Le Groupe Maple dispose d'un nouvel atout de taille pour réussir à mettre la main sur le Groupe TMX. Mardi, le premier ministre du Québec Jean Charest a estimé que la proposition du consortium offre de meilleures garanties quant à la préservation d'emplois à Montréal.

Martin Croteau LA PRESSE

«Nous préférerions que la propriété de la Bourse de Toronto se retrouve entre les mains du Groupe Maple, ne serait-ce que parce que nous préférons que notre marché boursier soit de propriété canadienne», a-t-il déclaré à Bloomberg au cours d'un passage à New York.

L'appui des autorités politiques est important parce que l'Autorité des marchés financiers et son équivalent ontarien devront approuver la vente du Groupe TMX, que ses actionnaires choisissent l'offre du Groupe Maple ou celle du London Stock Exchange (LSE).

Le premier ministre estime sincère le désir du LSE de maintenir le marché des produits dérivés à Montréal. Mais il craint que ses plans changent. Une rencontre avec le chef de direction du parquet londonien, Xavier Rolet, n'a pas suffi à apaiser ses appréhensions.

Les comptables et les avocats qui gravitent autour des Bourses de Montréal et de Toronto auront davantage de travail si le Groupe TMX reste entre les mains d'intérêts canadiens, estime le premier ministre. «C'est une composante clé de notre économie», a-t-il indiqué.

Le Groupe Maple comprend plusieurs poids lourds financiers du Canada et du Québec, notamment la Caisse de dépôt et placement, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins.

Le ministre des Finances de l'Ontario, Dwight Duncan, avait lui aussi critiqué la proposition londonienne, craignant une perte d'influence de Toronto dans le secteur financier.

Tremblay prudent

Pendant ce temps, à Montréal, les élus et les gens d'affaires restent prudents quant à l'avenir du Groupe TMX. Ni l'offre du London Stock Exchange, ni celle du groupe Maple n'a encore rassuré le maire Gérald Tremblay, qui exige avant tout que le futur acquéreur protège l'expertise de la métropole dans le domaine des produits dérivés.

«Il faudrait avoir des garanties sur la pérennité des produits dérivés et sur les représentations au niveau du conseil d'administration», a-t-il affirmé en marge d'une conférence de presse, hier.

Le maire a rencontré Xavier Rolet, la semaine dernière, et n'a guère obtenu les garanties qu'il recherchait, a-t-il indiqué. En revanche, il est trop tôt pour déterminer si l'offre du Groupe Maple répond davantage à ses préoccupations. Il souhaite recueillir plus d'information sur la proposition avant de prendre position.

Le milieu des affaires de Montréal, lui, marche sur des oeufs face aux deux offres concurrentes. Des sources contactées hier affirment que plusieurs dans la métropole sont favorables à la proposition de Londres, mais qu'ils hésitent à afficher leur préférence. Ils craignent de se mettre à dos les entreprises financières qui participent au Groupe Maple.

«Il y a des gens qui sont prêts à reconnaître le bien-fondé de la proposition de la Bourse de Londres, a indiqué un homme d'affaires sous couvert de l'anonymat. Mais rares sont ceux qui n'ont pas de liens professionnels avec la Caisse de dépôt, avec la Banque Nationale, la Caisse Desjardins, etc. Ne serait-ce que pour cela, je pense que beaucoup de gens seraient intervenus.»

Prudence

La chambre de commerce du Montréal métropolitain n'a d'ailleurs pas pris position quant au futur acquéreur du parquet de Toronto, pas plus que la grappe Finance Montréal.

«Nous ne prendrons pas position dans ce dossier tant qu'il n'y aura pas de consensus», a-t-on indiqué à la Chambre.

L'organisme offrira une tribune à Xavier Rolet, chef de la direction du LSE, et à Thomas A. Kloet, patron Groupe TMX, aujourd'hui. Le vice-président de la Banque Nationale, Luc Bertrand, viendra faire mousser la candidature du Groupe Maple lundi.

- Avec la collaboration de Maxime Bergeron et Bloomberg