Si le paiement par carte de crédit en ligne est devenu plus sécuritaire que jamais, PayPal, service pionnier du commerce électronique, a-t-il toujours sa raison d’être ? La Presse en a discuté avec des utilisateurs, un expert et PayPal.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

À la suite d’un texte paru en janvier sur les recours en cas de problème avec les achats en ligne, et dans lequel nous mentionnions PayPal, plusieurs utilisateurs ont écrit à La Presse. Nous en avons profité pour leur demander pourquoi ils utilisaient encore PayPal.

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Plus rapide ?

Les lecteurs de La Presse ont tous évoqué la rapidité avec laquelle ils faisaient leurs achats par PayPal. Nicole confie que lorsqu’elle magasine sur les sites où elle n’a pas de compte client, PayPal accélère le processus d’achat en lui évitant d’entrer son numéro de carte de crédit, la date d’expiration et le code de sécurité CVV.

« C’est aussi pratique pour voir au même endroit tous les achats faits sur différents sites ainsi que l’information relative à ces achats, dont le nom du commerçant et l’adresse du site », ajoute-t-elle. Le client a toutes les coordonnées du commerçant alors que sur un relevé de carte de crédit, parfois, seul un numéro l’identifie.

« D’avoir centralisé quelques paiements a simplifié le processus quand j’ai dû changer mon numéro de carte de crédit, écrit Karine. PayPal a compté pour quatre ou cinq sites. »

François Charron, éditeur du site de conseils en technologie francoischarron.com et de fraudeweb.com, convient que pour les détenteurs d’un compte PayPal, l’action d’achat est rapide. Or, l’automatisation des comptes dans différents magasins permet aussi d’éviter l’entrée de données. « Je n’entre plus mon numéro de carte de crédit, explique le spécialiste. J’ai sécurisé mon ordinateur ainsi que mon téléphone intelligent, et j’utilise comme plusieurs un gestionnaire de mot de passe avec reconnaissance faciale. Alors quand j’arrive dans une boutique en ligne, je fais un sourire à mon iPhone et le paiement se fait. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

François Charron, éditeur du site de conseils en technologie francoischarron.com et de fraudeweb.com

François Charron précise que certains consommateurs craignent de laisser leur navigateur se souvenir du numéro de leur carte de crédit. « Quelqu’un qui ne s’y connaît pas en technologie peut penser que de voir apparaître le numéro de carte de crédit en mettant sa souris devant un champ à remplir signifie qu’un “hacker” est là. Alors que c’est sécuritaire, parce que ces données sont cryptées dans l’ordinateur et que personne ne peut y avoir accès », assure-t-il.

Lors d’un entretien téléphonique, la responsable des communications de PayPal Canada précise que le compte PayPal peut être relié à plusieurs modes de paiement, dont la carte de crédit, ce qui permet de continuer d’accumuler des points, mais aussi à une carte bancaire pour ceux qui préfèrent payer avec de l’argent qu’ils ont dans leur compte.

Plus sécuritaire ?

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Même si PayPal n’est pas soumis à la la Loi sur la protection du consommateur, l’entreprise assure qu’elle a un système aussi efficace pour protéger les transactions des clients.

« J’utilise PayPal lorsque c’est un vendeur web que je ne connais pas, confie Alain, un autre lecteur. Advenant une difficulté, PayPal a toujours tranché en ma faveur, ça m’est arrivé deux fois. »

« En passant par PayPal, on donne notre numéro de carte de crédit à un seul intervenant au lieu de le transmettre à plusieurs commerçants dont l’honnêteté pourrait être discutable », renchérit Martin.

Michel est aussi de cet avis. « Les achats sont ensuite facturés sur ma carte de crédit, PayPal devient alors mon interlocuteur pour régler tous mes soucis [en principe] », dit-il.

Spécialiste des technologies depuis 20 ans, François Charron constate que certains consommateurs craignent encore de faire des achats en ligne avec les cartes de crédit. « Les gens me disent qu’ils se sont pris une deuxième carte de crédit avec une petite limite au cas où ils seraient victimes de fraude, relate-t-il. Ça, ce sont des conseils qu’on donnait dans le temps, au début de l’internet. »

Le spécialiste soutient qu’avec la Loi sur la protection du consommateur, les Québécois sont protégés par la rétrofacturation, qui permet de se faire rembourser un achat fait en ligne.

Maintenant, quand il y a une fraude en ligne avec l’utilisation de la carte, ce n’est pas le consommateur qui paye, c’est soit le marchand, soit l’émetteur de la carte. Donc le client n’a pas à s’empêcher d’utiliser une carte de crédit, il est de facto protégé.

François Charron

Même si PayPal n’est pas soumis à la Loi, la responsable des communications de PayPal Canada, Sandie Benitah, assure que PayPal a un système aussi efficace pour protéger les transactions des clients qui s’appelle « Protection des achats PayPal ».

« Si le client ne reçoit pas le produit ou si le produit est différent de celui qu’il a commandé sur le site internet, PayPal rembourse, explique-t-elle au téléphone. Le client doit écrire au commerçant. Or, si le commerçant ne répond pas ou si le client ne peut pas résoudre le litige avec lui, PayPal protège toujours le consommateur. Et si le colis s’est perdu, PayPal protège à la fois le consommateur et le commerçant. »

Sandie Benitah mentionne au passage que si le consommateur a tout simplement changé d’avis et qu’il ne veut plus le produit, PayPal rembourse les frais d’envoi jusqu’à concurrence de 30 $. « Cette procédure peut être faite jusqu’à 12 fois par année », précise-t-elle.

Solution pour commerçants et indépendants

PayPal reste la solution la plus facile et la plus rapide à implanter pour les indépendants et les petits commerçants qui ont un site internet, affirme le spécialiste François Charron. Ils peuvent intégrer le paiement par PayPal dans une plateforme de commerce électronique ou seulement ajouter un bouton d’achat.

« En cette ère de COVID, il y en a beaucoup qui l’ont fait, relate le spécialiste. Quand tu es dans une page web ou un blogue, tu peux avoir un bouton “acheter mon produit” et le consommateur achète directement le produit de la personne. L’argent est déposé sur le compte du commerçant ou de l’indépendant. »

Avec une commission de 2,9 % du montant de la transaction, plus une commission fixe de 30 cents par transaction, PayPal est « la solution la plus démocratique pour les commerçants », soutient François Charron. C’est une raison qui assurera, selon lui, la longévité de la plateforme.

Par ailleurs, il est maintenant impossible de gagner de l’argent illégalement sur PayPal, soutient-il. « Ceux qui veulent transiger au noir utilisent la cryptomonnaie. »

De son côté, PayPal soutient surveiller les transactions en direct 24 heures sur 24 pour s’assurer qu’il n’y a pas de fraude de la part des commerçants, explique Sandie Benita. « Si on voit des gains énormes, PayPal va poser des questions. Les lois font en sorte que PayPal est obligé de fournir de l’information sur les transactions, donc si les commerçants ne déclarent pas leurs revenus, c’est à leurs risques », dit-elle.

PayPal, la petite histoire

L’entreprise américaine PayPal a été créée en 1998 sous le nom de Confinity, puis renommée PayPal en 2001. Son entrée en Bourse s’est faite l’année suivante. PayPal offre un service de paiement en ligne dans le monde entier et recense au total 300 millions de comptes actifs, dont 7,4 millions au Canada. Son siège social est situé en Californie, aux États-Unis.