Louise* a travaillé toute sa vie en économisant même si elle a la chance d’avoir un régime de retraite généreux qui couvre bien au-delà de ses besoins. Elle se demande si elle devrait sécuriser ses placements en prévision de la transformation de son régime enregistré d’épargne-retraite (REER) en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR).

Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

La situation

À 67 ans, Louise est à la retraite depuis déjà 12 ans. Son ancien employeur continue de lui fournir un régime généreux d’assurances et elle a un régime de retraite. Si on y additionne le Régime de rentes du Québec et la pension de la Sécurité de la vieillesse, elle reçoit 2800 $ net par mois. Alors que sa petite maison est payée et sa voiture aussi, elle évalue que ses besoins de base tournent autour de 1000 $ seulement par mois. Elle aime aussi faire des croisières, environ tous les trois ans, et de petits voyages au Québec. Avec ce train de vie, la femme divorcée sans nouveau conjoint ne dépense pas ce qu’elle reçoit chaque mois avec ses pensions. Elle continue donc de maximiser son CELI chaque année, puis elle donne le reste à ses enfants. « Je leur donne beaucoup de mon vivant et ce qui restera, ce sera un plus pour eux. »

Comme économies, elle a aussi des placements non enregistrés, en plus de son CELI et de son REER. Tous ses placements sont dans un portefeuille équilibré. Son conseiller à son institution financière lui dit qu’à l’âge où elle est rendue, considérant qu’elle devra transformer son REER en FERR à 71 ans puis faire les retraits minimums, elle devrait sécuriser ses placements. « Qu’en pensez-vous ? »

Les chiffres

  • REER : 154 000 $
  • CELI : 108 000 $
  • Placements non enregistrés : 37 000 $
  • Trois pensions nettes par mois : 2800 $
  • Dépenses mensuelles : 1000 $

La solution

Avant toute chose, Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond Services Financiers, souhaite faire prendre conscience d’une chose à Louise.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond Services Financiers

« Si jamais elle arrivait à dépenser 2800 $ par mois, donc sans continuer à investir dans son CELI, elle léguerait 656 000 $ à ses enfants, en plus de sa maison payée. »

À l’inverse, il indique que si elle arrivait à dépenser tellement qu’elle ne laisserait plus rien à ses enfants à son décès à 94 ans, il faudrait qu’elle dépense 3850 $ par mois jusqu’à la fin de ses jours.

Pour réaliser ces projections, Simon Préfontaine a tenu compte que, d’après l’Institut québécois de planification financière, un portefeuille équilibré a un rendement annuel moyen de 5,2 %. Il a aussi considéré qu’elle vivrait jusqu’à 94 ans puisqu’elle a 25 % de chances de se rendre jusque-là.

Commencer à rêver

Sans nécessairement aller dans l’extrême, le planificateur financier a envie de dire à Louise de commencer à rêver.

Souvent, quelqu’un qui a toujours eu un petit train de vie n’est pas capable de dépenser plus. Mais, sans commencer à dépenser pour dépenser, Louise peut se demander ce qui lui ferait plaisir. Si j’étais son planificateur financier, je la ferais me parler de ses rêves.

Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond Services Financiers

Évidemment, comme elle aime les croisières, pourquoi ne pas en faire une chaque année ? Et comme elle a des enfants, pourquoi ne pas envisager de les inviter une année ? « Cela pourrait être un beau moment à vivre en famille que tout le monde se rappellerait », indique M. Préfontaine.

Si pour elle, la santé est importante, il remarque qu’elle pourrait commencer à faire son épicerie en n’achetant que des produits biologiques, par exemple.

« Si elle dépense davantage, il faut que ce soit en fonction de ses valeurs, prévient-il. Si elle ne dépense pas plus, tout ce qu’elle a accumulé au courant de sa vie ira à ses enfants, alors que ce n’est pas une priorité pour elle. »

Pourquoi sécuriser ses placements ?

Simon Préfontaine remarque que souvent, des personnes âgées se font conseiller de sécuriser leurs placements en raison de leur âge. « Mais, chaque cas est différent », nuance-t-il.

Louise, par exemple, n’a pas besoin des sommes qu’elle a économisées. « La seule raison que je verrais pour laquelle elle devrait sécuriser ses placements, c’est si les fluctuations lui causent un stress, affirme-t-il. C’est un luxe qu’elle peut se payer. »

Parce que qui dit placements plus sûrs dit moins de rendement.

« Opter pour un portefeuille plus sécuritaire pourrait faire en sorte qu’elle léguerait moins d’argent à ses enfants à son décès », ajoute-t-il.

Les retraits du FERR

Ainsi, Simon Préfontaine n’est pas du tout inquiet des sommes qu’elle devra sortir de son FERR chaque année à partir de 72 ans.

« Dans son cas, elle devra sortir environ 10 000 $ l’année de ses 72 ans, alors c’est très peu par rapport à tout ce qu’elle a dans son portefeuille », affirme-t-il.

Et comme elle n’en aura pas besoin, elle paiera un peu d’impôt sur la somme et pourra même la réinvestir dans son CELI. Même si elle doit sortir de l’argent de son FERR dans un mauvais moment, il faudrait plusieurs années négatives pour qu’elle commence à voir des impacts.

Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond Services Financiers

Maximiser encore plus l’héritage

Si Louise est à l’aise de garder un portefeuille équilibré, Simon Préfontaine lui suggère d’envisager une stratégie pour réduire sa facture fiscale.

« Pour son CELI, elle pourrait investir dans un portefeuille risqué parce qu’elle ne paie pas d’impôt sur le rendement. Puis, pour son REER ou son FERR, elle pourrait investir dans un portefeuille sécuritaire, donc qui rapporte moins, puisque les sommes sont imposables au retrait. L’addition des deux comptes lui donnerait un portefeuille équilibré, mais avec moins d’impôts à payer. »

Il précise toutefois qu’il faudrait rééquilibrer le CELI chaque fois qu’elle retirerait une somme de son REER ou de son FERR pour que son portefeuille continue de représenter son profil d’investisseur.

« Mais, on est dans les détails. Le plus important, c’est que Louise arrive à dépenser ses économies en suivant ses valeurs et, j’espère, en réalisant quelques rêves. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.

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