Maintenant que l'avidité a fait place à la peur, que réserve l'avenir aux actionnaires de Facebook (FB)?

Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

L'élastique avait été beaucoup trop étiré, semble-t-il, et il s'est brisé. Mais ce qui est particulièrement significatif, c'est l'incapacité des courtiers à maintenir le titre au niveau du prix d'émission, et ce dès la deuxième séance de négociation, explique Pierre Trottier, gestionnaire actions américaines à l'Industrielle Alliance. «La vie boursière de Facebook est très mal entamée», dit-il.

Lors d'un premier appel public à l'épargne (PAPE), les principaux courtiers qui distribuent les actions à leurs clients ont généralement la responsabilité, du moins morale, de supporter le marché. Cela veut dire de maintenir le cours de l'action au moins au niveau du prix de lancement. Lors de l'émission de Facebook vendredi dernier, ils ont tout juste réussi à le faire durant la première séance, l'action clôturant à 38,23$ après avoir été émise à 38$.

Les courtiers voyaient venir l'avalanche, et ils se sont retirés. Lors de la vente initiale, l'enthousiasme des investisseurs les avait incités à hausser le prix peu de temps avant l'émission.

Quand un PAPE atteint un tel degré de popularité et obtient pareille couverture médiatique, on croit que le succès est assuré. Plusieurs acheteurs se présentent alors uniquement dans le but de revendre sur le bond initial que connaît généralement le prix de l'action, et ainsi réaliser un profit rapide.

Le bond initial de l'action de Facebook a été nettement inférieur à ce que les revendeurs espéraient. Ils ont mis peu de temps à réaliser qu'il leur était préférable de revendre rapidement. Dès l'ouverture lundi matin, la présence des revendeurs et l'absence des courtiers pour racheter ont eu un impact dévastateur sur le prix de l'action. Le lendemain, le titre a clôturé à 31$.

Que vaut maintenant Facebook?

Comment déterminer maintenant la juste valeur à laquelle l'action de Facebook devrait se négocier? «Tout dépendra de la réponse à la question: comment vont-ils générer les revenus?» dit Pierre Trottier.

Les prochains résultats trimestriels de Facebook seront publiés en juillet. Comme l'émission est toute récente, les courtiers n'ont pas la permission de réviser publiquement leurs prévisions pour l'instant. Mais des rumeurs circulent selon lesquelles certains clients avaient été prévenus quelques jours avant l'émission que ces prévisions seraient révisées à la baisse. Les courtiers devront faire face à des poursuites si cela s'avère.

D'ici la publication des prochains résultats, les zones grises persisteront. «Même 20% sous le prix d'émission, le potentiel de hausse comparativement au risque de baisse n'en vaut pas la chandelle», dit Pierre Trottier. Si des noms tels Morgan Stanley, Goldman Sachs et JP Morgan ont été incapables de soutenir le titre à son prix d'émission, c'est que les vendeurs sont solidement en contrôle.

Les ventes à découvert, interdites durant les premiers jours de négociations, sont maintenant permises, ce qui risque d'ajouter de la pression sur le titre.

Que penser de ce rebond boursier?

Alors qu'il perdait plus de 200 points en début d'après-midi mercredi, l'indice Dow Jones a récupéré presque la totalité de ses pertes durant les deux dernières heures de négociation. Faut-il y voir la fin de la correction amorcée au début du mois de mai?

Pas vraiment, s'il faut en croire Sam Collins, directeur de l'analyse technique chez InvestorPlace.com. Bien qu'impressionnant, le rallye pourrait être de courte durée, selon lui.

Après la baisse en matinée, et compte tenu de l'état survendu des marchés boursiers, la rumeur d'une émission d'euro-obligations pour régler le problème de la Grèce a incité les détenteurs de positions à découvert à se couvrir rapidement.

Mais la hausse boursière n'a pas fait reculer le dollar américain, bien au contraire. La valeur du dollar comparativement à un panier de devises (DXY) a clôturé ce jour-là à 81,99, son sommet des 52 dernières semaines. Cela signifie que le niveau d'anxiété des investisseurs ne se résorbe pas.

Il est à prévoir que les rumeurs et les nouvelles en provenance d'Europe continueront de se succéder au cours des prochaines semaines. Elles causeront d'autres reprises comme celle d'hier. Mais il faudra plus que cela, croit Sam Collins. La tendance à moyen terme demeure nettement à la baisse, étant donné que les principaux indices boursiers ont tous enfoncé des zones de support significatives, selon lui.