Totalement chamboulées par le confinement, nos habitudes de consommation reviennent tranquillement à la normale. Certaines plus vite que d’autres. Quels phénomènes les experts observent-ils ces jours-ci ?

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Des rabais, svp

Rappelez-vous, en mars, c’était comme si les prix dans les supermarchés avaient perdu de leur importance. Face aux pénuries et aux craintes de pénuries, les clients achetaient sans trop penser à leur budget. Cette période semble maintenant terminée. « Les Canadiens ne sont pas dupes, c’est presque la moitié (47 %) qui voit que les prix ont augmenté et le tiers voit qu’il y a moins de promotions », a souligné Francis Parisien, vice-président, Est-du-Canada, chez Nielsen, au cours d’un webinaire organisé par le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD). Résultat, Nielsen observe un certain retour des clients vers les supermarchés à bas prix comme Maxi et Super C et un intérêt grandissant pour les rabais. En outre, 30 % des Canadiens ont visité un nouvel épicier pour profiter de ses promotions.

« Cool d’être cheap »

Lors de la dernière crise économique, c’était « cool d’être cheap », a rappelé Christian Bourque, vice-président, recherche, et associé senior chez Léger, en dévoilant un sondage sur la consommation au cours du webinaire du CCCD. La COVID-19 aura-t-elle le même effet ? Selon Léger « 2020 sera un nouveau 2009 » en matière de frugalité. De fait, pas moins d’une personne sur trois dit qu’elle réduira « certainement » ses dépenses pour des produits ou services non essentiels, tandis que 56 % des personnes sondées vont « essayer » de le faire. Cette volonté de modération est particulièrement marquée chez les femmes de 25 à 34 ans et il s’avère qu’elles ont « énormément de pouvoir » lorsqu’il est question des achats pour la maisonnée. Aussi, les rabais gagneront en importance et les marques privées seront prisées des consommateurs, a déclaré M. Bourque.

Le crédit comme avant

Une étude de la RBC démontre que les « dépenses au moyen d’une carte de crédit ou de débit » étaient « pratiquement revenues à la normale à la mi-juin ». Au pire moment de la crise, soit dans la semaine du 31 mars, elles étaient en recul de près de 40 %. Ce sont surtout les achats de biens pour la maison (+25 %), l’électronique et d’autres passe-temps (+17 %) qui dopent les ventes au détail. En revanche, les bijoux et les vêtements accusent encore une baisse de 24 % par rapport à la même période l’an dernier. Le secteur du voyage n’a évidemment pas fini d’écoper, affichant encore un recul de 80 % de ses ventes. Et si les achats d’essence ont presque retrouvé leur niveau prépandémie, les Canadiens engloutissent beaucoup moins d’argent dans les transports en commun et en frais de stationnement (-66 %), note la RBC.

Pas avant 2023

La firme d’experts en matière de vêtements Trendex prévoit, dans son plus récent bulletin mensuel, que le niveau de ventes réalisé au Canada en 2019 ne sera pas retrouvé avant 2023. Le secteur de la mode est l’un de ceux ayant particulièrement écopé ces derniers mois, notamment parce qu’en télétravail, le besoin de renouveler sa garde-robe se fait moins sentir. Ainsi, la RBC a noté une baisse des ventes de vêtements de quelque 80 % à la fin de mars et au début d’avril. Trendex ne croit pas que les Canadiens vont changer « significativement » leur façon de consommer de la mode à l’avenir. Par contre, « la pénétration des ventes en ligne devrait atteindre 20 % [comparativement à 12,5 % en 2019] et la durabilité gagnera de l’importance pour les consommateurs », poursuit le rapport. Les ventes en ligne de vêtements s’élèvent à 104 $ par personne au Canada, contre 342 $ aux États-Unis.