L'université est une affaire de gros sous. En particulier aux États-Unis où l'on retrouve plusieurs institutions inscrites en Bourse.

Richard Dufour LA PRESSE

Il y a notamment l'Université de Phoenix, une filiale du Groupe Apollo, dont les actions se négocient au Nasdaq. Il y a aussi l'Université DeVry, à la Bourse de New York. Et il y a Grand Canyon Education, également au Nasdaq.

Cette dernière maison d'enseignement se trouve présentement au centre d'une querelle qui l'oppose à un groupe d'universités traditionnelles comme USC, UCLA, Stanford et l'Université Arizona State.

La dispute s'articule autour de l'adhésion des équipes sportives de l'université Grand Canyon au sein de la Western Athletic Conference (WAC), en première division. 

Grand Canyon Education est devenue un membre officiel de la WAC le 1er juillet, marquant la première fois qu'une université à but lucratif se joint à une conférence de division I dans la NCAA.

L'initiative de la NCAA a poussé les dirigeants de la conférence voisine Pac-12 (USC, UCLA, Stanford, Arizona State, etc.) à faire parvenir à la NCAA une lettre dans laquelle ils se questionnent sur la décision d'accepter une université inscrite en Bourse au sein d'une conférence sportive interuniversitaire de première division.

En plus de rédiger cette lettre, les universités du Pac-12 se sont entendues pour refuser de disputer des parties hors-concours contre les équipes sportives de Grand Canyon Education.

Ils se demandent comment les activités sportives d'une institution à but lucratif se conjuguent avec sa mission académique. Ils rappellent que les profits générés par les universités traditionnelles sont réinvestit pour améliorer les programmes et l'éducation des étudiants alors qu'un organisme coté en Bourse doit avant tout répondre à ses actionnaires. Plusieurs institutions à but lucratif, disent-ils dans leur lettre, dépensent leurs ressources en marketing et en publicité au lieu de le consacrer à l'éducation.

Le pdg de Grand Canyon, Brian Mueller, réplique en rappelant qu'entre 2009 et 2012, l'organisation a injecté 308 millions dans ses activités académiques et sportives. Il précise que les actionnaires ne reçoivent pas de dividende et qu'ils ne font de l'argent qu'avec l'appréciation boursière du titre (par ailleurs spectaculaire depuis un an).

«Nous savons que nos programmes sportifs nous feront perdre de l'argent. Ces programmes fournissent cependant une expérience éducative et contribuent à la qualité de la vie étudiante sur le campus», dit Brian Mueller. 

Selon l'analyste Trace Urdan, chez Wells Fargo, la révolte est menée par le président de l'Université Arizona State, dont le campus est situé dans la même ville que le campus de Grand Canyon Education, soit à Phoenix, en Arizona.

Les frais de scolarité des deux institutions sont comparables, mais ils sont inférieurs chez Grand Canyon pour les étudiants qui suivent leurs cours par Internet. 

«Avec des critères d'admission similaires aux deux endroits, les étudiants penchent naturellement vers Grand Canyon et je soupçonne que la lutte pour attirer des étudiants est le véritable motif derrière la croisade contre Grand Canyon Education», commente Trace Urdan.

«Le geste posé par les gens du Pac-12 semble au mieux être du snobisme et au pire être motivé par un intérêt pécuniaire personnel», ajoute-t-elle.

Naissance du modèle

À ses début en 1949, Grand Canyon Education était une université traditionnelle sans but lucratif. Il y a 10 ans cependant, l'institution s'est retrouvée à un cheveu de la faillite.

Ne pouvant compter sur un nombre suffisamment importants de donateurs, les dirigeants ont décidé d'élaborer une stratégie visant à attirer des investisseurs pour développer un modèle d'affaires qui permettrait l'autofinancement.

L'inscription en Bourse a suivi il y a cinq ans, ce qui a permis de récolter de l'argent pour financer l'expansion du campus.

L'action, qui valait une douzaine de dollars lors de l'entrée en Bourse en 2008, en vaut aujourd'hui une quarantaine. Le titre s'est apprécié d'environ 80% depuis un an seulement.

L'analyste Peter Appert, chez Piper Jaffray, souligne que le positionnement de l'université (notamment son offre de cours dans des programmes en demande) se traduit par une croissance sans égale du nombre d'étudiants.

Peut-être plus intéressant encore, les frais de scolarité sont gelés depuis quatre ans.

L'organisation a excédé les attentes de profits des analystes de 20%, en moyenne, au cours des neuf derniers trimestres. La barre à sauter risque par contre de devenir de plus en plus élevée.

Grand Canyon Education présentera et commentera ses prochains résultats financiers mardi. 

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Grand Canyon Education en bref

Année de fondation: 1949

Campus: Phoenix, Arizona

Nombre d'étudiants: 53 500 (85% suivent les cours par Internet)

Bourse: Nasdaq

Symbole boursier: LOPE

Nom des équipes sportives: Antilopes