Anne* est une femme de 57 ans qui, après une récente cessation d’emploi administratif, se questionne sur sa situation financière alors qu’elle approche de l’âge de la retraite.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Elle doute par ailleurs de la possibilité de trouver un nouvel emploi aussi pertinent et rémunérateur – environ 95 000 $ par an – que le précédent.

Anne est célibataire et sans enfant ni personne à charge. Son patrimoine personnel se compose d’actifs financiers d’une valeur d’environ 540 000 $, de même que d’une maison en banlieue métropolitaine d’une valeur estimée de 350 000 $.

En contrepartie, son passif comprend un solde hypothécaire de 100 000 $, ainsi qu’un solde d’environ 36 000 $ en paiements mensuels et en coût de rachat sur les 36 mois restants d’un bail de location automobile.

Entre-temps, le train de vie d’Anne avoisine les 35 000 $ par an, soit 20 000 $ en débours liés à sa résidence et 15 000 $ liés à ses dépenses de vie personnelle.

Toutefois, Anne se dit prête à réduire ce train de vie aux environs de 30 000 $ par an si cela peut favoriser le choix d’une retraite hâtive, au lieu de tenter un retour au travail pour quelques années seulement avant son 65e anniversaire.

Entre autres, Anne envisage de revendre sa maison de banlieue pour déménager en région, ce qui lui coûterait moins cher. Elle envisagerait aussi de se départir du bail de location automobile pour « aller dans moins coûteux ».

La situation d’Anne a été soumise pour analyse et conseils à Nathalie Bachand, planificatrice financière au groupe conseil Bachand Lafleur, à Montréal. Mme Bachand est aussi présidente du conseil de l’organisme ÉducÉpargne, qui est un partenaire de Retraite Québec.

Les chiffres

Anne, 57 ans, célibataire et sans personne à charge

Bilan personnel :
Comptes enregistrés (REER, CELI, CRI) : 483 000 $
Comptes non enregistrés (placements, épargne) : 57 000 $
Valeur de la résidence : 350 000 $
Solde de prêt hypothécaire : 100 000 $
Bail de location automobile : 36 000 $ en paiements et coût de rachat d’ici trois ans

Les conseils

Nathalie Bachand a choisi de présenter son analyse à Anne en deux parties, toutes deux basées sur l’absence d’un revenu d’emploi significatif durant les quelques années jusqu’à sa retraite définitive, prévue à 65 ans.

Dans la première partie de son analyse, Mme Bachand indique qu’elle a « considéré la vente de la maison dans cinq ans et l’achat d’une résidence à moindre coût en région, comme envisagé par Anne ».

« D’ici cinq ans, le solde hypothécaire devrait être aux environs de 55 000 $, par rapport à 100 000 $ actuellement. Par conséquent, la vente de sa maison aux environs de 350 000 $ et l’achat d’une résidence en région de coût inférieur à 300 000 $ pourrait s’avérer une transaction à coût nul pour Anne. Mais aussi, elle soulagerait son budget de paiements hypothécaires, ce qui lui permettrait de réduire son coût de vie d’un tiers, aux environs de 24 000 $ par an. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Nathalie Bachand, planificatrice financière au groupe conseil Bachand Lafleur

Dans la seconde partie de son analyse, Nathalie Bachand a élaboré pour Anne un plan d’optimisation de ses actifs en épargne-retraite pour qu’elle puisse en obtenir des revenus suffisants jusqu’à son 95anniversaire, qui est une espérance de vie de référence en planification financière.

« En première étape, je recommande à Anne de transférer dans son CELI (compte d’épargne enregistré libre d’impôt, évalué à 10 000 $) ses placements en compte non enregistré qu’elle évalue à 45 000 $. Mais ce, après qu’elle eut vérifié le solde de ses droits de cotisation en CELI auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC), afin d’éviter des pénalités en cas de surcotisation. »

Ensuite, Nathalie Bachand recommande à Anne de transférer l’actif de son compte de retraite immobilisé (CRI, d’environ 131 000 $) dans un fonds de revenu viager, ou FRV.

« En transférant cet actif d’un CRI vers un FRV, Anne pourra y effectuer dès l’an prochain des retraits de l’ordre de 24 000 $ par an en guise de principal revenu au cours des six prochaines années, tout en se libérant des contraintes liées à un compte de type CRI. »

En parallèle, Nathalie Bachand recommande à Anne d’amorcer des retraits de son REER (à 342 000 $ en valeur d’actifs) à hauteur d’environ 10 000 $ par an, jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge de 65 ans pour le début des prestations des régimes de retraite publics.

« Combinés, ces retraits de FRV et de REER procureront à Anne un revenu d’environ 34 000 $ par an, mais encore à un bas niveau d’imposition. Ce revenu devrait lui permettre de maintenir son train de vie pendant les quelques années jusqu’à la vente de sa maison et le début des prestations de régimes de retraite publics. Au besoin, elle pourrait aussi procéder à des retraits du CELI, en guise de revenu d’appoint non imposable. »

En procédant ainsi, ajoute Nathalie Bachand, Anne pourrait se préparer une marge de manœuvre financière dans cinq ou six ans, au moment prévu, pour déménager et demander ses prestations des régimes de retraite publics.

« En supposant qu’Anne demande ses prestations du Régime de rentes du Québec (RRQ) et de la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) à 65 ans, elle recevrait 994 $ par mois du RRQ et 613 $ de la PSV, pour un total d’environ 19 300 $ par an », explique Nathalie Bachand,

« Mais si Anne avait alors la capacité budgétaire de reporter à 70 ans ses demandes de prestations, après quelques années de coût de la vie réduit d’un tiers avec son changement de propriété résidentielle, elle pourrait profiter de prestations bonifiées aux environs de 1270 $ par mois pour le RRQ et de 830 $ par mois dans le cas de la PSV, ce qui totaliserait un peu plus de 25 000 $ par an. »

De telles prestations bonifiées à vie, conclut Nathalie Bachand, pourraient s’avérer de plus en plus avantageuses et sécurisantes pour Anne jusqu’à un âge très avancé, alors que s’épuisera son épargne-retraite personnelle.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.