La qualité la plus importante chez un investisseur est sa capacité à faire face à toutes sortes de calamités et d’évènements déplaisants dans les marchés sans capituler.

Publié le 2 juin
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

« Tout le monde a les yeux sur la courbe historique du marché, qui va vers le haut. Or, pour faire croître son argent à long terme, il faut d’abord passer à travers ce que le marché nous fait vivre à court terme. »

C’est l’une des leçons transmises par l’auteur et investisseur Morgan Housel, qui donnait une conférence virtuelle jeudi midi à l’invitation de CFA Montréal.

Partenaire à la société de capital-risque Collaborative Fund, Morgan Housel est l’auteur du succès de librairie La psychologie de l’argent : leçons sur la richesse, la cupidité et le bonheur, qui s’est écoulé à plus de 1,5 million d’exemplaires dans le monde.

Son approche consiste à s’intéresser à plusieurs phénomènes et modèles de différentes disciplines afin d’y relever des leçons utiles dans le monde de la finance et pour les investisseurs en général.

L’un des aspects souvent mal compris en investissement est le pouvoir du temps et l’importance des intérêts composés pour faire fructifier nos actifs, dit-il. Des forces qui ne peuvent jouer en notre faveur si nous achetons et vendons au gré des mouvements à court terme du marché.

À ses débuts d’investisseur à l’adolescence, Morgan Housel avoue avoir fait « toutes les erreurs possibles », en investissant dans des actions cotées en cents (penny stock en anglais), des titres très volatils qui se négocient à moins de 5 $ généralement.

« Je croyais que faire de la spéculation en séance était la façon de faire de l’argent dans les marchés, et j’ai vite perdu tout mon argent et appris ma leçon. »

Morgan Housel signale que la croissance des placements prend du temps, mais que le temps est un concept relatif. Par exemple, si vous demandez à des investisseurs s’ils investissent pour le long terme, beaucoup vont vous répondre « oui ».

« Mais si vous leur demandez de définir « long terme », beaucoup vont vous dire un an, alors qu’on sait qu’historiquement, long terme veut dire entre 10 et 20 ans au minimum. C’est très facile de sous-estimer le temps qu’il faut passer dans les marchés afin de mettre les chances de votre côté. »

M. Housel s’intéresse aussi à la façon dont l’argent peut nous rendre heureux. À ce sujet, la joute est surtout mentale, puisque la personne qui gagne un meilleur salaire mais qui dépense toujours plus n’arrivera jamais à un état de contentement. Une réalité exacerbée dans un monde où les médias sociaux nous bombardent d’images désirables, où les possibilités de voyages, de sorties au restaurant et d’achats sont infinies.

Par exemple, on considère souvent les années 1950 comme la décennie parfaite, celle où le marché était en hausse, les emplois abondants, les familles nombreuses, note Morgan Housel. Pourtant, ajusté pour l’inflation, le ménage américain moyen a deux fois plus de revenus aujourd’hui que dans les années 1950.

Comment expliquer ce décalage de perception ? « Je crois que dans les années 1950, la prospérité était mieux partagée. C’était facile pour les gens de contrôler leurs attentes. Depuis cette époque, nos salaires ont doublé, mais nos attentes ont plus que doublé. Si vos attentes augmentent plus rapidement que vos revenus, vous ne serez jamais heureux avec vos finances. »

Au cours de la dernière décennie, Morgan Housel a mis en place dans son portefeuille un système d’investissement passif qui s’appuie sur l’achat de fonds négociés en bourse (FNB) indiciels et qui offrent les rendements du marché, avec des frais de gestion modiques.

« Cela dit, je ne juge pas les autres investisseurs qui s’y prennent différemment, nuance-t-il. Je ne crois pas qu’il y ait une seule façon d’investir. J’ai trouvé la stratégie qui fonctionne pour moi et ma famille, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des douzaines de stratégies qui pourraient fonctionner pour vous. »

Réaliser qu’il faut investir à long terme – idéalement durant 25 ans, 35 ans, ou même 80 ans, dans le cas de Warren Buffett – peut être extrêmement libérateur, conclut Morgan Housel.

« Vous n’avez aucun contrôle sur ce que le marché va faire dans les semaines, les mois ou les années qui viennent, ou sur ce que l’économie va faire à court terme. La seule chose que vous contrôlez est votre propre comportement. Et quand vous comprenez que le comportement est la clé du succès en investissement, c’est dans les faits une réalisation assez optimiste. »