Chère Maud-Eugénie, je te félicite. À 18 ans, ta carrière d’investisseuse n’est pas encore commencée, mais déjà tu as accompli le plus difficile : épargner.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Ta mère m’a écrit que tu avais travaillé fort l’été dernier, en cumulant deux emplois, malgré la pandémie. Bravo ! C’est tout à ton honneur.

Les 6200 $ que tu as amassés devaient servir à payer ta résidence étudiante et tes frais de subsistance pour le cégep. Mais avec les cours à distance, tu continues de vivre chez tes parents, en travaillant 20 heures par semaine, ce qui te rapporte près de 1500 $ par mois. Tant mieux. Pourvu que cela ne nuise pas à tes études qui restent ton meilleur investissement.

Mais en parlant d’investissement, tu te demandes maintenant quoi faire avec cet argent qui s’empile dans ton compte. Pas facile de s’y retrouver, même si tu as suivi le cours d’éducation financière qui est obligatoire en cinquième secondaire depuis 2017, ce dont j’ai été la première à me réjouir.

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« L’avantage de commencer [à investir] jeune c’est qu’on profite de l’effet boule de neige des intérêts composés », souligne notre chroniqueuse.

D’abord, rassure-toi : tu as assez d’argent pour faire tes premiers pas sur les parquets boursiers. J’avais une somme de cet ordre, à ton âge, quand j’ai commencé à investir, moi qui ne connaissais à peu près rien à l’univers du placement.

L’avantage de commencer jeune, c’est qu’on profite de l’effet boule de neige des intérêts composés. Si tu investis 5000 $ à la Bourse aujourd’hui et que tu obtiens un rendement annuel de 6 %, ton placement vaudra plus de 50 000 $ dans 40 ans. Imagine, c’est 10 fois plus qu’aujourd’hui. Ton argent aura travaillé pour toi.

Mais avant de te lancer à la Bourse, il faut être certaine de ne pas avoir besoin de ton argent à court terme. Si tel est le cas, mieux vaut ne prendre aucun risque.

L’idéal est de stationner tes épargnes dans le compte à intérêts élevés d’une banque virtuelle qui te permet de récupérer tes billes en tout temps. Je te suggère d’ouvrir un compte chez BLC Numérique, une filiale de la Banque Laurentienne, qui te rapportera 1,5 % d’intérêts. C’est minime. Mais c’est le plus payant, du moins en ce moment.

Mais il est possible d’obtenir de meilleurs rendements à la Bourse (environ 6 à 7 % à long terme) si tu as une bonne tolérance au risque. Avec la COVID-19, les indices boursiers ont perdu environ 35 % de leur valeur au printemps, avant de remonter à des sommets. Il faut donc avoir le cœur solide.

Cela dit, tu peux réduire les risques grâce à la diversification. L’idée est de détenir plusieurs entreprises au lieu d’une seule. Comment y arriver avec peu d’argent ? Très simple : en misant sur les fonds négociés en Bourse (FNB), qui sont des paniers contenant une variété de titres.

Je te recommande de choisir un FNB « tout-inclus » qui est lui-même constitué d’une demi-douzaine de FNB de différentes catégories (actions canadiennes, américaines, internationales, obligations, etc.).

Plusieurs familles en offrent, dont Vanguard, iShares et BMO. Les frais sont minimes (autour de 0,2 % par année). Ces portefeuilles équilibrés se déclinent en différentes saveurs plus ou moins risquées : conservateur, équilibré, croissance.

Mais si tu as du temps devant toi, opte pour un portefeuille croissance qui contiendra 80 % d’actions et 20 % d’obligations. Avec tes 6000 $, tu pourrais acheter, par exemple, environ 170 actions du FNB BMO Croissance qui se négocie autour de 35 $ l’unité sous le symbole boursier ZGRO.

Pour acheter ces FNB, il faut ouvrir un compte dans une firme de courtage direct qui te permettra de faire tes transactions toi-même sur l’internet. En général, les transactions coûtent entre 5 et 10 $, ce qui est une aubaine. Mais les frais administratifs ou d’inactivité atteignent de 100 à 125 $ par année pour les investisseurs qui ont peu d’actifs (de 10 000 $ à 25 000 $ minimum, selon la firme), ce qui peut être dissuasif pour les petits portefeuilles.

Heureusement, deux institutions financières québécoises ont une très belle offre pour encourager les jeunes investisseurs à faire leurs premières armes.

Avec le programme jeune investisseur de Courtage direct Banque Nationale, les jeunes de 30 ans et moins ont droit à 10 transactions gratuites par année et ne paient aucuns frais annuels (en adhérant à la transmission électronique de documents).

Chez Courtage en ligne Desjardins (Disnat), le programme Court@ge 18-30 permet de réaliser un total de cinq transactions gratuites. Et il n’y a aucuns frais annuels non plus.

Un petit conseil : tu peux même demander à la firme de courtage de t’inscrire au programme de réinvestissement automatique des dividendes (DRIP), ce qui fera en sorte que l’argent versé périodiquement par le FNB servira à racheter de nouvelles unités de ce même FNB. Ça ne coûte rien. Et ça évitera de laisser de l’argent à ne rien faire dans ton compte.

À propos de compte, ta mère se demande si tu devrais privilégier un compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ou un régime enregistré d’épargne-retraite (REER). « Est-ce qu’un CELI est trop prudent et moins lucratif ? », me demande-t-elle.

Faisons une petite mise au point : ces deux types de comptes enregistrés ne sont que des enveloppes dans lesquelles on glisse le placement qui nous convient. Les courtiers directs offrent les deux.

Le REER procure des déductions de revenus qui te permettront d’économiser davantage d’impôts quand tu auras un salaire plus élevé.

Pour l’instant, cotise à un CELI. Le maximum est de 6000 $ par année. Ton argent y fructifiera à l’abri de l’impôt. Contrairement au REER, tu n’auras pas de déduction, mais tu seras libre de ressortir ton argent sans impact fiscal.

Voilà, j’espère t’avoir convaincue de plonger. Mais si tu hésites à te mouiller, inscris-toi à la simulation boursière Bourstad. La 34édition du concours aura lieu du 8 février au 9 avril 2021. Il y a plus de 30 000 $ de prix à distribuer. Bref, tu as tout à gagner, mais rien à perdre.