Grâce au télétravail, à l’absence de voyages, de sorties au restaurant et de spectacles, une nouvelle sorte de magot est apparue. Je l’ai baptisée l’épargne-COVID.

Marie-Eve Fournier
Marie-Eve Fournier La Presse

L’un des effets les plus désolants de la pandémie est l’accroissement des inégalités. Les moins nantis – principalement des femmes et des jeunes – ont été nombreux à perdre leur travail, à devoir se rabattre sur les programmes d’Ottawa, à reporter leurs paiements.

Pendant ce temps, les plus riches ont généralement conservé leur gagne-pain et ont pu facilement économiser comme jamais auparavant. Sans trop d’efforts. Simplement parce que les occasions de dépenser étaient plus rares.

On a aussi économisé par prudence, vu le climat incertain, a récemment expliqué le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Lawrence Schembri, dans une conférence.

Ainsi, les ménages canadiens ont dépensé, en moyenne, 4000 $ de moins en 2020 qu’en 2019.

« Ces fortes variations des revenus et des dépenses ont provoqué en 2020 une hausse inédite de l’épargne au Canada, de l’ordre de 180 milliards de dollars : c’est grosso modo 5800 $ par Canadien », a détaillé M. Schembri.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA BANQUE DU CANADA

Lawrence Schembri, sous-gouverneur de la Banque du Canada

Certes, l’épargne-COVID n’est pas une réalité universelle.

Certains ménages se sont lancés dans des dépenses imprévues importantes, indique Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez RGP Gestion de patrimoine, à Québec. Les piscines ont été particulièrement populaires, les spas, les aménagements paysagers, les rénovations domiciliaires et les chalets.

Mais tout compte fait, un peu plus de la moitié des Québécois (54 %) ont épargné davantage qu’en temps normal, selon un récent sondage de la Banque Scotia. Cela se compare à 46 % dans les autres provinces.

Pour le moment « on dirait que le gros du surplus d’épargne dort dans des comptes bancaires », a affirmé M. Schembri.

De fait, la valeur totale des dépôts de particuliers a augmenté de 150 milliards de dollars entre février et décembre 2020. C’est à peu près 100 milliards de plus que ce qui aurait été épargné si le rythme moyen de croissance des dépôts de la dernière décennie s’était maintenu.

Évidemment, il serait bête de laisser dormir ses nouvelles économies dans un compte-chèques qui ne rapporte aucun intérêt. Sauf si cela permet d’atteindre ce seuil minimal de quelques milliers de dollars qui permet d’éviter de payer des frais sur chacune de ses transactions courantes, souligne Charles Rioux Rousseau.

« Épargner de 5 à 10 $ par mois de frais bancaires, ce n’est pas un vrai rendement. Mais ce sont des économies qui peuvent s’apparenter à un rendement libre d’impôts. »

Si on détient déjà quelques milliers de dollars dans son compte-chèques, c’est l’occasion parfaite de commencer ou de compléter ce fameux fonds d’urgence trop souvent négligé. Les conseillers financiers ne cessent de répéter qu’il faut mettre de côté de trois à six mois de dépenses pour parer aux imprévus.

Où mettre cette somme ? « Il faut un placement conservateur et liquide », résume Charles Rioux Rousseau, c’est-à-dire encaissable rapidement et sans incidence financière. Il peut s’agir d’un fonds du marché monétaire (puisque la valeur fluctue peu), d’un CPG à courte échéance ou d’un compte d’épargne à intérêt élevé. Évidemment, ces placements rapportent peu, ce qui représente « un coût », en quelque sorte, à ne pas négliger dans son évaluation.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez RGP Gestion de patrimoine

Le remboursement de la carte de crédit à un taux d’intérêt avoisinant les 20 % (ou d’un prêt personnel) est aussi une option à privilégier. L’expert conseille d’évaluer son besoin d’avoir un fonds d’urgence (selon sa situation professionnelle et ses assurances invalidité) afin d’établir ses priorités.

Si le solde de votre carte de crédit est à zéro et que votre compte d’épargne libre d’impôt (CELI) est plein (75 500 $ versés depuis 2009), n’oubliez pas le REEE. Le régime enregistré d’épargne-études permet d’épargner à l’abri de l’impôt en prévision des études postsecondaires de son enfant et… d’obtenir des subventions gouvernementales. Pour chaque dollar investi, l’État vous donne 30 cents. Un rendement automatique de 30 % ! On serait fou de s’en priver.

Charles Rioux Rousseau suggère par ailleurs de porter attention aux publicités des banques. Certaines promotions – cadeau à l’ouverture, intérêts élevés les premiers mois – sont alléchantes. La somme pourra être utilisée pour un projet spécial.

L’épargne-COVID pourrait aussi être versée dans votre REER dès maintenant. Ça ne sert à rien d’attendre en janvier ou février.

L’occasion est par ailleurs parfaite pour prendre conscience de ses revenus et de la façon dont on dépense son argent, fait remarquer Charles Rioux Rousseau. Il suggère aussi de « commencer à réaliser de l’épargne systématique ». Si ça se trouve, vous pourrez conserver cette bonne habitude une fois la pandémie terminée.

En plus, les risques de folies dépensières seront moins grands si vous avez sorti votre argent de votre compte-chèques pour le placer dans un autre compte moins accessible. Car il faut l’admettre, on a tous hâte de se payer la traite au restaurant et de se récompenser d’une manière ou d’une autre, comme l’écrit ma collègue Isabelle Dubé dans l’écran précédent. C’est humain. C’est normal.

Mais on peut se jouer un petit tour à soi-même pour éviter les excès. Et faire illico la liste de toutes ces choses gratuites qui nous manquent et seront tout aussi gratifiantes.