(Ottawa) À mesure que la cadence annuelle de l’inflation accélère, les investisseurs qui dépendent de leurs portefeuilles pour générer des revenus peuvent envisager des actions versant des dividendes comme un moyen de les aider à faire face à la hausse du coût de la vie, font valoir des experts.

Publié le 14 déc. 2021
Craig Wong La Presse Canadienne

Laura Barclay, gestionnaire de portefeuille principale chez Gestion de patrimoine TD, souligne qu’après impôts et inflation, le rendement de produits comme les certificats de placement garanti (CPG) et les obligations d’État offrent actuellement un rendement négatif pour les investisseurs.

« Cela me laisse croire que les investisseurs ne veulent pas loger à cette enseigne », illustre Mme Barclay.

Si on est capable de tolérer ce rendement négatif, on est probablement capable de tolérer simplement la volatilité qu’on sait qu’un portefeuille produira d’une manière ou d’une autre.

Laura Barclay, gestionnaire de portefeuille principale chez Gestion de patrimoine TD

L’inflation a toujours été un risque pour les retraités, puisqu’elle érode lentement le pouvoir d’achat de toute personne ayant un revenu fixe.

Et comme les taux d’intérêt n’ont cessé de baisser au cours des dernières décennies, les investisseurs à la recherche de rendement ont dû prendre davantage de risques pour trouver des investissements générant des revenus. Cependant, la récente flambée de l’inflation a remis le problème au premier plan.

« La protection contre l’inflation est essentielle », a estimé Mme Barclay.

Les actions versant des dividendes offrent une protection contre l’inflation grâce à leurs rendements plus élevés que ceux des CPG ou des obligations, avec un potentiel d’augmentation des dividendes avec le temps, à mesure que les entreprises se développent. Les dividendes admissibles de sociétés canadiennes bénéficient également d’un traitement fiscal préférentiel par rapport aux revenus d’intérêts provenant de placements comme les CPG, les obligations ou les dépôts à terme.

Plus de risques

Cependant, bien que bon nombre des sociétés populaires versant des dividendes au Canada soient de grandes entreprises de premier ordre, elles comportent plus de risques que les CPG ou les obligations d’État. Les cours des actions montent et descendent, et les entreprises peuvent réduire leurs paiements habituels aux actionnaires si elles se trouvent dans une période difficile ou si elles décident d’utiliser l’argent pour autre chose.

Lorsque la pandémie a frappé au printemps 2020, de nombreuses sociétés énergétiques qui versaient de riches dividendes ont fait volte-face pour s’ajuster au plongeon du prix du pétrole. Et même si les grandes banques canadiennes ont continué à faire leurs paiements habituels, la valeur de leurs actions a plongé au début de la pandémie et le Bureau du surintendant des institutions financières leur a interdit d’augmenter leurs dividendes – une restriction qui a pris fin le mois dernier.

Lisa Applegath, gestionnaire de portefeuille chez CIBC Wood Gundy, a souligné que les actions à dividende étaient excellentes, mais que même les meilleures d’entre elles pouvaient être volatiles.

Je l’ai vécu à plusieurs reprises au cours de ma carrière, mais si on pense à […] mars 2020, même les actions des banques étaient en baisse.

Lisa Applegath, gestionnaire de portefeuille chez CIBC Wood Gundy

Mme Applegath a ajouté que ceux qui envisageaient des actions à dividende devaient être capables de gérer les fluctuations de valeur.

Lors de l’évaluation des sociétés versant des dividendes pour un portefeuille de revenus, Mme Applegath juge qu’il faut tenir compte de plusieurs aspects – notamment l’excellence des bilans et la croissance des dividendes.

Elle met en garde contre l’établissement d’une liste de sociétés versant des dividendes pour en sélectionner les actions les plus rentables.

« C’est à éviter absolument », assure-t-elle, car cela peut mal tourner si une entreprise verse un dividende qu’elle n’est pas capable de soutenir à plus long terme.

En l’absence de croissance de dividende ou d’actifs en croissance dans son portefeuille, un investisseur devrait utiliser une partie de son capital pour parer la cadence de l’inflation, une situation avec laquelle il pourrait ne pas être à l’aise.

« Les problèmes de l’inflation ne s’étaient pas fait ressentir de la sorte depuis très longtemps. »