Il faut avoir les moyens pour s'inscrire au club select des 100 000 investisseurs de SharesPost: actif de plus de 1 million de dollars, revenus annuels d'au moins 200 000$, en croissance de préférence. Transaction minimum: 25 000$.

Paul Durivage LA PRESSE

C'est sur cette plateforme et une autre semblable, SecondMarket, que s'échangeaient principalement depuis quelques années déjà, et encore jusqu'à la fin du mois dernier, les premières actions disponibles de Facebook, des parts assujetties à restrictions mises en marché par ses employés les plus éminents et, à partir de 2007, quelques investisseurs chanceux, pour la plupart des hedge funds.

Selon les règles instituées par la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés financiers aux États-Unis, seuls les investisseurs qualifiés (lire: déjà fortunés) peuvent acquérir des actions assujetties à restrictions.

Sur SecondMarket, non seulement il est impossible de négocier à moins d'avoir déjà un gros capital, mais il est même impossible pour le petit investisseur de voir ce qui s'y brasse.

Avant l'arrêt des transactions causé par le premier appel public à l'épargne, les actions de Facebook cotaient 44$ pièce sur SharesPost, ce qui valorisait l'entreprise à plus de 102 milliards.

Elles oscillaient entre 40$ et 45$ pièce depuis un mois. Il faut en fait remonter à l'année dernière pour retrouver des valeurs comparables à la fourchette de prix projetée au prospectus préliminaire, soit de 28 à 35$ l'action, prix révisé à 38$ hier. (À ce prix, les 421 millions qui seront mises sur le marché donnent une valorisation maximale de 104 milliards de dollars à Facebook.)

Pour la petite histoire, le premier contrat a été conclu au prix de 2,40$ pièce. Cela conférait une valeur de moins de 6,6 millions seulement à l'entreprise de Mark Zuckerberg. C'était en août 2009, la préhistoire probablement pour une entreprise de réseautage social.

Cette même année, Facebook a introduit l'option «J'aime» et dénombrait déjà 500 millions d'abonnés dans le monde. Le titre s'est ensuite envolé de façon exponentielle.

Les transactions sur ces plateformes électroniques sont menées de façon informelle quasiment «de main en main». Les entreprises comme Facebook ont souvent un droit de premier refus sur les actions tendues et peuvent contrecarrer toute transaction.

L'acheteur négocie le plus souvent à l'aveugle car les entreprises fermées n'ont pas à dévoiler leur bilan ou états des résultats.

Pour les entreprises, c'est d'abord une façon d'avoir accès à des capitaux et de faire profiter leurs salariés, ou quelques investisseurs avisés, d'actions souvent émises au compte-gouttes. Elles préfèrent toutefois les «gros» investisseurs afin de ne pas se retrouver avec un bassin de plus de 2000 actionnaires (la barre était de 500, il y a peu), ce qui les contraint à plus de transparence financière.

La SEC a dénoncé des tricheries qui ont lieu sur le marché secondaire dit «pré-IPO» (préentrée en Bourse). Profitant de l'emballement pour ces titres, des financiers peu scrupuleux ont fait croire aux investisseurs qu'ils avaient un accès privilégié aux actions de Facebook, pour les vendre jusqu'à 66$ pièce, près de deux fois leur coût.

Avec son inscription à la grande cote (le NASDAQ a même modifié ses règles pour l'introduire aussi dans son indice), Facebook veut maintenant créer un marché liquide pour ses employés qui se retrouvaient en possession d'un actif inestimable, mais qu'ils ne pouvaient vendre facilement sur SharesPost ou SecondMarket.

De plus, Facebook entend rembourser les charges fiscales découlant de la conversion des options du fondateur et ses collègues. Ce qui fait dire à plusieurs que toute l'opération ne vise qu'à payer les impôts de Zuck.