la fin d'un programme de détente monétaire ou un an après la première hausse de taux qui suit une récession.»

En d'autres mots, disent les stratèges de Pavilion, les investisseurs doivent s'attendre à un repli lorsque la Fed commencera à peser sur le frein, et ce repli devrait être perçu comme une occasion d'achat.

Bourse canadienne

À la CIBC, le directeur général et économiste en chef Avery Shenfeld rappelle que la Bourse canadienne a encore du potentiel pour aller plus loin, même après sa récente progression.

«Les évaluations ne semblent pas étirées par rapport aux bénéfices prévus pour la prochaine année et les profits pourraient surpasser les attentes en 2014.»

Il fait valoir que la Bourse de Toronto, avec son important secteur des ressources naturelles, dépend beaucoup de l'état de l'économie mondiale, ce qui semble de bon augure, souligne-t-il, puisque la demande pour les ressources pourrait devenir plus forte.

De son côté, Sal Guatieri, de la BMO, se montre plus prudent et commence à noter les signaux d'avertissement.

Il mentionne notamment la poussée de plus de 20% du S&P 500 cette année et la forte appréciation du prix des maisons aux États-Unis depuis un an.

«Bien qu'il n'y ait aucune preuve claire (en existe-t-il réellement?) qui pointe vers une bulle aux États-Unis, les signaux d'avertissement montrent que les risques deviennent plus importants et continueront de le devenir tant que les taux resteront anormalement bas.»