Éric* et Julie* se préparent à vendre leur propriété pour acheter une part de la maison bigénérationnelle, déjà payée, des parents de Julie. Comme ils ne sont pas obligés de mettre une mise de fonds, ils se demandent s’ils devraient investir sur les marchés financiers la somme qu’ils recevront de la vente de leur maison.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

La situation

Éric et Julie ont trois jeunes enfants. En juillet, ils iront s’installer dans la maison bigénérationnelle des parents de Julie. Le couple achètera sa part de la maison pour 350 000 $. Comme la propriété est complètement payée, le couple peut obtenir un prêt hypothécaire sans avoir besoin de mettre une mise de fonds.

« La vente de notre maison nous rapportera 190 000 $, précise Éric. Comme les taux d’intérêt des prêts hypothécaires sont très bas, nous nous demandons si nous devrions prendre cette somme et la mettre dans nos comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) plutôt que de prendre cette somme pour la mettre comme mise de fonds pour la maison afin d’avoir un moins gros prêt hypothécaire. » Éric et Julie n’ont jamais contribué à leurs CELI et ils ont aussi tous les deux beaucoup de cotisations REER non utilisées.

« Quelle est la meilleure stratégie ? », se demande Éric.

Les chiffres

Éric
Salaire : 65 000 $
REER collectif avec son employeur : 90 000 $
REER personnel : 37 000 $
CELI : 0 $
Julie
Salaire : 75 000 $
Régime de retraite à prestations déterminées
REER personnel : 6000 $
CELI : 0 $
REEE : 10 000 $ au total pour les trois enfants

Priorité aux études des enfants

Alors que les taux des prêts hypothécaires sont extrêmement bas actuellement, soit sous les 2 % pour cinq ans fixe, et que le couple ne semble pas vivre d’insécurité par rapport à ses revenus, André Lacasse, planificateur financier chez Services financiers Lacasse, considère qu’il serait dommage de renoncer à des placements de 190 000 $.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

André Lacasse, planificateur financier chez Services financiers Lacasse

« Alors que les revenus d’un portefeuille diversifié peuvent aller chercher à long terme environ 4 % si l’on se fie aux normes d’hypothèses de projection de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), il est clair que la famille verra son patrimoine croître davantage grâce à l’investissement de ces 190 000 $ sur les marchés financiers qu’en les utilisant pour réduire leur prêt hypothécaire », dit-il.

Le premier endroit où investir, à ses yeux, serait le Régime enregistré d’épargne-études (REEE) pour leurs trois enfants.

« Cette stratégie pourrait être extrêmement payante pour eux en raison des droits de cotisation qu’ils pourraient récupérer des années passées », affirme-t-il.

Pour chaque enfant, on peut investir 2500 $ par année dans un REEE et obtenir 30 % en subventions des gouvernements fédéral et provincial. Pour Éric et Julie, qui ont trois enfants, 7500 $ peuvent donc être investis pour leur donner 2250 $ en subventions.

Puisque le REEE permet de récupérer, une année à la fois, une année où les subventions n’ont pas été versées, il est possible que le couple puisse investir jusqu’à 7500 $ supplémentaires dans son REEE. Il devra s’en assurer d’abord auprès de son conseiller financier, mais si c’est le cas, il obtiendrait à nouveau 2250 $ en subventions.

« Ça commence à faire beaucoup d’argent ! », s’exclame M. Lacasse.

Garnir les CELI

Le deuxième point dans la stratégie d’André Lacasse serait de garnir les CELI, puisqu’il trouve intéressantes ses différentes possibilités. « Si, par exemple, les taux des prêts hypothécaires se mettent à remonter, on peut y sortir des sommes pour rembourser son emprunt, indique-t-il. Puis, une fois à la retraite, si on a besoin d’un montant pour un gros voyage, par exemple, on peut le sortir sans affecter son revenu imposable. Éric et Julie sont jeunes et ils ne pensent pas à leur retraite, mais le CELI ouvre la porte à la création de stratégies fiscales intéressantes. »

Comme le maximum qu’ils pourront investir dans leur CELI est 75 500 $ chacun, c’est donc un total de 151 000 $.

Le reste en REER

Après environ 15 000 $ investis en REEE et 151 000 $ en CELI, il resterait environ 24 000 $ à investir, et André Lacasse leur suggère d’opter pour le REER qui, en plus d’être intéressant pour l’avenir, l’est dans l’immédiat.

« Ces cotisations viendront diminuer leurs revenus imposables, donc leur donneront un remboursement d’impôt intéressant, indique-t-il. Mais en plus, elles feront augmenter le montant qu’ils recevront de certaines mesures sociales ou fiscales, comme l’allocation familiale du gouvernement provincial et l’allocation canadienne pour enfant du gouvernement fédéral. »

Planification financière complète

André Lacasse conseille toutefois au couple de réaliser une planification financière complète pour s’assurer qu’il s’en va dans la bonne direction pour sa retraite.

« Il faut vérifier si le REER collectif et le régime de retraite à prestations déterminées seront suffisants pour subvenir à leurs besoins à la retraite », indique-t-il.

Comme Éric et Julie ont trois enfants, ils doivent aussi penser aux assurances. « Il est probable qu’ils aient un besoin en assurances, puisqu’en cas de décès prématuré d’un des deux parents, son revenu devra être remplacé au moins jusqu’à ce que leurs enfants atteignent la majorité. »

Ils doivent aussi penser à leur testament. « C’est très important s’ils ne sont pas mariés parce qu’en cas de décès, leur patrimoine ne va pas à l’autre conjoint et que cette situation peut rapidement devenir très compliquée, explique-t-il. Mais c’est aussi important s’ils sont mariés, puisque ce ne sont pas tous les actifs qui font partie du patrimoine familial et du régime matrimonial, donc qui vont en partie à l’autre conjoint en cas de décès. Une visite chez un notaire pour faire un testament est un beau cadeau à se faire parce qu’on vient ainsi protéger son patrimoine familial. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.