Comme beaucoup de snowbirds qui passent l’hiver en Floride, Anne-Marie Héroux et Germain Lamothe ont appris la nouvelle presque par hasard.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

En consultant le site web de SSQ Assurance, ils ont eu lu que leur couverture d’assurance tomberait à l’eau s’ils ne prenaient pas les mesures nécessaires pour rentrer au Québec illico.

« Si vous êtes en voyage à l’extérieur du Canada présentement vous devez prendre les mesures nécessaires pour revenir d’ici le 27 mars 2020 », avertit le site de SSQ. Après cette date, la couverture disparait sauf, « s’il vous est impossible de revenir (par exemple pour cause de fermeture de frontière ou de non-disponibilité de vol) », précise la compagnie d’assurance.

Le couple était sous le choc.

« Nous avions décidé qu’il était mieux pour nous de rester dans notre quarantaine volontaire au soleil jusqu’à la mi-mai », raconte Mme Héroux dont le mari est immunosupprimé.

PHOTO CHANDAN KHANNA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une plage déserte de Miami Beach, en Floride, le 20 mars

Les snowbirds qui étaient en Floride depuis le début de janvier estimaient qu’un retour hâtif au Québec exposerait inutilement M. Lamothe au risque d’attraper la COVID-19. Durant le trajet de trois jours, il est vrai que le couple aurait dû s’arrêter dans les hôtels et les restaurants, comme tous les autres Québécois forcés de revenir au bercail en même temps.

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En effet, beaucoup de snowbirds ont écourté leur séjour au soleil, répondant à l’appel du gouvernement du Canada.

En fin de journée, vendredi, l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP) a aussi diffusé un avis urgent pour prévenir les assurés des conséquences de demeurer à l’étranger.

S’ils ne l’ont pas déjà fait, les Canadiens qui sont encore à l’extérieur du pays devraient lire attentivement leur police d’assurance ou téléphoner à leur assureur pour valider la protection dont ils disposent s’ils ne reviennent pas bientôt.

Selon les polices, il est possible que la COVID-19 et d’autres maladies ne soient pas couvertes. Et même si la police s’applique, les assurés pourraient avoir du mal à obtenir des services hospitaliers à l’étranger, à titre de non-résidents, ou encore à se faire rapatrier par leur assureur, en cas d’urgence médicale.

« Les assureurs de personnes et le gouvernement du Canada vous conseillent vivement de prendre immédiatement des mesures pour rentrer au pays, pendant que des vols sont encore disponibles », exhorte l’ACCAP.

Notez que le gouvernement du Canada fournit une aide financière pour la réservation de vols. Certaines compagnies aériennes offrent aussi des services gratuits pour appuyer la demande du gouvernement du Canada de rentrer immédiatement au pays.

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Il ne faut pas croire que les assureurs ont modifié leurs règles pour éviter de couvrir l’épidémie. « SSQ Assurance n’a pas changé les termes de ses polices d’assurances », explique la porte-parole Danielle Rioux de la compagnie qui compte 800 000 assurés.

En fait, la majorité de ses polices prévoient que les assurés qui sont à l’étranger doivent rentrer au pays lorsque le gouvernement diffuse un avis d’éviter tout voyage non essentiel ou tout voyage.

Comme Ottawa a lancé un tel avis pour tous les pays du monde le 13 mars dernier, la majorité des assurés de SSQ doivent donc faire leurs valises « dans les meilleurs délais », précise leur contrat. Dans les circonstances, SSQ a fixé la date butoir au 27 mars.

Or, certaines polices de SSQ ne comportent pas cette clause. Et c’est justement le cas de Mme Héroux et M. Lamothe qui sont assurés par l’entremise de la police des retraités du personnel d’encadrement des secteurs public et parapublic du Québec.

« Votre contrat ne stipule pas que vous devez revenir au pays en cas d’avis du gouvernement du Canada ou d’éviter tout voyage ou tout voyage non essentiel. En vertu de votre contrat, les raisons qui vous obligeraient de revenir sont la guerre ou un acte de guerre », leur a confirmé un agent.

Ouf ! Le couple peut respirer. Mais n’eût été son insistance, il serait sur la route comme tant d’autres.

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Pour bien informer sa clientèle, il me semble que SSQ aurait dû apporter les nuances nécessaires, au lieu d’émettre un avis à l’emporte-pièce sur le site web. Il me semble aussi qu’il aurait pu avertir tout le monde personnellement, compte tenu de la gravité de la situation.

« La SSQ n’a envoyé aucune lettre, ni aucun courriel à leurs clients », déplore Lise Brault qui est assurée avec son conjoint par l’entremise de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Ils ont appris entre les branches que leur couverture disparaitra à partir du 27 mars. Ils pensaient rester à Pompano Beach jusqu’au 15 avril. La perte de la couverture d’assurance les a convaincus de revenir au Québec, avec deux autres couples d’amis. « On serait partis de toute façon, surtout que les frontières vont fermer. Ce qui nous dérange, c’est la façon de faire des assureurs », s’insurge Mme Brault.

D’autres compagnies ont pris soin d’envoyer un message à toute leur clientèle, comme le rapportait le Globe and Mail. C’est le cas du Retired Teachers of Ontario qui fournit de l’assurance à quelque 80 000 membres du milieu de l’éducation. Ceux-ci ont été prévenus par courriel que leur assurance soins de santé en voyage ne s’appliquerait plus s’ils restaient à l’étranger à partir du 23 mars.

Ne reste plus qu’à leur souhaiter bonne route. Et bonne « quatorzaine » une fois rentré au pays.