Il s’en passe, des phénomènes étranges, sur les marchés financiers durant cette pandémie.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

À la fin d’avril, le prix du pétrole est devenu négatif, un peu comme si on vous payait pour faire le plein. Et voilà que, lundi, Hertz a annoncé un incroyable financement de 500 millions de dollars américains alors que le géant de la location de voitures s’est mis à l’abri de ses créanciers le 22 mai.

Eh oh ! L’entreprise est au bord de la faillite !

Comment peut-il y avoir des spéculateurs assez fous pour acheter des actions d’une entreprise qui va passer dans le tordeur d’une restructuration d’ici quelques mois ? Pensent-ils vraiment que les créanciers vont se laisser gentiment plumer en laissant de l’argent sur la table pour les actionnaires ? Savent-ils seulement que la Bourse de New York s’apprête à exclure les actions de Hertz de sa cote ?

Vraiment, tout ça me dépasse !

La multinationale est coincée avec 19 milliards US de dettes et un parc de plus de 500 000 véhicules dont la valeur a fondu à cause du coronavirus. Même avant la pandémie, l’entreprise était sous pression à cause de la concurrence de tous les Uber de ce monde.

Son plus important actionnaire, le milliardaire Carl Icahn, a largué ses actions à 72 cents US l’unité à la fin de mai. Et il y a maintenant de pauvres quidams qui sont prêts à en racheter à 2,83 $US ?

Décidément, il y en a qui croient aux miracles !

La pandémie risque aussi de jouer de mauvais tours aux consommateurs qui ont des cartes-cadeaux, des programmes de récompenses, des acomptes ou des garanties prolongées auprès d’un détaillant en déroute.

Aux États-Unis, deux poids lourds du commerce de détail, J.C. Penney et Neiman Marcus, se sont placés à l’abri de leurs créanciers au début de mai.

Chez nous aussi, les nouvelles sont tristes. Aldo, Reitmans, la Cordée, SAIL Plein Air et Louis Garneau figurent sur la liste des commerces en restructuration qui pourrait s’allonger au cours des prochains mois.

Qu’est-ce qui guette la clientèle ?

Programmes de fidélisation

Parlons d’abord des programmes de fidélisation. Depuis 2018, Québec a interdit l’expiration des points de récompense, quoique vous puissiez encore en perdre si vous laissez votre compte inactif durant plus d’un an.

Mais de toute façon, il vaut mieux ne pas garder des points en banque trop longtemps, car les entreprises ne sont pas à l’abri de la faillite.

Je connais de grands voyageurs qui ont accumulé des points durant toute leur carrière, pensant les utiliser à la retraite. Zut ! La COVID-19 leur met des bâtons dans les roues.

Chez Hertz, rien n’est encore perdu. Les différentes enseignes (ex. : Dollar, Thrifty, Firefly) continuent de servir la clientèle. « Toutes les réservations, offres promotionnelles, bons d’échange et programmes de fidélisation, y compris les points de récompense, devraient se poursuivre comme d’habitude », précise un communiqué de presse.

Mais tout cela pourrait s’envoler avec la restructuration, même si l’entreprise a tout intérêt à maintenir ces privilèges si elle ne veut pas se relancer en affaires avec une tonne de clients désabusés sur les talons.

Je sais que le moment n’est pas idéal pour un « road trip », mais les collectionneurs de points devraient vider leur banque au plus tôt.

Cartes-cadeaux

Avez-vous passé votre portefeuille au peigne fin dernièrement ?

Outre ma carte d’accès au bureau que je n’ai pas utilisée depuis longtemps, j’ai trouvé dans le mien une carte de crédit promotionnelle reçue à l’achat de lentilles cornéennes (expiration janvier 2021), ainsi qu’une vieille carte-cadeau d’une boutique de décoration.

Les cartes-cadeaux émises par un détaillant ne peuvent pas avoir de date d’expiration, en vertu de la Loi sur la protection du consommateur (LPC). Mais, ici encore, il vaut mieux les utiliser rapidement pour éviter de perdre son argent en cas de faillite. Vous pouvez toujours vous adresser au syndic, mais il y a peu de chances de revoir la couleur de votre argent.

En cas de fermeture, vérifiez si une autre succursale de la même enseigne peut honorer votre carte-cadeau.

Par exemple, après la fermeture des magasins Sportium, les cartes-cadeaux « continueront d’être acceptées dans les magasins SAIL par la suite », précise le site web de la société mère, Plein Air.

Mais ce sera moins aisé pour les chèques-cadeaux d’Olivieri qui a fermé définitivement en avril. La librairie appartient au Groupe Renaud-Bray. « Notre objectif est de pouvoir les honorer », m’a dit la porte-parole, Émilie Laguerre. Mais les clients devront présenter un reçu indiquant le solde du chèque-cadeau, ce qui leur compliquera la tâche.

Dépôts et garanties prolongées

Finalement, soyez sur vos gardes lorsque vous versez un acompte qui pourrait disparaître si le commerçant fait faillite avant de vous livrer le produit.

La LPC exige que le commerçant mette votre argent à l’abri dans un compte en fiducie, mais seulement lorsque vous lui donnez un dépôt plus de deux mois avant l’exécution du contrat. Et encore, les commerçants peuvent se soustraire aisément à cette règle en fournissant un cautionnement.

Plusieurs détaillants de meubles, vendeurs de piscines, quincailleries, salles de spectacle ont effectivement obtenu une telle exemption. Le cautionnement maximal s’élève à 160 000 $ pour une entreprise qui a un chiffre d’affaires de 5 millions de dollars et plus, ce qui est parfois insuffisant.

Lors de la faillite de Sears Canada, par exemple, des consommateurs ont perdu la garantie prolongée que le détaillant continuait de vendre en sachant qu’elle ne pourrait pas être honorée.

Malhonnête, vous dites ?