Vous voulez créer un effet « wow » auprès de votre descendance à Noël ? Pourquoi ne pas glisser une pièce de monnaie en or ou en argent dans les bas de Noël à côté des clémentines, des caramels Werther’s Original ou des chocolats à la menthe After Eight ?

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Quelle année pour les métaux précieux ! Il est tentant de sauter dans le train en famille en donnant une pièce à la génération montante. Le présent aura au moins le mérite d’être original et de durer plus longtemps qu’une carte-cadeau.

L’or a commencé à un prix de 1500 $ US en janvier. En juin, il avait atteint 1700 $ US. Puis, ascension du mont Washington jusqu’à 2067 $ US autour du 7 août. Descente par la suite jusqu’à 1775 $ fin novembre, avant une légère remontée pour le rallye du père Noël. Une fois la messe dite, l’or finit 2020 en hausse de 20 %, tandis que l’argent a mieux fait encore avec un bond de 37 %.

L’intérêt pour le métal qui brille a bondi quand le virus s’est pointé en Amérique. En réaction aux crises sanitaire et économique, des épargnants se sont réfugiés dans l’or et l’argent. Un exemple parmi d’autres : chez BMO, les ventes d’or ont augmenté de plus de 500 % en un an, indique Simon Carling, directeur général, Marchés mondiaux, BMO Marchés des capitaux.

Comment s’y prend-on ?

Quand on pense monnaie, le réflexe est de penser à la Monnaie royale canadienne. Son magasin en ligne propose des pièces de collection à tirage limité.

> Consultez le site de la Monnaie royale canadienne

Par exemple, le coquelicot en argent tiré à 7000 exemplaires et qui pèse pratiquement une once se vend 150 $, alors que l’once troy d’argent (environ 31 grammes) se vend autour de 31 $ CAN. C’est un cadeau splendide, mais vous paierez beaucoup plus cher que la valeur de l’or ou de l’argent qu’il contient. Il faut bien payer l’artiste qui a dessiné la pièce.

Pour limiter le surcoût, vous devez vous concentrer sur les pièces dites d’investissement. La Monnaie royale canadienne frappe ses fameuses Feuilles d’érable pures à 99,99 % en format d’une once ou moins. Elle coule aussi des lingots de 100 et 400 onces. La valeur des produits d’investissement tend vers la valeur du métal précieux qu’ils contiennent.

Croissance de 128 % en 2020

La demande de produits d’investissement de la Monnaie royale a explosé de 128 % en 2020, passant de 305 000 onces d’or pour les neuf premiers mois de 2019 à 695 000 onces pour la même période cette année. Le nombre d’onces d’argent affiné a pour sa part augmenté de 34 %.

La fermeture des affineries un peu partout dans le monde au printemps a fait en sorte que la Monnaie royale est devenue l’affineur de dernier recours pour les institutions financières.

Alexandre Reeves, porte-parole de la Monnaie royale canadienne

Les sociétés minières canadiennes, qui ont poursuivi leur production considérée comme un service essentiel, se sont tournées vers la Monnaie royale pour affiner leur or, ce qui a contribué aussi à la hausse des volumes.

Si la Monnaie royale vend des pièces de collection au détail, elle ne vend pas les Feuilles d’érable directement au consommateur. Les produits d’investissement de la Monnaie royale sont offerts seulement par le réseau des marchands de monnaie au détail.

Un de ces marchands est la chaîne de magasins de jeux et de jouets Imaginaire, qui a cinq succursales partout au Québec. « J’ai vendu plus de métaux précieux cette année que l’an dernier, confirme son propriétaire, Benoît Doyon, au téléphone. Je n’ai pas senti d’essoufflement [après août malgré la glissade du prix qui a suivi]. » Il estime la croissance de volume entre 5 et 10 %.

Vous devez toutefois vous attendre à payer plus cher que le prix mondial de l’or ou de l’argent. Par exemple, une Feuille d’érable de 1 once d’argent se vend autour de 41 $, alors que le prix mondial se situe autour de 31 $, un écart de 38 % (voir tableau). La marge perçue sur l’once d’or est plus raisonnable, autour de 10 %.

Vivement l’argent

Pour le bas de Noël de junior, une once d’or paraît un brin intense. La Monnaie royale frappe des pièces de 1/20 d’once et 1/10 d’once. Toutefois, les pièces de 1/20 d’once étaient en rupture de stock cette semaine chez les détaillants visités. Le prix de 1/10 d’once d’or tourne autour de 175 $. L’once d’argent, à environ 40 $, reste plus accessible au portefeuille du Québécois moyen.

Outre les marchands, des entreprises spécialisées dans le commerce des métaux précieux comme Kitco, à Montréal, achètent et vendent des métaux précieux. « Il y a différentes façons d’acheter chez nous : par téléphone – nous avons un centre d’appels –, par internet, et à notre magasin au centre-ville de Montréal », dit Steven Kondonis, gestionnaire des opérations. Il est possible de payer son or avec une carte de crédit, ce qui était impossible chez Imaginaire. On doit cependant payer un supplément de 4 % dans ce cas.

Autrement, des succursales bancaires des banques CIBC et TD vendent des pièces, des plaquettes et des lingots d’or et d’argent à leur clientèle. Elles proposent le service aux non-clients de l’institution par le truchement de leur plateforme en ligne. Chez TD, un supplément est exigé quand on n’est pas client de la banque. CIBC, de son côté, ne pratique pas de politique de prix différenciés, assure Tom Wallis, directeur principal du service des relations avec les médias.

Pour leur part, BMO et RBC se concentrent sur la vente de lingots aux clients de BMO Ligne d’action, BMO Nesbitt Burns ou RBC Dominion valeurs mobilières.

Notons que les Québécois ne sont pas les mieux servis. Ni Desjardins, ni la Banque Nationale, ni la Banque Laurentienne ne vendent de métaux précieux. Le Québec est pourtant le deuxième producteur d’or du pays avec 33 % de la production.

Prêts à endosser vos habits de lutin ? Il faut juste espérer que votre progéniture ne confonde pas la Feuille d’érable dorée avec un chocolat.