Lorsque déjà dans la trentaine, on a un bon budget annuel consacré aux voyages et que, pour en faire plus, on prévoit des années sabbatiques ainsi qu’une retraite hâtive, il faut s’assurer qu’on ne manquera pas de fonds pour aller au bout de ses rêves.

Publié le 17 avril
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

La situation

Jonathan* (38 ans) et Thibault* (34 ans) ont quitté leur France natale pour s’installer au Québec en 2013. Jonathan gagne un salaire de 60 000 $ dans la fonction publique et bénéficie du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics depuis un an. Thibault travaille dans le privé au même salaire et a une prime annuelle d’environ 10 000 $. Jonathan a l’intention de prendre sa retraite à 55 ans, et Thibault, à 53 ans, puis ils veulent acheter une voiture et une roulotte pour parcourir le Canada et les États-Unis.

D’ici là, ils ont l’intention de prendre deux années sabbatiques, probablement en 2028 et en 2034, pour voyager et aller passer du temps avec leur famille en France.

Ils épargnent ensemble environ 30 000 $ par année et à partir de 2027, lorsque leur prêt hypothécaire sera remboursé, ils prévoient faire grimper la somme à 50 000 $.

Ils se demandent s’ils auront assez d’argent pour tout faire, ou s’ils devraient revoir certains éléments de leur planification.

Les chiffres

Propriété du couple : condo à Montréal payé 224 000 $ en 2017 avec un prêt hypothécaire qui sera remboursé en 2027

Marge de crédit hypothécaire jamais utilisée : 76 000 $

Dépenses annuelles du couple : 54 000 $, dont 16 000 $ pour les voyages

Dépenses annuelles du couple estimées pour une année sabbatique : 50 000 $

Salaire net qu’obtiendra Jonathan grâce à un congé en traitement différé pour chaque année sabbatique : 30 000 $

Dépenses annuelles du couple estimées à la retraite : 60 000 $, dont 30 000 $ pour les voyages

Jonathan

Salaire annuel : 60 000 $

REER : 57 000 $ (maximisé) investis dans des fonds communs

CELI : 40 000 $ investis dans des fonds communs et dans un compte d’épargne à intérêt élevé de 1 %

Épargne non enregistrée : 5000 $ en actions d’une entreprise

Épargne en France : 20 000 $ dans un compte à 1,5 % d’intérêt annuel

Thibault

Salaire annuel : 60 000 $ + prime d’environ 10 000 $

REER : 45 000 $ (maximisés) investis dans le Fonds de solidarité FTQ

CELI : 10 500 $ investis dans le Fonds de solidarité FTQ

Épargne non enregistrée : 1500 $

Les conseils

Des retraites à 53 et à 55 ans sont-elles réalistes ?

Jonathan et Thibault sont de vrais passionnés de voyage et ils ont l’intention d’en faire de plus en plus avec leurs années sabbatiques et leur retraite hâtive. Pour évaluer si ces projets sont réalistes en considérant leur situation financière, Marie-Ève Mc Lean, planificatrice financière chez Proactif, services financiers, a commencé par regarder leurs retraites à 55 et 53 ans sans tenir compte des années sabbatiques.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Marie-Ève Mc Lean, planificatrice financière chez Proactif, services financiers

Elle mentionne qu’il faut toutefois considérer que, comme ils sont arrivés au Québec en 2013, ils n’auront pas autant de la Régie des rentes du Québec et de la pension de la Sécurité de la vieillesse que s’ils avaient fait toute leur carrière ici.

En respectant les normes de l’Institut québécois de planification financière, elle a donc fait une prévision en considérant qu’ils vivront jusqu’à 94 ans, avec une inflation de 2 % par année et un portefeuille équilibré qui a un rendement annuel de 3,2 %.

« Leurs actifs seraient épuisés lorsque Jonathan aurait 85 ans et Thibault, 81 ans », indique Marie-Ève Mc Lean.

Il y a toutefois différents scénarios qui pourraient leur permettre d’y arriver. Par exemple, réduire leur train de vie à 51 500 $ par année. Ou encore travailler tous les deux jusqu’à 56 ans.

La planificatrice financière souligne aussi qu’il faudrait bien évaluer leurs profils d’investisseurs. « Si leurs profils sont plutôt en croissance, le rendement potentiel pourrait approcher du 5 %, ce qui leur permettrait d’atteindre leurs objectifs sans réduire leur train de vie. »

Les années sabbatiques sont-elles réalistes ?

Si on prend le scénario voulu au départ et qu’on ajoute les deux années sabbatiques, le couple viendrait au bout de ses actifs à 79 et 83 ans.

« J’ai dû réduire un peu l’épargne du couple les années avant les congés, parce que leur capacité sera réduite alors que Jonathan aura un salaire moindre dû aux congés à traitement différé, explique Marie-Ève Mc Lean. Cela influera sur la croissance à long terme des placements. »

Elle a ensuite regardé le scénario consistant à prendre seulement une année sabbatique, en 2034, car cela leur donnerait plus d’années pour économiser une fois que la maison sera payée.

« Pour que cela fonctionne, il faudrait que les deux prennent leur retraite à 55 ans et qu’ils réduisent leur train de vie à 58 000 $ », indique-t-elle.

Elle souligne aussi qu’ils pourraient décider de prendre deux fois six mois sabbatiques. « L’épargne, en raison du rendement composé, serait moins touchée à long terme, et ils partiraient quand même deux fois », précise-t-elle.

Pour financer une année sabbatique, beaucoup puisent dans leurs régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), mais ce ne serait pas la solution pour ce couple, qui a besoin de 20 000 $. « D’abord, parce que Jonathan aura un salaire, donc même les premiers dollars sortis du REER seraient imposés, affirme Marie-Ève Mc Lean. Aussi, parce que leurs REER sont maximisés et que s’ils retirent des sommes, ils ne retrouveront pas leurs droits de cotisation, contrairement au CELI [compte d’épargne libre d’impôt]. Ils devraient donc privilégier le CELI, ou la marge de crédit hypothécaire, en fonction de son taux d’intérêt par rapport à ce qu’ils pensent pouvoir aller chercher en rendement dans leur CELI. »

Placements et autres solutions possibles

Marie-Ève Mc Lean invite aussi Jonathan et Thibault à revoir leurs placements.

« Ils sont très peu diversifiés, par exemple avec Thibault, qui a tout investi dans le Fonds de solidarité FTQ, qui est composé principalement d’actions québécoises, fait-elle remarquer. En plus, ce fonds a des règles sévères qui empêchent de retirer des sommes pour financer une année sabbatique. »

Enfin, d’autres stratégies pourraient être envisagées par le couple pour financer ses projets. Par exemple, au lieu de se dépêcher à payer leur condominium, les conjoints pourraient faire le contraire : le payer plus lentement pour épargner davantage.

« Ce n’est pas une stratégie faite pour tout le monde, mais ça pourrait être intéressant parce que les taux d’intérêt des prêts hypothécaires sont faibles et que, selon leur profil d’investisseur, ils pourraient avoir un rendement de leurs placements plus élevés. Mais ils devraient être à l’aise avec le risque que cela comporte et renoncer à la paix d’esprit de ne plus avoir de dettes. »

Elle souligne qu’ils pourraient aussi vendre leur condo une fois qu’ils achèteront leur roulotte à la retraite pour voyager.

« Cette décision leur donnerait la liquidité pour faire tous leurs projets sans changer leur scénario initial de retraite et d’années sabbatiques », précise-t-elle.

Mais, chose certaine, leurs projets ont de grandes répercussions financières, et ils doivent les planifier rigoureusement.

« Leur budget doit vraiment être solide, parce qu’on parle de devoir vivre environ 40 ans sans revenus, précise-t-elle. Ils doivent être prudents, d’autant qu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, et les prévisions n’indiquent pas que les rendements boursiers seront aussi élevés dans les prochaines années que ce qu’on a connu dernièrement. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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