Patrick*, 57 ans, a tellement aimé le télétravail qu’il ne veut pas retourner au bureau. Sa conjointe, Mélanie*, 52 ans, se demande si son mari a les moyens de dire « bye-bye, boss » !

Publié le 15 mai
Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

La situation

Au début de la pandémie, Patrick a été forcé de quitter son bureau pour travailler à la maison. « Ça ne faisait pas mon affaire, dit-il au téléphone. Je ne voyais pas comment on allait faire fonctionner notre département à distance. »

« Patrick me regardait travailler à la maison avant la pandémie, et même quand il y avait des tempêtes de neige, il voulait absolument se rendre au bureau, renchérit au téléphone sa femme Mélanie. Mais depuis qu’il a été obligé de faire du télétravail, il a complètement viré son capot de bord, il ne veut plus y aller. »

Patrick se réjouit d’éviter le voyagement inutile, la circulation, et profite plus facilement du chalet qu’il a hérité de sa mère. Or, son employeur est catégorique : tous les employés doivent être présents dans ses locaux.

« On a plusieurs divisions dans l’entreprise, dont des usines, et les ouvriers sont obligés d’aller travailler sur place, explique Patrick. Pour que ce soit équitable, l’employeur veut que tout le monde revienne, même si ce n’est pas nécessaire pour les employés de bureau. »

De son côté, Mélanie, qui a quelques années de moins, n’a pas du tout envie de partir à la retraite. « J’aime mon travail, j’ai du plaisir, ça fait 26 ans que je suis là et je suis partie pour la gloire jusqu’à la fin, jusqu’à 65 ans », lance-t-elle sans hésitation.

Mais si Patrick cesse de travailler, auront-ils les moyens d’acheter une nouvelle voiture dans quelques années ? De faire quelques rénovations dans le chalet ? « On avait prévu utiliser une partie de l’héritage pour ajouter une cave de service ou une chambre supplémentaire, explique Patrick. Avec la pandémie, le coût des matériaux a augmenté et les entrepreneurs ne sont pas disponibles. On va attendre un peu. »

« Notre fille entre au cégep à l’automne, en septembre, et ne sait pas encore ce qu’elle veut faire. Alors peut-être qu’elle ne prendra pas tout le REEE [régime enregistré d’épargne-études] », suggère Mélanie.

Le couple n’a pas de régime de retraite. En observant les placements qui baissent, Patrick se dit que le moment est peut-être mal choisi pour décaisser son régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Cependant, le niveau de stress au boulot a tellement augmenté qu’il veut savoir une fois pour toutes s’il peut prendre sa retraite sans compromettre la santé financière de la famille.

Les chiffres

Patrick, 57 ans

  • Salaire : 100 000 $
  • REER : 525 400 $
  • CELI : 80 400 $
  • Placements non enregistrés : 5700 $
  • RRQ à 65 ans : 1137 $
  • Compte de banque : 20 000 $
  • REEE : 23 500 $
  • Maison : valeur de 600 000 $
  • Hypothèque : 30 600 $
  • Chalet : valeur de 200 000 $
  • Héritage : 129 000 $

Mélanie, 52 ans

  • Salaire : 90 000 $
  • REER : 330 000 $
  • CELI : 34 000 $
  • RRQ à 65 ans : 1354 $
  • Compte de banque : 20 500 $

L’analyse

Chantal Matos, planificatrice financière et directrice conseil à la Société de gestion privée des Fonds FMOQ, s’est penchée sur le dossier. Au bout du compte, elle a de bonnes nouvelles pour Patrick et Mélanie. Mais voyons ce qui l’a conduit à cette conclusion encourageante.

Tout d’abord, même si l’enfant ne fait qu’un an dans un programme reconnu, il peut retirer le REEE au complet. « Je ne mets jamais les REEE dans un plan de retraite, car je considère que c’est pour les études. Je ne l’ai pas inclus ici non plus », souligne Chantal Matos.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Chantal Matos, planificatrice financière et directrice conseil à la Société de gestion privée des Fonds FMOQ

Ensuite, Mélanie envisage de travailler encore au moins 10 ans. La planificatrice a donc élaboré un scénario dans lequel Mélanie prend sa retraite en janvier 2033. Jusqu’à cette date, elle doit profiter de ses espaces REER non utilisés, qui s’élèvent à 19 614 $, et les maximiser.

« Je lui suggère de cotiser le maximum dans ses REER étant donné qu’elle n’a pas de régime de retraite, soutient Chantal Matos. Elle peut cotiser 18 % de son revenu chaque année. Actuellement, elle cotise 10 000 $, ce qui n’est pas le maximum, c’est pour ça qu’elle a accumulé des REER non utilisés. »

Patrick devrait également prendre le maximum de REER cette année en plus de ses droits non utilisés, qui atteignent 9109 $. Il pourrait aller chercher un REER du Fonds de solidarité FTQ ou du Fondaction de la CSN si l’achat d’actions est encore offert pour cette année 2022. Il pourrait bénéficier du crédit d’impôt de 30 %.

Le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) de Patrick devrait être maximisé avec l’argent de l’héritage. « Quand il aura besoin de l’argent, il pourra aller le chercher sans être imposé. »

Le plan

Afin d’augmenter le montant de sa rente du Régime de rente du Québec, la planificatrice conseille à Patrick d’attendre à 65 ans pour la réclamer. Même chose pour Mélanie.

Dans le plan, Chantal Matos reporte également la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) à 70 ans pour les deux conjoints. « Ils pourraient le faire aussi avec la pension du Québec tant qu’ils n’ont pas besoin d’argent », souligne la planificatrice.

La meilleure stratégie serait que Patrick commence à recevoir sa rente du Québec à 68 ans, au moment où Mélanie prend sa retraite en 2033... À moins qu’elle décide de continuer jusqu’en 2035.

La planificatrice conseille fortement à Patrick de ne pas retirer de REER tout de suite.

« S’il n’a pas de revenus durant les prochaines années, sa conjointe pourra réclamer le crédit d’impôt pour époux ou conjoint de fait disponible pour un particulier qui subvient aux besoins de son conjoint. »

La valeur maximale du crédit pour l’année d’imposition 2021 était de 1729 $.

Le coût de vie

Chantal Matos félicite Mélanie pour le budget fort détaillé qu’elle lui a fourni.

« En l’analysant, je ne peux pas couper nulle part. Peut-être qu’il y aura une baisse sur le plan de l’essence, mais peut-être pas si Patrick se met à se promener plus à la retraite. »

Le coût de vie estimé à 72 993 $ par le couple a été arrondi à 75 000 $. Ce montant inclut l’hypothèque de 1000 $ par mois qui va se terminer en 2024.

La planificatrice a élaboré un plan de retraite jusqu’aux 95 ans de Mélanie. Avec le coût de vie de 75 000 $, des rendements annuels de 3,5 % et l’augmentation des dépenses et du salaire de Mélanie de 2 % par année, le couple pourra vivre qu’avec ses épargnes, sans vendre ni la maison ni le chalet.

Pour soutenir le coût de vie, Patrick devra utiliser de 15 000 $ à 20 000 $ par année pendant trois ans de son héritage, ou plus s’il se sent à l’aise, avant de commencer à décaisser ses REER.

Les rénovations

« Si j’enlève le paiement de 1000 $ par mois à partir de 2024, leur coût de vie baisse à 63 000 $ par année, note Chantal Matos. Cette somme pourrait être utilisée pour financer l’achat d’une voiture ou faire des rénovations. »

Au moment de rénover, Patrick et Mélanie devront vérifier le taux de financement offert par leur institution et calculer ce qui est le plus avantageux : payer comptant avec des CELI, l’héritage ou avec une marge hypothécaire. Tout dépendra des taux au moment opportun et des intérêts que rapportent les CELI.

Selon la spécialiste, Patrick peut dire « bye-bye, boss ! » dès demain sans crainte tandis que Mélanie pourra arrêter de travailler dans 10 ans.

« Si elle décide de continuer jusqu’à 65 ans, ce sera pour elle personnellement, parce qu’elle n’aura plus besoin de travailler », conclut la planificatrice.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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