Pendant la pandémie, les Québécois avides d’évasion se sont tournés en masse vers les bateaux, les VTT et autres véhicules récréatifs. Résultat ? D’importantes pénuries et des hausses de prix à l’avenant, tant dans le neuf que dans l’usagé. Quatre ans plus tard, la ferveur est retombée, les stocks sont repartis à la hausse… et les prix sont en baisse. État des lieux.

Les bateaux prennent l’eau

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« C’est l’une des années les plus tranquilles en 35 ans d’expérience dans le marché du nautisme », indique le président d’un important détaillant de bateaux de plaisance du sud du Québec.

À n’en pas douter, la période d’effervescence et de surenchère record qu’a connue le marché des véhicules de loisirs (caravanes de camping, nautisme, sports motorisés) durant la crise des restrictions sanitaires est bel et bien chose du passé.

« C’est l’une des années les plus tranquilles en 35 ans d’expérience dans le marché du nautisme », indique le président d’un important détaillant de bateaux de plaisance du sud du Québec.

Retour en arrière. Il y a quatre ans, alors que la plupart des établissements de loisirs et de vacances étaient paralysés ou voyaient leurs activités très ralenties par les restrictions sanitaires liées à la pandémie, de nombreuses familles s’étaient tournées vers les véhicules de loisirs pour satisfaire leur désir d’évasion et de vacances.

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Il y a quatre ans, alors que la plupart des établissements de loisirs et de vacances étaient paralysés ou voyaient leurs activités très ralenties par les restrictions sanitaires liées à la pandémie, de nombreuses familles s’étaient tournées vers les véhicules de loisirs pour satisfaire leur désir d’évasion et de vacances.

La demande de produits et services dans ce marché avait bondi alors que l’offre des constructeurs de véhicules et des fournisseurs de services était alors très entravée par les difficultés d’approvisionnement en pièces et en main-d’œuvre.

Cette soudaine déconnexion entre l’offre et la demande avait suscité une surenchère des prix de vente et un allongement des délais de livraison d’une ampleur sans précédent.

« Dans le marché des bateaux de plaisance, alors qu’on était en pénurie d’inventaire dans le neuf, on voyait beaucoup de transactions de bateaux usagés s’effectuer à des prix jusqu’à 25 % plus élevés que les prix habituels pour des embarcations comparables », relate Chantal Arrelle, copropriétaire de la Marina Lennox à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, sur la rivière Richelieu, près de la frontière américaine. Mme Arrelle est aussi membre du conseil d’administration de l’Alliance de l’industrie nautique du Québec.

En 2024, le marché du nautisme est tout autre.

Les ventes de bateaux neufs ont basculé en deçà de leur niveau de 2019, juste avant la pandémie. Et dans le marché des bateaux usagés, on voit souvent des reports ou des refus de transaction par des propriétaires qui préfèrent attendre un redressement des prix plutôt que de subir une grosse perte de valeur de revente.

Chantal Arrelle, copropriétaire de la marina Lennox à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix

« Après deux années exceptionnelles dans le marché des bateaux neufs, on connaît en 2024 l’une des années les plus tranquilles en 35 ans d’expérience, relate Patrick Picard, président et coactionnaire familial de l’entreprise Mathias Marine Sports. Mais dans le marché des bateaux usagés, ça demeure relativement bon en raison notamment d’une forte baisse des prix de revente qui avantage beaucoup les acheteurs en quête d’aubaine. » Il s’agit de l’un des plus gros commerçants en nautisme et petits véhicules de sports motorisés établis dans la Vallée-du-Richelieu, au sud de Montréal.

VTT et sports motorisés : préférence pour des modèles à bas prix

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Le marché des sports motorisés est plus résilient, particulièrement pour les modèles à plus bas prix.

Alors que son commerce se ressent du repli marqué du marché du nautisme, Patrick Picard se dit satisfait de la bonne tenue relative de ses activités commerciales dans les sports motorisés : motos de route et hors-route, vélos électriques et petits véhicules tout-terrain (VTT), motoneiges.

« Dans l’ensemble du marché des véhicules de loisirs, le segment des petits véhicules, qui sont moins coûteux que les bateaux ou les VR [caravanes], est souvent le plus résilient en période de ralentissement de l’économie et de taux d’intérêt plus élevés », explique Patrick Picard.

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Patrick Picard, président et coactionnaire familial de l’entreprise Mathias Marine Sports

« C’est ce que se passe cette année dans notre commerce. Les ventes de motos de 15 000 $ à 20 000 $ sont bonnes, mais c’est plus difficile pour les modèles aux environs de 30 000 $. Par ailleurs, la demande est très, très forte pour les vélos de montagne et tout-terrain avec assistance électrique qui ont été développés par des fabricants de motos dont nous étions déjà concessionnaires », indique M. Picard.

« Seulement depuis le début de notre année financière, en novembre, nous avons vendu au moins 200 de ces vélos à assistance électrique, à des prix variant de 2000 $ pour des modèles de base jusqu’à 7000 $ pour des modèles de calibre supérieur. »

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« Les ventes de motos de 15 000 $ à 20 000 $ sont bonnes, mais c’est plus difficile pour les modèles aux environs de 30 000 $ », indique Patrick Picard, président et coactionnaire familial de l’entreprise Mathias Marine Sports.

N’empêche. À voir les récents résultats financiers des constructeurs de petits véhicules et d’embarcations de loisirs motorisés, comme la québécoise BRP (petits VTT et motos, motomarines et petites embarcations de plaisance, motoneiges), les pressions baissières sont fortes entre les principaux segments du marché.

Par exemple, dans son plus récent énoncé de résultats financiers, BRP faisait état d’un fort repli du marché des motomarines et des petites embarcations de type « ponton », de l’ordre de 30 % à 50 % de moins en comparaison annualisée.

Dans les segments des petits véhicules de loisirs motorisés terrestres, BRP faisait mention d’un repli du marché des VTT et des motos de l’ordre de 5 % à 10 %, aussi en comparaison annualisée.

Un tel constat du marché des loisirs motorisés de la part de BRP a d’ailleurs incité des analystes à réitérer leurs avertissements à l’égard des actionnaires de l’entreprise de 9,9 milliards en chiffre d’affaires annualisé, et d’environ 6,5 milliards en valeur boursière.

« Les conditions du marché des sports motorisés resteront affaiblies durant les prochains trimestres, et il ne faut pas exclure la possibilité que BRP doive encore réduire ses prévisions », écrit l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale à Montréal, dans une note à ses clients-investisseurs à propos du plus récent énoncé de résultats de BRP.

Coup de frein dans les VR

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Le nombre de VR vendus en 2023 est passé sous le seuil des 35 000 unités.

Pendant ce temps, l’état du marché des gros véhicules récréatifs (VR, y compris les caravanes remorquées et les caravanes motorisées) s’avère aussi très ralenti après la période d’effervescence record durant la pandémie.

« Après l’engouement record durant la pandémie, le marché des roulottes est retombé à l’avantage des acheteurs qui n’ont pas d’enjeu de financement, et qui peuvent profiter des rabais de surplus d’inventaire chez plusieurs commerçants », constate le directeur général d’un gros détaillant de véhicules récréatifs établi de longue date en Montérégie, en périphérie sud-est de Montréal.

Selon les chiffres de ventes compilés pour l’Association des concessionnaires de VR du Canada (RVDA Canada), après avoir culminé autour de 45 000 à 52 000 unités vendues durant les années de pic de pandémie (2020 à 2022), le nombre d’unités vendues en 2023 est passé sous le seuil des 35 000 unités.

Par ailleurs, pour un aperçu de l’état du marché en 2024, les données préliminaires recueillies par RVDA Canada pour les trois premiers mois de l’année suggèrent une deuxième année consécutive de repli marqué des ventes, peut-être sous le seuil des 20 000 unités.

« Dans l’ensemble du marché des VR, c’est le segment des petites roulottes de moins de 40 000 $ qui est le plus affecté par le ressac des ventes après la période exceptionnelle durant la pandémie. Le ressac de ce segment n’est pas très surprenant si l’on considère que leurs acheteurs étaient surtout des familles de revenu intermédiaire, qui avaient alors les moyens d’acheter et d’utiliser une petite roulotte pour leurs loisirs avant la poussée d’inflation et la forte remontée des taux d’intérêt », témoigne Marc Rémillard, PDG de l’entreprise Roulottes Rémillard, à Saint-Jean-sur-Richelieu, en périphérie sud-est de Montréal.

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Marc Rémillard, PDG de l’entreprise Roulottes Rémillard

« Par contre, dans le marché des plus gros VR, comme les caravanes à sellette, les grandes roulottes et les caravanes motorisées, les ventes vont encore relativement bien. On observe une petite baisse de la demande, mais les acheteurs plus âgés et à l’aise financièrement demeurent actifs dans le marché. En fait, ils sont les mieux placés pour profiter du retour des promotions de prix et de coûts de financement dans le marché des VR neufs. Ils peuvent aussi profiter des très bons rabais sur les VR des années-modèle depuis 2021 qui sont maintenant en surplus d’inventaire chez les commerçants. »