À trois jours d'un vote crucial des actionnaires, le projet de fusion entre la société boursière TMX, de Toronto, et la Bourse de Londres (LSE) gagne des appuis qui pourraient nuire aux ambitions du consortium canadien Maple.

Martin Vallières LA PRESSE

Un groupe de 11 dirigeants de firmes canadiennes indépendantes de courtage et de gestion de fonds a accordé hier sa préférence au projet TMX-LSE, au détriment de l'offre d'achat de TMX par Maple.

Leur raison principale: le projet TMX-LSE maintiendrait une meilleure concurrence sur la Bourse canadienne par rapport à une mainmise de Maple, tout en préservant assez de juridiction canadienne en réglementation.

Parmi ces dirigeants, on compte le chef de la direction de la firme des fonds CI, William Holland. La firme CI est déjà l'un des actionnaires importants de TMX, avec une participation de 9,5%, tout juste sous la limite légale de 10%.

Ce groupe de dirigeants comprend aussi Thomas Caldwell, président de Caldwell Securities, investisseur reconnu en actions de sociétés boursières, et Rowland Fleming, ex-chef de la direction de la Bourse de Toronto.

Selon ces financiers torontois, l'offre d'achat de TMX et le plan d'affaires de Maple, consortium constitué de grandes entités financières du Canada et du Québec, aboutiraient à une société boursière qui aurait un «contrôle significatif sur presque tous les aspects de l'accès aux marchés des capitaux».

Ces financiers estiment aussi qu'une mainmise de TMX sur la Bourse alternative Alpha et les sociétés de compensation de transactions, comme promue par Maple, aurait un «impact négatif sur l'évolution des tarifs, de la réglementation, de l'innovation et de la transparence» dans le marché boursier canadien.

Au cours d'une téléconférence d'analystes, les dirigeants de TMX et de LSE ont affirmé avoir obtenu au cours des derniers jours des avis favorables de la part de trois firmes-conseils européennes en votes d'actionnaires.

Cela porte à cinq le nombre de firmes-conseils, actives auprès des investisseurs institutionnels et des gestionnaires de portefeuille, qui ont exprimé un avis favorable au projet de fusion par échange d'actions de TMX et de LSE, plutôt que l'offre concurrente de Maple.

Pour le tandem TMX-LSE, ces appuis additionnels surviennent après qu'il eut bonifié l'offre aux actionnaires avec un dividende spécial de 660 millions CAN qui serait versé à la clôture de la transaction de fusion, dans quelques mois.

Cette bonification, annoncée mercredi dernier, a été suivie quelques heures plus tard par une majoration de l'offre de Maple, prévue en comptant surtout.

Les deux offres sont encore considérées comme très proches en valeur totale attribuée, autour de 3,7 milliards CAN chacune.

Mais, selon des avis récents, l'enjeu principal entre les deux prétendants du TMX se situe de plus en plus au chapitre de leur plan d'affaires, plutôt que dans la seule valeur immédiate de leur offre.

En fusionnant avec LSE, TMX et ses Bourses d'actions de Toronto et de dérivés à Montréal deviendraient des filiales d'une nouvelle société boursière transatlantique contrôlée de Londres.

Une telle société boursière, selon ses promoteurs, serait ensuite plus concurrentielle pour croître sur le marché international.

En comparaison, l'offre de Maple vise d'abord à conserver TMX sous contrôle canadien afin de réaliser l'intégration des activités boursières et réglementaires (compensation) des transactions. Selon Maple, une société boursière plus intégrée au Canada serait ensuite d'un meilleur aplomb pour cibler des créneaux du marché international.

Rappelons que le groupe Maple est un consortium de 13 sociétés financières d'envergure au Canada et au Québec, dont la Caisse de dépôt et placement, le Fonds de solidarité FTQ, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins.

En téléconférence d'analystes, le principal meneur de Maple, Luc Bertrand, qui est aussi vice-président du conseil de la Banque Nationale et ex-président de la Bourse de Montréal, a réitéré sa confiance de rallier assez d'appuis parmi les actionnaires de TMX d'ici à jeudi afin de bloquer le projet de fusion avec Londres.

Pour donner suite à ce projet annoncé au début de l'année, TMX doit maintenant obtenir un vote positif auprès des deux tiers des actionnaires parce qu'il s'agit d'un changement majeur du statut de l'entreprise.

Luc Bertrand se dit confiant de la valeur supérieure de l'offre de Maple, à court et à moyen terme. Il cite aussi le «risque réglementaire significatif» qui pèserait «pendant des mois» sur le projet de fusion entre TMX et Londres.