Le mois d'août se termine par une chaleur suffocante, à Montréal, mais c'est loin d'être la canicule en Bourse. Un marché immobilier timide, des consommateurs frileux et une économie chancelante, surtout aux États-Unis, ont pesé sur les marchés boursiers durant le dernier mois.

Francis Vailles LA PRESSE

Aux États-Unis, l'indice phare de la Bourse américaine, le Standard&Poor's 500, a terminé en baisse de 4,7% en août, soit la pire baisse depuis 2001. Au Canada, l'indice TSX est en hausse de 1,7%, mais c'est essentiellement grâce à l'entreprise Potash Corporation, dont la vigueur boursière s'explique par l'offre d'achat sur l'entreprise. Sans Potash, la Bourse de Toronto aurait essentiellement fait du surplace.

Bref, la Bourse est aussi froide que le temps est chaud. «L'économie est encore en convalescence. La psychologie des investisseurs est fragile. On dirait qu'on cherche des raisons de ne pas faire monter le marché», dit le gestionnaire de portefeuille Hugues Dubeau.

Comme toujours, les avis sont partagés, mais la possibilité évoquée que l'économie américaine retombe en récession a eu l'effet d'une douche froide. Et c'est sans compter le brusque recul des reventes mensuelles de maisons...

Stéfane Marion, stratège de la Banque Nationale, croit que le brouillard économique ne se dissipera pas au cours des prochains mois. C'est que les impôts pourraient augmenter de 250 milliards US aux États-Unis l'an prochain si le gouvernement maintient le statu quo.

Les impôts augmenteraient avec la fin du programme d'allégement fiscal accordé par George Bush il y a 10 ans. Ces 250 milliards US équivalent à 1,7 point de pourcentage du PIB américain. Le Congrès pourrait décider de prolonger le programme deux ou trois ans, compte tenu du contexte économique, croit M. Marion.

«Nous, on a augmenté notre proportion d'encaisse en attendant la décision de Washington», dit-il.

Signe de la déprime, les analystes financiers n'ont jamais été aussi peu enclins à recommander l'achat de titres boursiers. Cette semaine, les analystes de par le monde suggéraient d'acheter dans seulement 29% de leurs 159 919 recommandations, le plus bas niveau depuis 1997.

Étonnamment, Jean-Paul Giacometti, de la firme Claret, y voit plutôt un signe positif. Le gestionnaire de portefeuille reconnu pour ses positions à contrecourant fait valoir que ces analystes salivaient, en 2000 et en 2007, avant que les marchés boursiers s'effondrent. Aujourd'hui, les titres se négocient à une moyenne de 12 fois les profits, contre 20 à 22 fois avant la débâcle de 2008. «Les titres sont moins chers, il est donc moins probable qu'il y ait une chute dramatique», dit-il.

Certes, il n'est pas impossible qu'à court terme, la Bourse se corrige à nouveau, mais sur un an, M.Giacometti n'est pas inquiet. Et à long terme, il estime qu'il faut envisager des rendements annuels de 5 à 7%.

Hugues Dubeau n'est pas fermé à l'idée d'acheter des actions, lui non plus. Selon le gestionnaire de Dubeau Capital, le marché obligataire est à un sommet, après une hausse de 10 à 15% cette année. En faisant des choix judicieux, l'achat d'actions devrait rapporter davantage.

Vincent Paquet, analyste principal pour la firme Intact, constate lui aussi que les titres sont relativement bon marché. Au surplus, les marges de profit des entreprises sont à un sommet, en raison du dégraissage de la dernière année. Le problème, c'est que les perspectives de croissance sont relativement faibles. Les investisseurs ne peuvent donc s'attendre ni à une forte hausse des ventes ni à une croissance des marges de profits résultant d'une réduction des coûts.

«Il est difficile de se faire une bonne idée du marché», résume Hugues Dubeau.

Hier, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto a crû de 0,2%, tandis que l'indice S&P 500 américain a grimpé de 0,04%.