La situation : « Je suis maman monoparentale de deux garçons de 14 et 17 ans, nous a écrit Émilie*. Le père de mes garçons est décédé en novembre 2021. Je ne reçois plus de pension alimentaire et il n’avait pas d’assurance vie. »

Publié le 14 août
Marc Tison
Marc Tison La Presse

La situation

La femme de 47 ans avait la garde de ses deux garçons depuis que le père avait quitté le pays en 2013. La pension alimentaire d’environ 600 $ par mois qu’il envoyait avant son décès était insuffisante pour couvrir sa part des frais des enfants.

Émilie a déposé pour ses enfants une demande de rente d’orphelin. « Il y a un montant maximum de 265 $ par mois par enfant qui est accessible, mais ils sont dans l’étude du dossier, pour voir si leur père avait suffisamment contribué à la RRQ ».

Un revenu d’appoint

Émilie travaille dans le réseau paragouvernemental, où elle contribue depuis plus de 20 ans au RREGOP. Elle touche un salaire de 92 000 $.

Elle estime son revenu net à 48 100 $, une fois soustraites sa contribution aux avantages sociaux et une petite cotisation au Fonds de solidarité FTQ, prélevée à même son salaire. Elle y détient environ 4000 $.

Mais sinon, elle n’a aucune épargne.

Je n’ai aucune idée de mon budget annuel. J’ai un exercice à faire de ce côté-là.

Émilie

Pour arrondir ses revenus, elle prêtera main-forte cet automne à un ancien employeur en panne de main-d’œuvre, à raison d’une journée par semaine, ce qui devrait lui procurer environ 350 $ par semaine, avant impôts.

« Je me demandais si j’étais mieux de recevoir le plein salaire et le gérer moi-même, peut-être le mettre dans un CELI, et payer ce qui est dû au moment des impôts », indique-t-elle.

« Je ne sais pas comment bien utiliser mon revenu d’appoint pour en maximiser les avantages. »

Le logement

Après la vente de la maison familiale au moment de la séparation, en 2013, Émilie s’est acheté un petit condo.

Émilie a ensuite rencontré un nouveau conjoint, dans la maison duquel la petite famille a vécu quelques années. Depuis leur rupture, elle loue pour 1485 $ par mois un appartement.

Elle a conservé son condo, qu’elle loue depuis quatre ans. Le loyer, qui ne couvre pas tous les frais, entraîne un déficit d’environ 100 $ par mois. Elle avait pensé à le vendre, mais la hausse des frais de logement l’incite à le conserver encore quelques années. Elle pourrait retourner y habiter avec son plus jeune lorsque l’aîné quittera le nid. Le solde hypothécaire de 270 000 $ a été gonflé par quelques refinancements.

« Bref, j’ai l’impression que mes finances sont complètement désorganisées. »

Les chiffres

Émilie, 46 ans

  • Salaire : 92 000 $
  • Solde hypothécaire : 270 000 $
  • Mensualité hypothécaire : 993 $
  • Charges de copropriété : 200 $/mois
  • Impôt foncier : 1950 $/an
  • Valeur sur le marché : environ 325 000 $
  • Épargnes : 3900 $ (Fonds de solidarité FTQ)

La réponse

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David Paré, conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille chez Desjardins Gestion de patrimoine

Eh oui, Émilie doit faire un budget.

« Il faut savoir où vont ses dépenses. C’est la première étape pour prendre le contrôle », avise d’abord le planificateur financier David Paré, conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille chez Desjardins Gestion de patrimoine.

Car Émilie n’a été en mesure de lui fournir aucune précision sur ses dépenses variables.

C’est sur la foi de son revenu net qu’il fixe son coût de vie à 48 000 $, avant allocations familiales.

Les études

La priorité d’Émilie est de soutenir les études de ses enfants.

Pour le plus jeune, âgé de 14 ans, notre planificateur prévoit une contribution de 2500 $ par année (208 $ par mois) dans un REEE à son nom. Avec les subventions de 750 $ par année et un rendement de 3 %, il y aura accumulé quelque 15 000 $ à 18 ans.

L’aîné, âgé de 17 ans, n’est plus admissible à l’ouverture d’un REEE. À défaut, David Paré prévoit un prélèvement automatique de 200 $ à déposer dans un CELI au nom d’Émilie. Après trois ans, elle y détiendrait 7200 $, au bénéfice de son fils.

Des revenus fluctuants

Mais « où prend-on l’argent ? », pose notre conseiller.

Les allocations familiales de l’aîné prendront fin à ses 18 ans, ce qui entraînera un manque à gagner mensuel d’environ 500 $. Cependant, Émilie a bon espoir que ses enfants pourront toucher la rente d’orphelin, qui ajoutera 265 $ par mois pour chacun — quoiqu’interrompue elle aussi à 18 ans pour l’aîné.

En somme, Émilie célébrera le 18e anniversaire de son fils en essuyant une baisse de revenus de 235 $ par mois.

« Ce qui va la sauver, ce sont les 350 $ de revenus bruts par semaine de son emploi à temps partiel », ajoute David Paré.

En réponse aux interrogations d’Émilie, notre conseiller ne lui recommande pas d’encaisser l’entièreté de ce montant et de reporter les impôts au printemps. L’argent, destiné en large partie aux études de ses enfants et à un coussin de sécurité, ne sera pas déposé en REER.

Au contraire, pour éviter les mauvaises surprises au moment de sa prochaine déclaration de revenus, Émilie doit demander à son employeur de faire toutes les retenues à la source nécessaires. « Elle doit informer son employeur qu’elle a d’autres revenus, pour qu’il fasse les retenues avec le bon niveau d’impôt », ajoute-t-il.

Il estime qu’il lui resterait 210 $ par semaine, ou 900 $ par mois. Une fois prises en compte la perte d’allocations et les contributions aux épargnes d’études de ses enfants, son travail d’appoint lui procurerait donc un surplus mensuel d’environ 270 $.

En raison de l’imprécision de ses dépenses, « ça lui prend une certaine marge de manœuvre, relève David Paré. C’est pourquoi je ne lui fais pas cotiser cette somme à son REER. »

De toute manière, « sa retraite n’est pas un enjeu », constate le planificateur. Émilie bénéficie d’un excellent régime de retraite, qu’elle pourra bonifier après le départ de ses enfants.

Si l’usage montre que ces 270 $ sont véritablement excédentaires, ils s’accumuleront dans son compte. « Il serait alors pertinent de contribuer au REER », ajoute-t-il.

C’est ce qu’elle fait déjà avec sa cotisation salariale au Fonds de solidarité, qu’il recommande de poursuivre. Avec l’économie fiscale appliquée directement sur sa paie, cette discipline déjà acquise ne lui coûte que 60 $ pour une cotisation de 192 $.

Le cas du condo

Doit-elle conserver son condo ? « Je n’ai pas abordé la question sous l’angle du rendement, mais sous l’angle budgétaire », commente David Paré.

Si elle y déménage lorsque son aîné prendra son envol, ses frais de logement diminueront de 150 $ par mois – sans compter la disparition du déficit de location actuel de 100 $.

« Garder le condo et faire les paiements hypothécaires sont une autre forme d’épargne forcée. »

Dernière précaution, et non la moindre : Émilie doit urgemment mettre à jour son testament et son assurance vie.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.