La toute première Bourse du carbone en Amérique du Nord cessera ses activités à la fin de l'année, victime de l'évolution d'une industrie qu'elle n'a pas su suivre. Mais, contrairement à ce qui circule sur l'internet, la fin du Chicago Climate Exchange n'est ni surprenante ni éminemment politique. Et elle ne sonne pas le glas des marchés du carbone sur le continent.

Publié le 17 nov. 2010
Philippe Mercure LA PRESSE

> Suivez Philippe Mercure sur Twitter

La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre au cours des derniers jours: le légendaire Chicago Climate Exchange ferme ses portes. Plusieurs ont lié la fermeture aux élections de mi-mandat aux États-Unis, qui ont porté au pouvoir nombre de républicains opposés à une économie du carbone.

Le hic, c'est que la décision de fermer le marché avait été annoncée le 21 octobre, donc bien avant les élections américaines du 2 novembre.

«Cette décision se dessinait depuis longtemps. Depuis des mois, on voyait des prix très bas de 10 cents la tonne (de carbone) et même de 5 cents la tonne. Il n'y avait plus d'intérêt pour ce marché», explique Jean Nolet, président d'ÉcoRessources consultants, firme québécoise spécialisée dans le secteur du carbone.

«L'impact de ça est surtout symbolique, dit aussi Léon Bitton, vice-président au développement à la Bourse de Montréal et superviseur du marché climatique de Montréal. C'est une décision d'affaires, c'est une question de rentabilité. Ça ne veut pas dire que les marchés sont morts.»

La fermeture du Chicago Climate Exchange (CCX) n'aura d'ailleurs aucun impact sur le Marché climatique de Montréal, coentreprise formée avec Chicago.

«Pour nous, ça ne change rien», assure M. Bitton.

Né en 2003, le CCX regroupait 450 membres qui s'étaient volontairement engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Des entreprises comme Sony, Motorola et IBM, des universités et des municipalités étaient du nombre.

Plutôt que d'effectuer leurs réductions à l'interne, les participants avaient aussi l'option d'acheter des crédits à d'autres entreprises qui avaient dépassé leur cible ou qui généraient des projets de réduction ailleurs.

Il en est résulté un système de «plafond et d'échanges» qui a permis d'échanger près de 150 millions de tonnes de carbone depuis 2003.

Au fil du temps, cependant, le CCX a perdu de sa pertinence. Jean Nolet, d'Écoressources, explique que la Bourse a accepté d'échanger des crédits de carbone provenant de projets encadrés par des règles peu rigoureuses, ce qui a fini par miner sa crédibilité.

Des fermiers de l'Alberta, par exemple, ont réussi à vendre des crédits de carbone à Chicago en cultivant leurs terres sans les labourer - une technique qui permet effectivement de libérer moins de gaz à effet de serre, mais que les fermiers pratiquaient de toute façon parce que c'était rentable pour eux.

Ce manque de rigueur a fini par faire chuter les prix à Chicago - surtout qu'en parallèle, des critères stricts se sont développés pour encadrer des crédits volontaires. Certains crédits volontaires s'échangent aujourd'hui de gré à gré à des prix 100 fois plus élevés qu'à Chicago.

«S'il y a une morale à tirer de ça, c'est que le marché volontaire s'est organisé», se félicite Jean Nolet, qui tient à souligner le rôle de pionner du CCX.

«Ils ont réussi à conscientiser beaucoup de gens, ils ont développé une expertise», souligne aussi Michel Denault, professeur agrégé à HEC Montréal.

Le CCX continuera d'offrir des produits dérivés liés au carbone, dont certains basés sur les marchés régionaux réglementés qui se développent en Amérique du Nord. C'est aussi la voie que compte suivre la Bourse de Montréal.