Les principaux assureurs-vie au Canada sont touchés de plein fouet par le tumulte des marchés boursiers et les taux d'intérêt anormalement bas. Leurs prochains résultats financiers s'annoncent en forte baisse, voire marqués à l'encre rouge dans certains cas, avertissent des analystes.

Martin Vallières LA PRESSE

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La Financière Sun Life a ravivé les inquiétudes lundi lorsqu'elle a dû avertir les investisseurs de l'ampleur de la perte qu'elle a constatée lors de la comptabilisation de ses résultats de son troisième trimestre, terminé le 30 septembre dernier.

Cette perte nette atteindra au moins 621 millions de dollars, soit bien en deçà du faible profit attendu par les analystes.

Ces mauvais résultats de la Sun Life ont suscité la méfiance des investisseurs à l'égard des assureurs-vie face à l'état des marchés financiers. Leurs actions en Bourse, déjà dépréciées, ont écopé davantage.

Des analystes ont aussi dû réviser rapidement leurs prévisions financières. Dans le sillon de la Sun Life, on s'attend maintenant à ce que le plus gros assureur-vie d'origine canadienne, la Financière Manuvie, déclare une perte considérable de plus de 1 milliard de dollars au troisième trimestre. Ses résultats seront annoncés le 3 novembre prochain.

Juste auparavant, le plus important assureur-vie québécois inscrit en Bourse, l'Industrielle Alliance, devrait aussi annoncer des résultats très inférieurs à ce qui était prévu il y a quelques semaines à peine.

Pas d'encre rouge, cependant. Mais des prévisions de bénéfice net annuel rabaissées d'environ 10% pour l'exercice 2011. Et d'au moins 25% pour le prochain exercice 2012.

Les analystes ont aussi abaissé leurs prévisions de bénéfice pour la Great-West, important assureur-vie canadien détenu par la Financière Power Corporation.

Pourquoi une telle sensibilité des grands assureurs-vie face aux marchés financiers?

Deux raisons principales ressortent dans les rapports d'analystes. La première tient aux taux d'intérêt à moyen et long terme.

Comme les caisses de retraite, les assureurs-vie s'y fient pour gérer les actifs et les réserves qu'ils doivent constituer pour honorer les futurs débours de prestations à leurs clients.

Or, les taux d'intérêt en Amérique du Nord sont à un niveau historiquement très bas. Ce qui gonfle les déficits actuariels que les assureurs-vie sont tenus de comptabiliser dans leurs résultats trimestriels.

La deuxième raison de la sensibilité des assureurs-vie aux tumultes financiers tient à la baisse des marchés boursiers, particulièrement forte durant le trimestre terminé le 30 septembre.

«En raison de leurs investissements, qui comprennent davantage de produits garantis, les gros assureurs-vie canadiens sont plus sensibles aux fluctuations boursières que leurs homologues américains ainsi que les banques canadiennes. Ces placements garantis amplifient l'impact des épisodes baissiers en Bourse sur les assureurs-vie», explique Michael Goldberg, analyste du secteur financier chez Valeurs mobilières Desjardins, dans une récente note à ses clients investisseurs.

Dans cette foulée, c'est la Financière Manuvie qui apparaît la plus vulnérable aux replis de la Bourse, suivie de la Financière Sun Life.

En comparaison, l'Industrielle Alliance et la Great-West sont davantage affectées par les bas taux d'intérêt, selon les experts.

Pour Manuvie, l'analyste Peter Rozenberg, spécialiste des sociétés financières canadiennes chez le groupe suisse UBS, prévoit une perte boursière d'au moins 990 millions au troisième trimestre. S'y ajouteront une perte de 1 milliard attribuable aux taux d'intérêt, ainsi qu'une «perte actuarielle» d'au moins 700 millions.

Bref, des pertes suffisantes pour engloutir les profits de 1,7 milliard qui sont encore attendus des autres activités de Manuvie au cours du troisième trimestre.