Dans L’argent et le bonheur, notre journaliste Nicolas Bérubé offre chaque dimanche ses réflexions sur l’enrichissement. Ses textes sont envoyés en infolettre le lendemain.

Imaginez une invention qui rend les gens plus musclés, de meilleure humeur, qui réduit les coûts de transport, qui rallonge l’espérance de vie, qui combat le surpoids, qui élimine le besoin d’avoir un abonnement au gym et de trouver du temps pour s’entraîner, qui aide à résoudre la congestion routière, en plus d’éliminer les problèmes de stationnement, de réduire à presque zéro les dépenses des contribuables en matière de mobilité, et qui est agréable à utiliser, qui élimine la pollution sonore et l’émission de particules fines, qui réduit les risques de maladies du cœur, de démence, et le besoin de recourir aux hôpitaux, qui encourage la socialisation, qui développe l’autonomie des enfants, des adolescents et des aînés, en plus de nous donner un meilleur teint et de nous rendre plus attirants aux yeux d’un partenaire actuel ou futur.

Ah oui, et imaginez que cette invention combat aussi le problème des milliards de dollars que nous remettons chaque année aux producteurs d’énergies fossiles. Et qu’elle fait diminuer le relâchement dans l’atmosphère des gaz qui réchauffent dangereusement et pour toujours la seule planète habitable de notre système solaire.

Combien coûterait une telle invention ? Probablement quelques millions, n’est-ce pas ?

Me croiriez-vous si je vous disais qu’elle ne coûte que quelques centaines de dollars ? Et qu’à Montréal, à Laval, à Longueuil, à Boucherville, à Terrebonne, à Westmount, à Mont-Royal et à Montréal-Est, cette invention est déjà accessible en 10 000 exemplaires au coin des rues, 24 heures sur 24, prête à enrichir de façon permanente la vie de toute personne qui en approche son téléphone intelligent ?

J’essaie souvent de prodiguer ici des conseils pour diminuer ses dépenses.

C’est facile de se rabattre sur des clichés. Arrêter d’acheter des cafés à l’extérieur. Manger moins au resto le midi. Choisir un véhicule motorisé moins coûteux.

Mais il existe une bien meilleure façon de concilier l’argent et le bonheur. S’il s’agissait d’une pilule, bien des gens se l’arracheraient – avec raison.

Le vélo n’est souvent pas vu comme une machine à imprimer de l’argent. Mais il devrait l’être.

Au Québec, on pense souvent que le vélo n’est bon que pour les gens qui habitent en ville. Et c’est vrai que le vélo est parfait pour les courtes et moyennes distances, disons moins de 10 kilomètres.

La bonne nouvelle ? Les 13 millions de Canadiens qui utilisent la voiture pour se rendre au travail parcourent une distance médiane de 8,7 kilomètres dans chaque direction, selon Statistique Canada.

Est-ce que le navetteur qui parcourt 81 kilomètres pour aller travailler existe ? La mère qui va déposer l’équipe de soccer au complet au milieu de nulle part ? Bien sûr qu’ils existent, et ils ont besoin d’une voiture. Mais ces cas forment une minorité des déplacements. La majorité des déplacements sont courts.

Aussi, bien des gens voient le vélo comme un moyen de transport pour les jeunes en excellente forme physique. Tout ça est 100 % culturel et variable : dans les endroits d’Europe où les réseaux cyclables ont été priorisés depuis les années 1970, il est courant de voir des personnes âgées faire leurs courses à vélo dans de petites, moyennes et grandes villes.

L’âge n’a jamais été un facteur dans mon esprit. Avec la marche, mon vélo a toujours été mon principal mode de transport. C’était vrai quand j’avais 15 ans et c’est vrai aujourd’hui à 47 ans. À la campagne, en banlieue ou en ville, ça ne fait aucune différence : j’utilise mon vélo comme j’utilise mes yeux, mes mains ou mes jambes.

Et pour les distances plus longues, ou pour les gens moins en forme, le vélo électrique est révolutionnaire. On peut arriver au travail sans une goutte de sueur, même en montant des côtes les jours de canicule. On trouve des centaines de vélos électriques sur Kijiji ou sur Marketplace, avec plusieurs modèles à moins de 1000 $. On trouve aussi des remorques d’occasion qui permettent de transporter des enfants, l’épicerie, etc.

Je crois qu’une des barrières à l’utilisation du vélo est psychologique. Bien des tâches dans notre journée sont automatisées. Et donc lorsqu’on veut aller quelque part, on tend le bras pour saisir notre trousseau de clés.

Même s’il fait 25 degrés, que le soleil brille et qu’on est sur le point de déplacer une caisse de métal et de verre de 2000 kg pour aller déposer un enfant de 23 kg à 4 kilomètres de la maison.

Je comprends que des gens habitent sur des routes où la vitesse permise est de 70 km/h ou 90 km/h avec beaucoup de trafic routier et qui ne permettent pas la pratique du vélo. Cela dit, la majorité des gens habitent dans un environnement où des chemins plus calmes existent, et où la pratique du vélo est sécuritaire.

En fait, c’est ne pas utiliser le vélo qui est dangereux.

Huit Canadiens sur dix souffrent de sédentarité, un état propice au développement de différents cancers et des maladies cardiovasculaires, les deux premières causes de décès au pays.

Se déplacer à vélo élimine la sédentarité. C’est aussi simple que ça.

Je sais que les gens qui lisent cette rubrique s’intéressent aux gros sous. Donc je vais arrêter de tourner autour du pot, et parler des vraies affaires.

Conduire un véhicule motorisé brûle 70 cents du kilomètre en frais d’utilisation, ce qui inclut la dépréciation, l’usure, l’essence, l’entretien et les assurances, selon l’Agence du revenu du Canada (ARC).

Un déplacement à vélo ou à vélo électrique de 8,7 km le matin et le soir, cinq jours par semaine, donne environ 274 $ en économies par mois.

Maintenue six mois par année, cette habitude dégage 23 000 $ en économies par décennie, lorsqu’on calcule un rendement de 7 % sur nos placements.

Sur une carrière qui peut durer de 20 ans à 65 ans, prendre le vélo durant les beaux mois de l’année pourrait nous enrichir de 500 000 $. Et je n’inclus pas ici les bénéfices pour la santé.

Ce n’est qu’un début. Peut-être que la personne qui intègre des déplacements à vélo dans son quotidien pourra se passer d’une deuxième voiture. Ou choisir un véhicule d’occasion bon marché qui servira moins souvent.

Comme bien des véhicules sont financés (j’ai des sueurs froides juste à l’écrire), cette personne pourrait, suivant une estimation prudente, se passer d’un paiement de voiture de 500 $ par mois – selon J.D. Power Canada, le paiement mensuel moyen pour un véhicule neuf est de 880 $ actuellement.

Une somme de 500 $ par mois investie de l’âge de 20 ans à 65 ans donne 1,8 million si on estime un rendement annuel de 7 %.

Millionnaires, forts, et en santé, simplement à force de pédaler une partie de l’année.

Je ne peux imaginer renoncer à ça.

Question de la semaine : Utilisez-vous votre vélo comme moyen de transport au quotidien ?