Des milliers de Québécois ont ouvert des comptes de courtage dans les dernières semaines ou y ont transféré des sommes importantes dans le but de profiter des cours boursiers plus abordables. Nous avons discuté avec quatre nouveaux boursicoteurs.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Jean Lamontagne

Profession : retraité (ex-technicien en électrotechnique à l’Université Laval)
Âge : 63 ans
Ville : Québec

PHOTO FOURNIE PAR JEAN LAMONTAGNE

Jean Lamontagne

Le sexagénaire de Québec souhaitait depuis un moment ouvrir un compte d’investisseur autonome. « J’ai conservé tous mes placements avec mon courtier, mais je voulais investir un peu par moi-même et épargner 2 % de frais par année. J’ai décidé d’investir dans des FNB [fonds négociés en Bourse]. En procédant avec des FNB, tu réalises des économies de frais de gestion. Et ça rapporte autant que les fonds communs gérés activement par des professionnels », dit-il. 

« J’ai effectué ma première transaction au début avril. J’ai acheté le FNB XFN [indice du secteur financier canadien] et le XST [indice plafonné des biens de consommation de base]. J’aurais voulu réaliser ces transactions au creux boursier de mars. Les démarches pour ouvrir un compte se sont toutefois étirées en raison de délais. C’est pour ça que j’ai dû attendre au 6 avril pour transiger. J’étais désolé d’avoir raté le creux, je ne pensais pas que la Bourse remonterait aussi rapidement. Même que mon plan était d’en acheter plus que ça. Mais je trouvais que j’avais manqué le début de la remontée. J’étais deux semaines en retard ! Je compte garder mes placements longtemps. Je ne fais pas de market timing [c’est-à-dire tenter de synchroniser ou d’anticiper le marché]. Je n’achèterai pas de titres individuels, car je ne suis pas assez connaisseur pour ça. »

Eric Laplace

Profession : gestionnaire
Âge : 51 ans
Ville : Terrebonne

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Eric Laplace

Ce citoyen de Lanaudière est en mode analyse. « Sincèrement, je ne pensais pas que la chute de titres boursiers allait m’amener à me questionner autant. » Il dit réaliser que l’investissement n’est pas une science exacte. 

« Deux experts peuvent avoir une opinion totalement inverse sur un titre. Je trouve ça intéressant de porter plus d’attention sur la chose. Je tente d’écouter notre premier ministre qui nous invite à acheter québécois, lance-t-il avec le sourire. Alors je regarde beaucoup de titres québécois et tente de voir quelles entreprises pourraient profiter d’un momentum au sortir de la crise. » 

Eric Laplace a effectué quelques achats dans les dernières semaines et admet que l’investissement autonome apporte un « petit stress » additionnel. « Lorsque c’est toi qui prends les décisions de placement, tu te sens plus imputable du résultat. J’ai acheté des actions de BRP. Le titre a baissé malgré de très bons résultats. C’est souvent ces entreprises du secteur de la consommation discrétionnaire qui écopent alors qu’elles sont très viables. J’ai aussi investi dans Air Canada qui était sur un bel envol avant que la crise arrive. Je ne crois pas que c’est une entreprise qui risque de faire faillite. »

Eric Laplace a aussi l’œil sur le secteur de l’énergie, où beaucoup de titres ont perdu de la valeur, souligne-t-il. « Si l’économie doit reprendre rapidement, c’est notamment avec l’énergie qu’on pourra repartir la machine. Je regarde aussi Bombardier afin de voir si le nouveau président aura un impact important. Couche-Tard et CAE sont d’autres titres intéressants, avec du potentiel et dans lesquels il vaut possiblement la peine d’investir aussi. »

Linda Nantel

Profession : gestionnaire à la SAQ
Âge : 59 ans
Ville : Repentigny

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Linda Nantel

Cette employée de la Société des alcools du Québec peut maintenant être considérée comme investisseuse autonome. « Je viens d’ouvrir un compte avec l’intention d’investir. Mes placements ont fondu comme neige au soleil. Je vais prendre des sous pour acheter des titres qui ont baissé, mais en les achetant au prix que je veux payer. J’en parlais avec des collègues de la SAQ et on s’entendait pour dire que c’est le bon moment pour le faire. Je viens d’acheter des actions d’Air Canada. C’est la seule transaction que j’ai effectuée jusqu’à maintenant. Ça va bien [jusqu’à présent]. Je savais qu’Air Canada est une valeur sûre. J’ai encore un peu de sous de côté pour exécuter d’autres transactions. Je regarde ça. Je vais possiblement en faire d’autres, mais je suis assez occupée présentement au travail. Nous sommes en période de crise à la SAQ, alors nous sommes plus occupés qu’en temps normal. J’ai donc un peu moins de temps à consacrer à l’investissement en Bourse. »

Pierre Lefebvre

Profession : manœuvre en construction
Âge : 56 ans
Ville : Saint-Jovite

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Pierre Lefebvre

Journalier dans l’industrie de la construction, ce résidant du secteur de Mont-Tremblant est en pause forcée en raison de la pandémie. Il a bien essayé de profiter de la chute pour effectuer sa toute première transaction d’achat. « Je travaillais sur un chantier de la Romaine [sur la Côte-Nord] quand ç’a beaucoup baissé à la mi-mars. Mais je n’étais pas capable de me brancher ni de téléphoner. J’ai manqué mon coup. Je voulais payer un certain prix. Mais ça a remonté. Je n’attendais pas après ça pour vivre, mais peut-être que j’aurais pu faire un peu d’argent. » Il aura au moins pu transférer une certaine somme dans son compte de courtage. « Si je veux acheter des actions rapidement, j’ai besoin d’avoir de l’argent dans mon compte. Là, c’est fait. J’aurais aimé ça, acheter des actions, mais les titres qui m’intéressaient, SNC-Lavalin par exemple, ont remonté pas mal plus vite que je croyais. C’est certain que ça n’a pas remonté au niveau que c’était, mais il ne faut rien précipiter. Ce n’est pas une course, l’achat d’actions. Je ne suis pas un expert comme Warren Buffett ni un spéculateur. Je ne suis pas du genre à acheter et vendre trois semaines plus tard après une hausse rapide. Lorsque je jugerai qu’une très bonne opportunité se présente, j’achèterai. Quand ça baisse raide, c’est là qu’il faut possiblement investir. Mais ça vient de chuter comme on a rarement vu. C’est à se poser des questions. Va-t-il y avoir une autre chute à un niveau plus bas encore ? On ne le sait pas. On ne sait pas ce qu’il adviendra de l’économie dans les 6 à 12 prochains mois. Que va-t-il arriver avec les milliards qui pleuvent ? Les gouvernements de plusieurs pays seront endettés pour un bout ! »