Depuis trois ans, le taux d’épargne des Québécois a augmenté de façon spectaculaire pour atteindre maintenant 8 %. Il a emprunté la trajectoire inverse au Canada, passant de 5,1 % à 1,8 % en l’espace de cinq ans, selon une récente étude de Desjardins Études économiques.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

En même temps, le taux d’endettement des Québécois a cessé son ascension, pour se stabiliser depuis trois ans aux environs de 155 %. Celui de l’Ontario a continué de grimper, pour atteindre 188 %. « C’est quand même majeur, parce qu’un taux d’épargne autour de 8 % au Québec, on ne l’aurait pas espéré il y a quelques années », commente l’économiste principale Hélène Bégin. « Je me rappelle une époque où le taux d’épargne était inférieur à 1 %. » L’explication réside principalement dans le resserrement du marché de l’emploi au Québec, selon l’économiste. Explications.

Baisse du taux de chômage

La forte expansion de l’économie québécoise a entraîné depuis trois ans une baisse du taux de chômage, qui s’est même maintenu en deçà de 5 % pendant une bonne partie de 2019.

Une population plus âgée

Le vieillissement plus accéléré au Québec qu’au Canada a aussi multiplié les postes disponibles.

Rémunération accélérée

En réaction, la rémunération des travailleurs québécois a crû depuis trois ans d’environ 3 % par année. L’augmentation s’était maintenue entre 1 et 2 % pendant les années précédentes.

Hausse du revenu disponible

Avec l’effet supplémentaire des allégements fiscaux consentis par le fédéral et le provincial, le revenu disponible après impôts a augmenté de près de 5 % par année depuis trois ans.

Plus d’argent en poche

Résultat, les ménages québécois, sans diminuer leurs dépenses de consommation, ont pu épargner davantage. En 2019, ils devraient y avoir consacré environ 8 % de leurs revenus après impôts. En 2018, le taux d’épargne était négatif dans 7 provinces sur 10. Seule l’Alberta devançait – tout juste – le Québec, après avoir connu elle aussi une chute spectaculaire de son taux d’épargne.

Deux courbes à même pente

Depuis trois ans, les revenus après impôts des Québécois ont maintenu une croissance similaire à celle du prix des propriétés, ce qui leur a permis de stabiliser, voire réduire légèrement leur taux d’endettement. En 2019, leurs dettes avoisinent 155 % de leurs revenus après impôts, contre quelque 175 % au Canada.

Le poids de l’hypothèque

Puisque l’hypothèque occupe 75 % de l’ensemble des dettes d’un ménage, le prix des propriétés explique en bonne partie la différence entre les taux d’endettement des Québécois et des autres Canadiens. En novembre 2019, le prix moyen se situait à 331 525 $ au Québec, 628 234 $ en Ontario et 526 303 $ au Canada. Les ménages québécois réservent 28 % de leurs revenus disponibles à l’hypothèque, contre 35 % au Canada et 40 % en Ontario, ce qui laisse moins de place pour l’épargne qu’au Québec, a constaté Hélène Bégin.