On se lave les mains comme jamais. On se les frotte avec du désinfectant. Mais en revanche, on achète bien moins de dentifrice, d’antisudorifique et de produits pour les cheveux. La multinationale Unilever, qui fabrique notamment les marques Axe, Dove, Degree et TRESemmé, a accepté de faire partager à La Presse les phénomènes qu’elle observe.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

L’EFFET « SAC DE GYM »

Parmi tous les produits fabriqués par Unilever — et la liste est longue —, « le déodorant et les produits coiffants comme le gel et le fixatif connaissent les plus grosses baisses de ventes », révèle Martin Payant, directeur principal d’Unilever Canada. La tendance n’est pas une surprise puisqu’elle avait été observée dès l’arrivée de la COVID-19 en Europe. Les usines de déodorants et d’antisudorifiques se sont donc adaptées en réduisant leur production pour se tourner vers la création de désinfectant pour les mains. « On croit que les gens ont un deuxième déodorant au gym et au bureau et que ceux-ci ne sont pas utilisés. Ces détails qui s’additionnent changent la donne. Le sac de gym a un gros impact ! »

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Parmi tous les produits fabriqués par Unilever, « le déodorant et les produits coiffants comme le gel et le fixatif connaissent les plus grosses baisses de ventes », révèle Martin Payant, directeur principal d’Unilever Canada.

LES LIMITES DU NATUREL

La pandémie nous rend-elle moins coquets ? « Il y a moins d’occasions pour se mettre beaux, résume Martin Payant. Il n’y a pas de discothèque où aller le samedi soir ! » Et de toute évidence, on n’hésite pas à être au naturel lors des visioconférences sur Zoom et des cinq à sept avec les copains sur FaceTime. Car la baisse de popularité des produits coiffants est notable ces dernières semaines. Unilever précise que les consommateurs n’ont pas fait de réserves au début de mars. Les cosmétiques écopent aussi fortement. Il y a toutefois des limites à être « au naturel », semble-t-il, car les ventes de teintures à cheveux ont explosé. Dans les pharmacies et les grandes surfaces américaines, elles ont été multipliées par 16 à la mi-avril.

PHOTO OLIVIER DOULIERY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

En temps de pandémie, on n’hésite pas à être au naturel lors des visioconférences ou des cinq à sept virtuels.

PRODUITS EN BAISSE, EN HAUSSE

On voit bien que l’intérêt pour la fabrication de pain et de desserts ne se dément pas puisque la pénurie de farine demeure criante. Mais les détaillants enregistrent aussi d’autres pics de ventes. Et des creux totalement hors normes.

Les 5 plus fortes hausses

+ 85 % : Denrées pour cuisiner (farine, levure, colorant alimentaire)
+ 44 % : Alcool
+ 37 % : Viande fraîche
+ 36 % : Mets préparés
+ 35 % : Confiseries

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On voit bien que l’intérêt pour la fabrication de pain et de desserts ne se dément pas puisque la pénurie de farine demeure criante.

Les 5 plus fortes baisses

- 46 % : Cosmétiques
- 26 % : Mets cuisinés — 24 % : Charcuteries — 19 % : Produits pour le rasage
- 15 % : Produits d’hygiène buccale

Source : Nielsen, données de ventes pour les deux semaines terminées le 11 avril au Canada

HYGIÈNE ET MAGASINAGE

Si vous avez fait le saut à la pharmacie depuis deux mois, vous y êtes sans doute restés peu longtemps. « Le côté magasinage de plaisir à la pharmacie [n’existe plus] », observe Frank Pons, spécialiste du comportement des consommateurs à l’Université Laval. Avant la pandémie, « on y allait pour un seul truc et finalement on passait 30 minutes dans les allées » avant d’en ressortir les bras pleins. La fin de ces séances de magasinage nuit aux ventes des pharmacies, ont confirmé Metro (Jean Coutu/Brunet) et Loblaw (Pharmaprix). Cela dit, un sondage effectué en France a démontré que les douches sont désormais moins systématiques, ce qui peut expliquer les ventes réduites de produits d’hygiène. « C’est un mélange de confinement et d’accès moindre aux pharmacies », résume M. Pons.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Le côté magasinage de plaisir à la pharmacie [n’existe plus] », observe Frank Pons, spécialiste du comportement des consommateurs à l’Université Laval.

PRÉDICTIONS ESTIVALES

« On s’attend à avoir un excellent été pour les ventes de crème glacée. Les gens vont se faire des sundaes dans leur cour plutôt que d’aller à la crèmerie. On a donc augmenté notre cadence de production », confie Martin Payant. Unilever fabrique les marques Breyers, Ben & Jerry’s, Magnum, Klondike et Popsicle, qui risquent aussi de profiter de la situation. L’entreprise prévoit en outre une « grosse saison de BBQ », de sorte qu’elle accroît sa production de condiments (mayonnaise Hellmann’s et vinaigrettes). Et comme les amateurs de thé risquent d’être moins enclins à sortir dans des cafés pour en boire, Unilever anticipe également un bond de ses ventes de thé (Lipton, Tazo, Red Rose, Salada). « Les données nous disent qu’après le confinement, les consommateurs limiteront leurs sorties vers les ‘‘must do’’ [destinations essentielles] », mentionne Martin Payant.

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« On s’attend à avoir un excellent été pour les ventes de crème glacée », affirme Martin Payant, directeur principal d’Unilever Canada.