Employée du gouvernement fédéral depuis une vingtaine d’années, Amélie, 47 ans, envisage un projet de retraite hâtive dans quatre ou cinq ans.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

La situation

Cette mère célibataire d’un garçon de 12 ans qui commence le secondaire au privé serait alors au début de la cinquantaine.

« Je veux vérifier si mon projet de retraite hâtive est une option viable, financièrement, en fonction de la continuité de mon train de vie familial », résume Amélie lors d’une conversation avec La Presse.

Et dans le cas contraire, Amélie cherche conseil sur les meilleurs moyens de rehausser et d’optimiser sa situation financière au cours des prochaines années, afin de pouvoir donner suite à son projet de retraite hâtive.

La situation d’Amélie a été soumise pour analyse-conseil à Josiane Parisien, planificatrice financière au Groupe Desbiens, Naoum, Parisien de Montréal, affilié à la division RBC Gestion de patrimoine de la Banque Royale.

Les chiffres

Amélie*, 47 ans, mère célibataire d’un garçon de 12 ans

Actifs financiers :
en régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 19 000 $
en compte d’épargne-placement non enregistré : 4300 $
en compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 0 $
en régime enregistré d’épargne-études (REEE) : 0 $
en compte d’épargne conjoint avec le père de l’enfant : environ 12 600 $
en régime de retraite des employés fédéraux : futures rentes viagères de 38 000 $ à 62 000 $ par an, selon l’âge de la retraite

Actifs non financiers :
résidence principale : 350 000 $

Passif :
marge de crédit hypothécaire : 3700 $

Revenus annuels :
emploi salarié : 92 000 $ (brut, env. 57 000 $ net)
allocations familiales : 4900 $

Principaux débours annualisés :
liés à la résidence : environ 10 000 $
(taxes, énergie, télécoms, assurances, entretien)
liés au style de vie familial : environ 25 000 $
(alimentation et vêtements, scolarité, transports, loisirs/voyages, etc.)
liés à l’épargne-placement : environ 5000 $

Les conseils de l’experte

D’emblée, Josiane Parisien constate que le projet de retraite hâtive d’Amélie est avantagé par « une situation professionnelle stable et un régime de retraite à prestations déterminées qui offre la sécurité de revenu jusqu’en fin de vie, peu importe les aléas des marchés financiers ».

« Il s’agit d’avantages non négligeables, mais seront-ils suffisants pour financer adéquatement son projet de retraite hâtive à 52 ans ? Tout dépend du coût de la vie d’Amélie durant ses nombreuses années de retraite », avertit Mme Parisien.

PHOTO TERESA HOLDEN STE-MARIE, FOURNIE PAR JOSIANE PARISIEN

Josiane Parisien, planificatrice financière au Groupe Desbiens, Naoum, Parisien de Montréal

Mais avant de poursuivre avec l’analyse-conseil du projet de retraite d’Amélie, la planificatrice lui suggère de modifier rapidement une lacune constatée dans ses priorités d’épargne courantes.

« Avec son épargne de 5000 $ par année, Amélie devrait privilégier la maximisation de la cotisation annuelle à un régime enregistré d’épargne-études [REEE] pour son fils de 12 ans », indique Mme Parisien.

« Au rythme de six cotisations de 5000 $ par année jusqu’à son âge limite de 17 ans, le montant de 30 000 $ en cotisations accumulées dans le REEE du fils pourrait être bonifié de 9000 $ en subventions fiscales lorsqu’il débutera ses études postsecondaires et qu’il pourra commencer l’utilisation des fonds accumulés dans le REEE. »

Confirmer le coût de vie ?

Concernant le projet de retraite hâtive d’Amélie, Josiane Parisien tient à lui rappeler que « le coût de vie est l’une des données les plus importantes pour déterminer la viabilité financière d’un projet de retraite ».

Or, la planificatrice financière remet en question les chiffres de coût de vie courant calculés par Amélie, qui totalisent 35 000 $ par année.

« En utilisant un calcul qui est couramment utilisé en planification financière pour éviter la sous-estimation du coût de vie réel, c’est-à-dire le résultat de la soustraction de l’épargne annuelle [5000 $] du revenu net [environ 57 000 $], j’en arrive à une estimation de coût de vie d’au moins 50 000 $. C’est plus élevé que l’estimation de 35 000 $ calculée par Amélie », signale Mme Parisien.

Par conséquent, à la question d’Amélie sur le maintien de son train de vie en cas de retraite hâtive à 52 ans, la planificatrice financière doit s’en tenir à une réponse nuancée.

« Si le coût de vie d’Amélie avec son fils adolescent est vraiment de 35 000 $ par année, la réponse serait positive parce qu’il s’agit du montant estimé de sa prestation de régime de retraite à partir de 2026, au début de sa retraite hâtive », explique Josiane Parisien.

En contrepartie, la réponse est négative si le coût de vie réel s’avère plus élevé que cette estimation de 35 000 $, avertit-elle, avant de proposer quelques pistes de solution.

Retarder la retraite hâtive ?

En premier lieu, « Amélie pourrait consolider la viabilité financière de son projet de retraite hâtive en 2026 si elle parvient d’ici là à confirmer et à stabiliser son coût de vie réel aux environs de 35 000 $ par année, indexé à l’inflation », souligne la planificatrice financière.

Mais si cette contrainte budgétaire s’avère trop difficile pour la qualité de vie d’Amélie et de son fils, Josiane Parisien lui propose deux autres scénarios pour la préparation de son projet de retraite.

« Amélie pourrait reporter sa retraite de quelques années afin de rehausser le montant de sa rente viagère en diminuant la pénalité pour retraite hâtive », indique la planificatrice.

« D’après son relevé de contributions au régime de retraite des employés fédéraux, le fait d’attendre trois ans supplémentaires lui permettrait de bonifier sa rente annuelle d’au moins 12 000 $, ce qui lui donnerait plus de latitude dans son budget de retraite », explique Mme Parisien.

« Entre-temps, aussi, Amélie pourrait utiliser ses quelques années additionnelles de revenu d’emploi afin de bonifier son épargne personnelle de quelques dizaines de milliers de dollars. »

Encaisser l’actif en régime de retraite ?

En deuxième scénario, la planificatrice financière propose à Amélie de maintenir son projet de fin d’emploi en 2026. Mais au lieu d’encaisser une rente de retraite anticipée et d’un montant pénalisé, Amélie devrait envisager de « prendre alors la valeur de transfert de son actif en régime de retraite d’employé fédéral, dont le montant sans pénalité devrait s’élever à 1 million selon son plus récent relevé personnel ».

Selon ses calculs, Josiane Parisien estime qu’un rendement annualisé de 6 % sur un tel montant d’actif financier pourrait permettre à Amélie d’avoir des revenus pour un train de vie de l’ordre de 40 000 $ par année, ce qui serait « supérieur au montant des rentes de retraite hâtive prévu dans le cadre de son régime de retraite d’employé fédéral ».

Toutefois, prévient Mme Parisien « il y a des risques financiers » associés à un tel scénario de projet de retraite hâtive.

« Amélie deviendrait alors responsable de bien faire fructifier cet actif et de vivre avec les fluctuations des marchés financiers », souligne la planificatrice financière.

« Amélie devrait aussi prendre soin de bien gérer ses montants de retrait annuels afin de ne pas épuiser prématurément son capital de retraite. Si elle y parvient, Amélie aurait aussi une réserve de capital en fin de vie qu’elle pourrait alors léguer à son fils, si tel est son souhait. Elle ne pourrait pas faire un tel transfert dans le cas d’une rente viagère d’un régime de retraite d’employé fédéral. »

En fin de compte, quelle recommandation finale pour Amélie ?

« Parmi les options proposées pour son projet de retraite hâtive, la plus rentable et la plus sûre financièrement à moyen et long terme serait de reporter cette retraite de seulement trois ans, et de pouvoir profiter ensuite d’une rente plus élevée et sécurisée jusqu’à la fin de ses jours », croit Josiane Parisien.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.

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