Nicole* et Jean-Pierre* sont deux retraités de 63 et 65 ans qui rêvent de rénover la salle de bain et la cuisine de leur maison. Comme pour leur santé physique, ils veulent l’avis d’un deuxième spécialiste pour leur santé financière.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

« Nous avons consulté notre planificatrice financière l’an dernier qui nous a un peu découragés et ralentis sur la réalisation de nos projets », nous écrit Nicole.

Le couple estime qu’une nouvelle salle de bain principale lui coûtera 15 000 $ et souhaite réaliser la métamorphose en 2020. Pour la cuisine, un projet plus ambitieux qu’il concrétiserait en 2021, le couple tentera de se restreindre à 25 000 $. Tout en gardant en tête que la facture pourrait grimper au cours des travaux avec la découverte de mauvaises surprises ou les fameux « tant qu’à y être »…

« Nous souhaitons voyager également, ajoute justement Nicole, peut-être un voyage aux deux ans. »

Les retraités reçoivent une pension à prestations déterminées, ont accumulé des REER et un CELI, et leur maison est payée. Nicole a trouvé une façon judicieuse de se constituer un fonds d’urgence en mettant directement ses rentes du Régime de rentes du Québec dans le CELI. De plus, elle a décidé de retourner travailler à temps partiel l’an dernier, tandis que Jean-Pierre a de petits contrats de temps à autre.

Seule ombre au tableau : une marge de crédit de 50 200 $ sur laquelle ils remboursent 1200 $ par mois.

« Nous calculons très peu nos dépenses, avoue-t-elle. Ce que nous souhaitons avoir, nous nous l’offrons assez facilement sans trop compter ! »

« Cependant, devrait-on commencer à budgéter ? demande-t-elle. Devrait-on rembourser complètement notre marge de crédit au lieu de prendre des REER et des CELI ? Et surtout, avons-nous la santé financière pour exécuter nos projets ? »

Les chiffres

Nicole

Revenu d’emploi : 35 000 $ brut
Pension : 30 500 $ brut/26 000 $ net
RRQ : 541 $ net par mois
REER : 180 000 $
CELI : 24 000 $

Jean-Pierre

Revenu d’emploi : 7000 $ brut
Pensions : 30 500 $ brut/26 000 $ net
RRQ : 436 $ net par mois
REER : 160 000 $
Valeur de la maison : 250 000 $
Marge de crédit : 50 200 $
Coût de vie mensuel estimé : 4300 $

Ce que révèlent les chiffres

Chantal Matos, directrice gestion privée chez Optimum Gestion de placements, et le vice-président, Sylvain B. Tremblay, se sont penchés sur les finances personnelles des retraités. D’entrée de jeu, les planificateurs affirment que le couple a une belle situation financière. Avec leur régime de retraite à prestations déterminées, même si la rente n’est pas indexée, ils auront un revenu assuré jusqu’à la fin de leur vie.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Chantal Matos, directrice gestion privée chez Optimum Gestion de placements, et le vice-président, Sylvain B. Tremblay

« Ils n’ont plus d’hypothèque et ont un revenu total de 116 812 $ brut, dit Sylvain B. Tremblay. C’est amplement suffisant pour payer les impôts et couvrir leur train de vie estimé de 4300 $ par mois, qui inclut le remboursement de leur marge de crédit. »

« Le couple dit ne pas faire de budget, mais si les chiffres sont bons, on a un gros surplus chaque année », renchérit Chantal Matos.

Les planificateurs sont d’avis que le couple doit en profiter pour faire les rénovations alors qu’ils peuvent compter sur un revenu supplémentaire.

« En travaillant encore, ils gagnent 42 000 $ par année de plus, ce n’est pas négligeable, ça paye assurément les rénovations et le voyage tous les deux ans », assure Sylvain B. Tremblay.

Selon les calculs des planificateurs, Nicole et Jean-Pierre peuvent rénover leur salle de bain en 2020 tout en remboursant 14 400 $ sur la marge de crédit ainsi qu’en cotisant 6300 $ dans un REER et 6492 $ dans un CELI. À fin de l’année, ils auront même un surplus de 11 882 $.

Le surplus pourrait être utilisé en 2021, car ce sera l’année du voyage bisannuel et celle aussi des rénovations de la cuisine. En remboursant la marge et en cotisant au REER et au CELI, il n’y aura aucun surplus. Si les 11 882 $ dégagés en 2020 ne sont plus disponibles, Nicole devra puiser 12 873 $ dans son CELI pour réaliser tous ses projets.

Marge de crédit

« Qu’ils aient une marge de crédit de 50 200 $, malgré ces revenus, me fatigue un peu », soulève Sylvain B. Tremblay.

« Ce qui fait dire qu’ils ne contrôlent pas leurs dépenses, en déduit Chantal Matos. Il faudrait qu’ils fassent un budget au moins pour les années de rénovations pour savoir ce qu’ils dépensent. »

Les planificateurs ajoutent que ce n’est pas une situation dramatique, puisque le couple rembourse assidûment la marge et qu’ils auront terminé de la payer dans quatre ans. Toutefois, ils pourraient opter pour une meilleure stratégie.

« À 4 % de frais d’intérêts, leur marge de crédit hypothécaire leur coûte un peu cher. Ils pourraient négocier un prêt fermé avec un meilleur taux et se débarrasser de leur marge plus rapidement », suggère Sylvain B. Tremblay.

En 2022, une année sans voyage et sans rénovation, ils auront un surplus à mettre sur la marge et pourront même, s’ils le souhaitent, terminer de la payer.

Devraient-ils utiliser les 6000 $ de REER pour rembourser la marge de crédit encore plus rapidement ? Les planificateurs conseillent de continuer à faire les cotisations au REER, car elle donne une économie d’impôts. Nicole pourrait même acheter un REER du Fonds de solidarité FTQ et obtenir 30 % d’économie d’impôts ou du Fondaction de la CSN et obtenir 35 %.

« Je le ferais juste pour économiser de l’impôt, précise Sylvain B. Tremblay, parce que mettre 6000 $ juste pour trois ou quatre ans, ça ne donne presque pas de rendement. »

« À la retraite, on fait aussi du fractionnement de revenus, rappelle Chantal Matos, donc ça coûte aussi moins cher en impôt. »

Patienter pour le RRQ

Seul bémol, la rente du Régime de rentes du Québec. Les planificateurs croient que Nicole aurait dû attendre à 65 ans pour la prendre, car elle travaille encore.

« Les prestations auraient été plus élevées, souligne Chantal Matos. D’ailleurs, quand les gens demandent la rente du Québec, ils ont ensuite six mois pour changer d’idée, faire une demande d’annulation et la repousser à 65 ans ou plus. »

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.