Explosion du prix du bois d’œuvre, de l’immobilier et de la main-d’œuvre, « rattrapage » des assureurs qui ont augmenté les prix de 30 % depuis 2016 : tout laissait croire que les Québécois allaient encore subir d’importantes hausses de primes d’assurance habitation en 2020. Ça n’a pas été le cas, constatent la plupart des experts dans ce domaine, une pause bienvenue confirmée par Statistique Canada, mais contestée par certains.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Hausse constante

Ce n’est pas d’hier que les primes d’assurance habitation augmentent plus vite que le coût de la vie. Selon Statistique Canada, qui a pris comme point de référence l’année 2002, l’écart s’est presque constamment et graduellement creusé entre les deux, comme le montre ce tableau.

À l’exception des années 2010, 2011 et 2015, l’augmentation des primes a systématiquement été plus élevée que l’inflation. Mais c’est surtout depuis 2016 que les assureurs ont entrepris ce qui a été qualifié de « rattrapage », ce qui a entraîné une hausse moyenne de 30 % des primes. Surprise : à partir d’avril 2020, la différence n’a été que de 1,1 point de pourcentage, indique Statistique Canada.

« Les primes en assurance habitation sont plutôt stables cette année », confirme Valérie Lamarre, porte-parole au Mouvement Desjardins.

« Ç’a été une bonne année pour les consommateurs, résume Suzanne Michaud, de CAA-Québec. En ce qui concerne le niveau global des taux, je vous confirme qu’on ne voit pas d’augmentation importante. »

Au Bureau d’assurance du Canada (BAC), on n’a pas encore compilé les statistiques pour 2020, mais on rappelle que nombre d’assureurs ont instauré des « mesures particulières » depuis un an.

« Dès les premières semaines de la pandémie, les assureurs ont mis en place des mesures concrètes, notamment pour aider les assurés et refléter le fait que nombre d’entre eux ne prenaient plus leur automobile, explique Pauline Triplet, porte-parole du BAC. Cela représente une aide totalisant 2,4 milliards de dollars à l’échelle du Canada, pour tous les secteurs de l’assurance de dommages, habitation, automobile et entreprises. »

« Impossible »

Les données de Statistique Canada et les constats de certains intervenants laissent toutefois Louis-Thomas Labbé perplexe. Le président du conseil de GPL-Gallagher, courtier qui compte quelque 11 000 clients au Québec, évalue plutôt la hausse des primes pour sa clientèle en assurance habitation en 2021 à plus de 8 %, après une hausse de 13 % en 2020.

« Si on fait une analyse de tout le marché, probablement que certains assureurs ont moins augmenté. Certains ont été très offensifs pour attirer de nouveaux clients, mais les clients actuels ont été poivrés. Seulement 1 % ? C’est impossible. »

L’estimation de M. Labbé rejoint par ailleurs, à quelques décimales près, celle d’Applied, firme de l’Illinois fondée en 1983. Dans son rapport pour le premier trimestre 2021, on établit à 8,6 % au Québec la hausse subie par les clients depuis le premier trimestre 2020.

Inflation et atténuation

Tous les éléments étaient effectivement présents pour une hausse des primes, à commencer par des coûts de reconstruction qui ont augmenté de 7 % entre février 2020 et 2021, selon Statistique Canada, résultat de l’inflation galopante du prix de certains matériaux et de la main-d’œuvre en construction.

De mars 2020 à 2021, au Québec, le prix médian d’une maison individuelle a grimpé de 27 %, un élément qui finit par se répercuter sur les primes d’assurance. Selon le BAC, le coût moyen des sinistres grimpe constamment, ayant atteint 13 527 $ en 2018, dernière année où on a compilé cette statistique.

Manifestement, certains facteurs sont venus atténuer les impacts de cette inflation, selon la majorité des experts consultés. Le fait que quatre adultes sur dix au Québec soient en télétravail leur permet notamment d’intervenir plus rapidement en cas de sinistre. Les dommages par l’eau, par exemple, ont représenté 800 millions en indemnités versées au Québec en 2019, soit « 47 % du total des indemnités versées par les assureurs », indique-t-on au BAC.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Maxime Poulin, vice-président associé au Groupe Ostiguy & Gendron

La présence à la maison des assurés n’a certainement pas nui, mais elle n’explique pas tout, tempère Maxime Poulin, vice-président associé au Groupe Ostiguy & Gendron. « C’est sûr que c’est un facteur, mais le fait que vous soyez à la maison peut présenter plus de risques en matière de responsabilité civile. Si je reçois un client chez moi et qu’il se blesse, est-ce qu’il va me poursuivre ? Si je suis à la maison pendant un dégât d’eau, oui, je peux le constater, mais je ne vais pas l’éviter à 100 %. »

Il croit plutôt que les assureurs ont tout simplement atteint « un certain équilibre au chapitre de la rentabilité, après un cycle de correction ». Les hausses des années précédentes, combinées à une année plutôt calme au chapitre des catastrophes naturelles, ont pu leur assurer une certaine profitabilité. Et ce, même si les taux d’intérêt bas sont venus affecter les revenus de placement des assureurs, explique-t-il.

Même constat pour Mathieu Brunet, président du conseil d’administration du Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ), qui regroupe quelque 3000 courtiers, et propriétaire de MP2B Assurance. Il y voit en fait un mélange des deux facteurs. « Les résultats des compagnies d’assurances ont été plus profitables [...] et il y a eu un impact positif sur les résultats techniques, soit les primes souscrites comparées aux réclamations payées. Les ratios ont été très bons pour une grande partie des assureurs. »

La « microtarification »

Évidemment, les moyennes d’augmentation de primes ne disent pas tout. Certains assurés peuvent avoir subi des hausses vertigineuses pour la même résidence depuis un an, tandis que d’autres auront bénéficié d’une réduction ou d’une couverture élargie. D’autres garderont la même prime même si leur résidence a pris de la valeur.

« Les gens vont parfois s’étonner parce que leur prime d’assurance a augmenté, indique Pauline Triplet, de CAA-Québec. Ce qu’on ne sait pas, c’est qu’eux-mêmes ont pu augmenter la valeur de ce qui était assuré. »

L’autre facteur qui a pris beaucoup plus d’importance depuis quelques années, c’est ce qu’on appelle la « microtarification », une prime basée sur un ensemble d’éléments variant d’un assureur à l’autre. La cote de crédit, notamment, a fait son apparition pour évaluer le risque lié à un assuré.

« Chaque assureur a un peu sa recette de tarification, qui n’est pas divulguée, explique Mathieu Brunet. Et ce n’est pas toujours néfaste ou aux dépens de l’assuré, ça permet parfois d’aller chercher de petits rabais. »

Quatre façons d’économiser

Comparaison

C’est le conseil numéro un de tous les courtiers. « Si ça fait trois ou quatre ans que nous n’avez pas magasiné votre assurance, prenez le téléphone et faites-le ! », lance Suzanne Michaud, de CAA-Québec. Un courtier est un professionnel qui fait affaire avec plusieurs assureurs, au moins trois. L’assurance est une industrie concurrentielle, rappelle le Bureau d’assurance du Canada, « où plusieurs entreprises se disputent le marché et les tarifs peuvent varier d’un assureur à l’autre ». Attention : une prime plus basse peut également signifier une protection moins étendue.

Attention

Caméras qui peuvent enregistrer ce qui se passe autour de la maison, système d’alarme relié à une centrale, valve intelligente qui coupe l’eau en cas de fuite : presque tous les assureurs apprécient ces ajouts et font bénéficier leurs clients de rabais substantiels. On pourrait intégrer à ce conseil tout l’entretien périodique en bonne et due forme de la maison, sa plomberie, son électricité et sa toiture, une façon d’éviter les surprises qui vont engendrer des réclamations d’assurances.

Consolidation

Il est pratiquement toujours payant de combiner plusieurs assurances, généralement automobile et habitation, auprès de la même compagnie. Les rabais vont jusqu’à 15 %. Par la suite, même sans changement d’assureur, il est payant de réviser à intervalles réguliers sa couverture, mentionner les ajouts, les rénovations et les changements d’habitudes, revoir les clauses et la valeur des biens assurés. Ce pourrait également être l’occasion de réévaluer à la hausse votre franchise, une bonne source potentielle d’économies... si on ne fait pas de réclamation.

Crédit

Les assureurs utilisent de plus en plus d’informations qui ne semblent pas avoir un lien direct avec le risque que représente un assuré, mais qui ont bel et bien une influence sur la prime. La plus étonnante, a priori, c’est l’impact de la cote de crédit. « On s’est rendu compte que les gens qui avaient une mauvaise cote de crédit avaient tendance à plus réclamer », explique Suzanne Michaud, de CAA-Québec. Il faut soigner sa cote de crédit, notamment en faisant ses paiements à temps et en réduisant son endettement.