À voir le comportement des marchés à la suite des élections en Grèce, on peut se demander si les investisseurs n'espéraient pas un résultat différent. En effet, alors que l'on devrait se réjouir d'avoir écarté le risque de l'élection d'un gouvernement qui aurait voulu balancer par-dessus bord le programme d'austérité ainsi que l'euro, la réaction des marchés a été très mitigée.

Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

Après un premier élan positif sur les marchés asiatiques, l'impact de la bonne nouvelle s'est estompé dès que l'activité s'est transportée sur les marchés européens. L'indice DAX à Francfort a terminé en hausse de seulement 0,3% et le CAC 40 à Paris a perdu 0,7%. À Londres, le FTSE-100 a gagné un maigre 0,22%.

Même réaction sur le marché des devises. Après avoir rallié jusqu'à 1,2750 à l'ouverture, l'euro est retombé rapidement à 1,2567. Rappelons que la devise européenne profitait d'une tendance à la hausse depuis le 1er juin, lorsqu'elle avait touché un creux de 1,2288.

Du côté américain, les indices ont entrepris la séance légèrement en baisse et ont terminé à peu près inchangés, sauf pour le NASDAQ qui a gagné 0,78%. À Toronto, l'indice S&P/TSX a ajouté 76 points.

Depuis deux semaines, les marchés boursiers sont en hausse. La principale raison est que les investisseurs anticipent une réaction très musclée et coordonnée de la part des banques centrales dès que la situation risquera de devenir impossible à maîtriser en Europe. Un résultat différent aux élections en Grèce aurait pu causer cette situation.

Mais ce n'est peut-être que partie remise. L'attention se porte maintenant vers l'Espagne et l'Italie. Et là, la situation est plus que jamais inquiétante. Les obligations espagnoles de 10 ans ont bondi au-dessus de 7% hier, niveau jugé critique en ce qui concerne la capacité du gouvernement à financer sa dette.

La semaine dernière, l'agence de notation Moody's a réduit la cote de crédit de l'Espagne à BBB avec perspectives négatives. Une autre décote, et on atteindra le statut d'obligation de pacotille, et les investisseurs institutionnels ne pourront plus en acheter.

La Bourse espagnole est aussi en difficulté. L'IBEX, principal indice sur le parquet de Madrid, a perdu près de 3% durant la journée. L'indice a perdu 38% depuis un an. Au chapitre des préoccupations, l'Italie n'est pas loin derrière. À la Bourse de Milan, l'indice FTSE Mib a perdu 2,85%.

Sur toutes les Bourses, le secteur le plus faible était celui des banques.

Le rallye de juin se poursuivra-t-il?

Rappelons qu'après avoir perdu près de 10% durant le seul mois de mai, l'indice S&P 500 est en hausse de 5% depuis le 1er juin. Que nous réservent les prochaines semaines?

Encore là, les regards seront tournés vers les banques centrales. Il est permis de croire que la Réserve fédérale (Fed) tentera de protéger le marché boursier, explique Marco Lettieri, économiste à la Financière Banque Nationale. «Elle voudra à tout prix éviter un effet de richesse négatif», dit-il. Une baisse des cours à la Bourse diminue la richesse des ménages et a un impact négatif sur la consommation, et par là la croissance économique.

De plus, la Fed a énoncé clairement qu'elle veut éviter que le ralentissement économique que l'on perçoit depuis quelques semaines ne s'accentue et touche négativement le niveau de l'emploi, explique Paul-André Pinsonnault, également économiste à la Financière.

Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle sera attentive aux développements en Espagne et en Italie. Les élections en Grèce lui permettent de souffler un peu, mais peut-être pas pour longtemps. On pourrait bientôt avoir l'occasion d'évaluer sa détermination à enrayer la crise.