Les conjoints Pierre*, 61 ans, et Monique*, 63 ans, envisagent de se retirer du marché du travail pour amorcer leur retraite.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Pierre vient de perdre son emploi bien rémunéré à titre de directeur des ventes. Il a obtenu une indemnisation pour cette cessation d’emploi, en l’absence de régime de retraite chez cet employeur.

Pour la suite, Pierre soupèse encore la pertinence de chercher un nouvel emploi par rapport à l’amorce d’une retraite semi-active, avec la possibilité de travail contractuel.

Entre-temps, les bonnes habitudes d’épargne de Pierre, ainsi que la revente de deux actifs immobiliers résidentiels l’an dernier, lui ont permis d’accumuler un actif financier approchant les 705 000 $ en valeur nette. 

Le patrimoine de Pierre comprend aussi sa part du triplex résidentiel qu’il habite avec sa conjointe et qu’il possède en copropriété indivise avec ses deux sœurs.

La valeur nette de sa part de cet immeuble est estimée à 485 000 $, soit 500 000 $ de valeur totale moins une dette résiduelle de 15 000 $ envers l’une de ses sœurs copropriétaires.

Pour sa part, la conjointe du couple, Monique, occupe un emploi administratif à temps partiel qui lui procure des revenus bruts de 43 500 $ par an, mais dont elle envisage aussi de se retirer d’ici un à deux ans.

Pour financer cette prochaine retraite, Monique devrait composer avec une rente d’environ 4200 $ par an qui lui parviendrait de sa participation au régime de retraite du secteur public québécois (RREGOP), en plus des autres rentes d’origine gouvernementale.

Entre-temps, Monique s’est constitué un actif financier autonome dont la valeur totale approche les 200 000 $.

Les questions

Dans leur situation de prochains retraités, les préoccupations de planification financière des conjoints Pierre et Monique se résument en ces quelques questions : 

« Avons-nous les moyens de réaliser notre souhait d’amorcer notre retraite d’ici un an, avec un train de vie comparable, plutôt que de continuer à travailler quelques années encore ? »

« Aussi, aurions-nous les moyens d’ajouter à notre train de vie quelques milliers de dollars pour des séjours annuels d’un à deux mois d’hiver auprès d’amis établis en Amérique centrale ? »

La situation et les questions de Pierre et Monique ont été soumises au planificateur financier Peter Tsakiris, président de la firme Services Financiers Whitemont, à Montréal.

Les conseils

D’emblée, Peter Tsakiris tient à rassurer Pierre et Monique : « Avec l’avoir net qu’ils ont déjà accumulé dans leurs différents comptes d’épargne et de placements, et même si cet avoir n’obtenait que très peu de rendement, j’estime que Pierre et Monique auront les moyens de financer leur train de vie d’environ 52 000 $ par an (avec impôts), incluant leur séjour annuel en Amérique Centrale, jusqu’à leur 90e anniversaire », résume Peter Tsakiris.

PHOTO FOURNIE PAR CABINET DE SERVICES FINANCIERS WHITEMONT

Peter Tsakiris, planificateur financier et président de la firme Services Financiers Whitemont

Et si Pierre et Monique devaient survivre au-delà de leurs 90 ans, ajoute M. Tsakiris, ils auraient encore en réserve le capital de quelques centaines de milliers de dollars provenant de la revente de leur part de leur triplex résidentiel en copropriété indivise.

Mais Peter Tsakiris suggère à Pierre et Monique d’effectuer quelques ajustements à leur situation financière courante.

Régler les petites dettes

D’abord, « rembourser les dettes le plus tôt possible », indique Peter Tsakiris, à commencer par la marge de crédit encore utilisée à hauteur de 14 000 $.

« La raison est relativement simple : l’actif en comptes d’épargne non-enregistrés génère assurément un rendement inférieur au taux d’intérêt sur la marge de crédit. En d’autres termes, c’est comme si vous empruntiez à un taux de 5 % (en marge de crédit) tout en conservant un solde plus élevé en compte d’épargne qui rapporte moins de 2 %. On peut clairement voir que ceci n’est pas avantageux », explique M. Tsakiris.

Ensuite, il recommande à Pierre de régler la dette de 15 000 $ qu’il a contractée envers sa sœur.

« Bien que cette dette ne coûte aucun intérêt, il est préférable de la rembourser rapidement pour conserver les bonnes relations familiales. D’autant que Pierre dispose de la somme nécessaire, il n’y a aucune raison de maintenir cette dette », explique Peter Tsakiris.

De REER à FERR

Une fois ces dettes remboursées, Peter Tsakiris recommande à Pierre et Monique de maximiser leurs cotisations allouées dans leur CELI respectif, dès cette année et l’an prochain en 2021, en puisant dans leurs placements en comptes non-enregistrés.

En parallèle, il leur recommande de transformer leur REER respectif en FERR (fonds enregistré de revenu de retraite) afin de pouvoir maximiser leurs crédits d’impôt pour le revenu de pension provenant de leur FERR. Et ce, avant que s’y ajoutent les rentes des régimes de retraite publics, dans deux ans pour Monique, et dans quatre ans pour Pierre.

Toutefois, Peter Tsakiris suggère à Pierre et Monique de prendre soin à bien équilibrer les retraits.

« C’est important qu’ils dosent les retraits de leur FEER de façon à avoir un revenu imposable équivalent pour chacun, parce que le fractionnement entre conjoints des revenus de pension imposables est impossible avant 65 ans avec les retraits de FERR. »

Mais une fois que Pierre aura atteint ses 65 ans, explique M. Tsakiris, « les retraits devraient être faits surtout dans son compte FERR, où se situe la grande majorité du capital FERR du couple, et dont il pourra fractionner le revenu imposable avec sa conjointe Monique. »

CELI en réserve

Entre-temps, Peter Tsakiris recommande à Pierre et Monique de ne pas toucher au capital accumulé dans leur CELI respectif avant le début de leurs pleines rentes de retraite de régimes publics, dans quatre ans.

« En procédant ainsi, Pierre et Monique pourront maintenir des revenus imposables plus faibles ainsi que leur admissibilité au Supplément de revenu garanti (SRG) durant leurs premières années de retraite en recourant à des retraits non-imposables de leur CELI, tout en minimisant leurs retraits [imposables] de leur FERR. »

Quelques années plus tard, lorsque Pierre et Monique auront épuisés les actifs en CELI, ils pourront alors rehausser leurs retraits de FERR et, donc, leur revenu imposable.

« Pierre et Monique perdront alors leur admissibilité au SRG. Mais au moins, ils en auront profité plus longtemps que s’ils n’avaient pas comblé leur CELI durant les quelques années avant leur 65e anniversaire, afin de pouvoir s’en servir ensuite comme source de revenus d’appoint non imposables. »

*Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

Les chiffres

Pierre, 61 ans

Revenu d’emploi : 0 $
Actifs financiers : 
Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) : 635 000 $
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 51 000 $
Comptes d’épargne : 27 000 $CA et 8 000 $US
Passif financier : 
Dette personnelle : 15 000 $ (sans intérêt)
Marge de crédit personnelle : 14 000 $
Actif non financier : 
Part d’un triplex résidentiel en copropriété indivise : 500 000 $

Monique, 63 ans

Revenu d’emploi : 43 500 $
Actifs financiers : 
REER : 84 700 $
CELI : 17 700 $
Comptes d’épargne : 13 000 $CA et 67 000 $US
Passif non financier : 
Solde de rachat d’auto en fin de bail : 8300 $ en 2021